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Le Cujas (22)

J’ai peut-être bu un tout petit peu trop de champagne, mais vous, alors, vous, vous êtes complètement coincé, mon pauvre petit.
Eh bien, il ne me reste plus qu’à vous demander… Qu’est-ce que vous faites, Dashiel ? Qu’est-ce qu’il vous prend ? En plein milieu de l’après-midi ! Vous êtes fou, Dash, j’attends quelqu’un…

Vous vous en foutez ? Eh bien ! Vous cachez bien votre jeu, vous… Attendez, attendez… Laissez-moi au moins le temps de …

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Cinquième partie

Dash !… Dash… ! Réveillez-vous, monsieur le journaliste. Il est presque 8 heures du soir. C’est l’heure de nous habiller et d’aller marcher un peu. Je propose que nous allions prendre un verre au Flore. On y trouvera surement des amis à moi. Après, nous irons diner chez Lipp ou à la Chèvre d’Or. Vous aimez le jazz ? Suis-je bête, bien sûr, vous aimez le jazz ! Nous pourrions aller au Tabou ou à la Rose Rouge… Nous sommes à l’aube Continuer la lecture de Le Cujas (22) 

Le Cujas (21)

Mais, mon cher, croyez bien que nous sommes toutes comme ça, bonnes familles ou pas, toutes, à un moment ou à un autre… toutes, nous voulons ce regard dans vos yeux, nous désirons vos mains, vos lèvres, sur nous. Mais vous… vous… trop timides, vous n’êtes pas prêts, ou pas encore, ou pas au bon moment. Vous, vous pensez à vos jeux idiots de garçons, vous reprenez vos vantardises de gamins balourds. Alors, nous, nous réprimons nos désirs, nous reprenons nos jeux idiots de filles, nos bavardages de chipies… nous passons le temps, en attendant que vous… Ah ! Si seulement quelqu’un vous avait dit cela quand vous étiez adolescent ! C’est bien ce que vous pensez en ce moment, n’est-ce pas ?

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Quatrième partie

Donc, j’attendais Antoine, j’espérais Antoine, j’étais prête pour Antoine. J’avais quinze ans. Dès qu’il est arrivé à Vauvenargues, j’ai mis ma nouvelle robe d’été et j’ai couru le retrouver. Il était tout excité et moi, j’ai pensé que c’était de me revoir. Il m’a dit : « Allons tout de suite au Paradis, j’ai quelque chose à te dire ». Continuer la lecture de Le Cujas (21) 

Le Cujas (20)

Selon lui, nous devions donc voir Antoine rentrer dans moins d’un mois. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça…
Servez-vous, Dashiel, je vous en prie. Est-ce que vous savez qu’en France, quand on remplit son verre à ras-bord avec la dernière goutte d’une bouteille de champagne, c’est qu’on va se marier dans l’année ? Vous n’êtes pas marié, j’espère ? Non ? Alors, tentez votre chance… C’est cela… Je vais chercher une autre bouteille. A moins que vous ne préfériez quelque chose de plus fort ? Non ? Vous avez raison, il est encore trop tôt. Alors, champagne ce sera !

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Troisième partie

Ah ? Je ne vous ai pas dit ? Eh bien, j’ai connu Antoine toute petite. Antoine et moi, nous étions cousins par les Sagan, cousins assez éloignés donc, mais cousins tout de même. Dans les années 90, mon grand-père, le Marquis de Prosny a décidé de se lancer dans l’industrie en ouvrant une huilerie-savonnerie près de Marseille. L’usine a pris de l’importance et sa présence sur place est devenue indispensable. Il a donc vendu son château de Neuville pour venir s’installer à Aix. Ce sont les Colmont qui lui ont permis de trouver et d’acheter l’Hôtel de Gensac, au centre d’Aix. Quand mon grand-père est mort, mon père est venu s’y installer pour prendre la direction de l’usine. Trois ans après, Continuer la lecture de Le Cujas (20) 

Le Cujas (19)

Sur le front, tout était calme et chacun prenait ses habitudes. Quand Antoine venait en permission, nous sortions sans arrêt… Nous étions encore des jeunes mariés, vous comprenez ? On dansait, on faisait la fête, on riait, on plaisantait même sur cette “drôle de guerre” qui ne voulait pas commencer. Et Antoine repartait, certain de revenir le mois suivant. Et puis, le 10 mai 40, les Allemands ont attaqué. Vous connaissez la suite…

 

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Deuxième partie

Oui, la débâcle. On parlait de milliers de morts dans nos rangs et de prisonniers par dizaines de milliers. Rue de l’Université, tout le monde était fou d’inquiétude. Mon beau-père passait ses journées à téléphoner à ses relations militaires, il faisait le siège des ministères où il avait de la famille, mais personne ne savait rien. Les Allemands avançaient toujours. Il devenait de plus en plus certain qu’ils seraient bientôt à Paris. Le 11 juin en fin d’après-midi, mon beau-père a embarqué Continuer la lecture de Le Cujas (19) 

Le Cujas (18)

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Première partie

Oui, c’est un appartement agréable. C’est mon refuge…un peu haut perché… presque inaccessible. Venez voir sur le balcon…C’est beau, n’est-ce pas, sous cette lumière. On dirait qu’il va y avoir de l’orage… Vous connaissez un peu Paris, Monsieur Stiller ? Regardez, là, c’est le clocher de Saint-Germain des Prés, et là, les tours de Notre-Dame, la flèche de la Sainte Chapelle. Là-haut, c’est le dôme du Panthéon… et Saint-Étienne du Mont… et là-bas, tout au fond, le Sacré-Cœur… On dirait qu’il n’y a que des églises à Paris… C’est vrai que d’ici, on ne voit Continuer la lecture de Le Cujas (18) 

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le comique sans jamais oser le demander

(…) et il m’a enseigné des choses essentielles. Par exemple que de longues tirades d’exposition amènent d’excellentes chutes, qu’il ne faut jamais faire dire à un personnage quelque chose qui ne soit pas parfaitement naturel dans le seul but de préparer la conclusion prévue. Il m’a appris à renoncer à un très bon trait d’humour si, d’une façon ou d’une autre, il interrompait ou ralentissait le récit ; à toujours commencer au début et à aller jusqu’à fin du sketch ; à ne jamais intercaler de scène qui ne s’inscrive pas dans une séquence ; à ne jamais écrire quand on ne se sent pas bien parce que le texte reflétera le manque d’énergie et la mauvaise santé de son auteur ; à ne jamais se montrer compétitif ; à toujours respecter les succès de ses contemporains parce qu’il y a de la place pour tout le monde. Et le plus important, il m’ appris à faire confiance à mon propre jugement : peu importait qui essayait de me dire ce qui était drôle ou ce qui ne l’était pas, ou ce que j’aurais du faire, il me fallait suivre mon intuition.
Woody Allen – Soit dit en passant – Autobiographie – Stock – 2020 – 24,50€

Dans ce court extrait, W.A. parle de Danny Simon, son premier vrai patron dans le monde du show-biz. A cette époque, W.A. a 19 ou 20 ans. Depuis un an ou deux, il écrit des Continuer la lecture de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le comique sans jamais oser le demander 

Le Cujas – Chapitre 5 – Achir Soltani

Chapitre 5 — Achir Soltani

C’est ça, Monseigneur, installez-vous, prenez votre temps. Moi, vous savez, j’ai rien sur le feu. Vous m’avez apporté des cigarettes ? Ah oui, c’est bien ! C’est Simone qui vous a dit la marque ? Un chouette fille Simone. Elle me laisse pas tomber, elle, au moins. C’est pas comme d’autres… Bon, qu’est-ce que vous voulez ? Parce que sur votre demande de visite, y avait juste écrit : « Entretien préparatoire à l’écriture d’un roman ». Ça veut dire quoi, ça ? Vous voulez écrire un roman sur moi ? Vous êtes sûr ?

Sur moi et sur d’autres ? Qui ça, donc ?

Tiens, c’est drôle, cette photo. J’y ai pensé pas plus tard qu’hier soir. Marrant, non ? J’avais dix-sept ans. C’était le bon temps… Bon, là, c’est Sammy. Le grand brun, je sais pas. Après, c’est Simone, et celui-là, c’est l’aristo ; de Colmont, qu’il s’appelait. L’ouvrier au bar ? Inconnu au bataillon. La bonne femme, ça doit être la patronne et à côté, le loufiat. Z’auriez pas du feu, Monseigneur ? Continuer la lecture de Le Cujas – Chapitre 5 – Achir Soltani 

Le Cujas (17)

(…) En trois ou quatre semaines, le Marquis devient le claque de la Wehrmacht et de la haute. Au bout d’un mois, on n’accepte plus les soldats ni les sous-offs, encore une idée de Sammy. On monte les prix, on aménage le sous-sol en boite de nuit, avec un petit orchestre et un spectacle, s’il vous plait ! La grosse affaire. Simone drive les filles, elle organise les permanences et elle règle les petites histoires, Sammy accueille les huiles et gère les finances.

Chapitre 5 — Achir Soltani

Quatrième partie

Moi ? Je m’occupe de la discipline chez les filles et de la protection du Marquis. Parce qu’on a fait des envieux, forcément, et puis aussi du tort à deux ou trois clandés de deuxième zone. Alors, il y en a qui viennent pour essayer de faire peur aux clients et aux filles. J’ai embauché deux malabars pour ça. Un devant la porte, et l’autre en réserve à l’intérieur. On finit par nous laisser tranquilles. Une fois le Suédois et les filles payés, il en reste pas mal, du fric, bien assez pour mener Continuer la lecture de Le Cujas (17) 

Le Cujas (16)

(…) Ma première, on l’a draguée ensemble. Elle s’appelait Mauricette. On l’a bien travaillée à deux, et au moment de conclure, il s’est écarté. Un vrai gentleman, Sammy. Mauricette, je l’ai gardée un an et puis, dette de jeu, dette d’honneur, je l’ai refilée à Max, le gorille du Suédois. Elle doit être à Tanger à l’heure qu’il est, ou ailleurs, va savoir.

 Chapitre 5 — Achir Soltani

Troisième partie

Max, c’était le gorille du Suédois. Cent vingt-cinq kilos de muscle, pas deux grammes de cervelle. En fait, il s’appelait pas Max. Je crois que son nom c’était Bernard, mais on l’appelait Max à cause de son poids, vous comprenez, Max pour Maximum. Ils l’ont fusillé à la Libération. Ils ont dit que c’était un collabo. Je suis sûr qu’il a pas compris ce qui lui arrivait.

Dans la bande, y avait aussi Tony. Tony, c’était le second du Suédois, son conseiller. On l’appelait Le Bavard parce son père était avocat et qu’il avait passé un an à la Fac de droit. Sa spécialité, c’était le cambriolage en douceur et le contact avec les fourgues. Il a failli se faire fusiller avec Max, mais il a réussi à ficher le camp en Corse, dans sa famille. Il a ouvert un bistrot à l’Ile Rousse.

Il y avait Marcel, Momo, un as de la mécanique. Sa spécialité Continuer la lecture de Le Cujas (16) 

LE CUJAS (15)

(…) Et au lieu de se foutre de ma gueule, je vois Sammy qui sourit et qui dit : “Écoute petit, calme-toi. Roger va te lâcher doucement, tu vas te détendre, tu vas respirer un bon coup et on va tous les trois aller boire un scotch à ta santé.” Voilà, c’était ma rencontre avec Sammy. Un vrai gentleman, Sammy. C’est cette nuit-là qu’on est devenus copains, plus que ça, même, amis, à la vie, à la mort… jusqu’à ce que les fridolins…mais ça, je vous l’ai déjà dit.

Chapitre 5 — Achir Soltani

Deuxième partie

Ben, après, on a commencé à travailler ensemble. On faisait des vols à la roulotte, des cambriolages, des trucs pas trop méchants. Mais de temps en temps, la nuit, à Pigalle, on braquait le bourgeois en goguette. Sammy donnait aussi dans le racket pour le compte du Suédois. Alors je l’accompagnais. Avec ses beaux costumes, son air gentil et sa voix douce, y en avait pas beaucoup des comme lui pour flanquer la frousse aux mauvais payeurs. Le Suédois était content des résultats. Un soir, y a Sammy qui me dit : “Faut qu’on passe à l’Auberge Landaise. Y parait que le patron du bistrot est récalcitrant !” En fait de patron récalcitrant, quand on est arrivé, toute la bande était là, verre en main et le Suédois au milieu. “Faites péter le champagne !” qu’il criait. La fête, c’était pour moi, j’étais accepté officiellement dans la bande. Le plus beau Continuer la lecture de LE CUJAS (15)