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Rocketman – Critique aisée n°161

Critique aisée n°161

Rocketman
Dexter Fletcher – 2019
Taron Egerton, Jamie Bell

Moi, j’aimais bien Queen, avec Freddy Mercury ; Kind of Magic ou Bohemian Rapsody, ça me faisait toujours vibrer. Et puis Freddy Mercury avait l’air d’un type intéressant. Bon, il est mort. Alors Dexter Fletcher a tourné son biopic. La critique était tellement bonne que je suis allé le voir, ce biopic, Bohemian Rapsody, justement. Mais j’ai tellement détesté l’acteur qui joue Mercury qu’il m’a gâché le film au point que je n’ai pas pu faire la mienne . Elle aurait été épidermique, mauvaise et probablement un peu injuste.

Mais, bien avant Queen, j’avais bien aimé Elton John. On m’avait offert son premier 33 tours en 1970 ou 1971. Je me souviens qu’il y avait cette formidable chanson Border song » avec ses chœurs et ses arrangements grandioses, à la limite du grandiloquent. Superbe ! Et puis bien sûr Your song. Eternelle !

Alors quand j’ai su que sortait son biopic, j’ai eu envie d’aller le voir, mais quand j’ai su que Continuer la lecture de Rocketman – Critique aisée n°161 

Conversation sur le sable – 7

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo,
J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse.

Enfant au premier plan :
—C’est chouette ça, comme métaphore.

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo,
—C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.

Enfant au deuxième plan :
—Oh fait pas chier !

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
—Ça, c’est une métaphore.

 

Voilà. Les conversations sur le sable, c’est fini, mais si vous voulez réentendre les précédentes, il faudra juste cliquer dessus ci-dessous :

Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation
Cinquième conversation
Sixième conversation

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO

CHAPITRE 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO

Le résumé des trois chapitres passés est-il vraiment nécessaire ? C’est évidemment l’avenir qui vous intéresse. Le voici dévoilé : dans ce quatrième épisode des aventures de Philippe au Philippines, on verra comment négocier une chambre au Hilton, comment devenir membre d’un club très fermé de Manille et pourquoi Ratinet n’a pas de chance.

***

Les choses vont mieux, du moins pour moi. Ces derniers jours, quand j’ai eu fini de tailler mes crayons, j’ai consacré mon temps à lire quelques études sur Mindanao et à examiner avec Pacifico de quels moyens matériels et humains nous pourrions disposer pour organiser une enquête de trafic, pour la réaliser et la dépouiller. Nous avons établi un premier Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO 

Conversation sur le sable – 6

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, essuyant ses yeux :
— Faut reconnaître, c’est du brutal !

  Enfant au premier plan :
— Vous avez raison, il est curieux hein ?

  Enfant au deuxième plan :
— J’ai connu une polonaise qu’en prenait au petit déjeuner. Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme.

  Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, les yeux dans le vague :
— Tu sais pas ce qu’il me rappelle ? C’t’espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite taule de Bien Ho Har, pas tellement loin de Saïgon. Les volets rouges et la taulière, une blonde komac. Comment qu’elle s’appelait , Nom de Dieu ?

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Lulu la nantaise.

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation
Cinquième conversation

BONJOUR, PHILIPPINES ! -3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON

CHAPITRE 3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON

Résumé des chapitres précédents

Personnages principaux :
André Ratinet : ingénieur routier, dit « Dédé Badluck »,
Gérard Peltier : chef de mission, optimiste
Philippe : ingénieur économiste, le narrateur

Ces trois personnages sont réunis à Manille pour une étude routière. Dans les deux chapitres précédents, Ratinet a pris une tasse de café sur son pantalon, il a perdu sa valise et il s’est fait voler par des vrais-faux policiers. Cela n’a pas entamé le moins du monde l’enthousiasme forcené de Peltier. Quant au narrateur, il est plutôt dans l’observation et l’expectative.

***

Le jour se lève sur Manille. La brume posée sur la baie ne laisse voir que les superstructures des dizaines de cargos qui attendent leur tour pour entrer dans le port. Un soleil horizontal brille sur le Roxas Boulevard, déjà bruyant de Jeepneys bariolées, de camions enguirlandés et de voitures aux vitres argentées au milieu d’une nuée de motocyclettes, de vélos et de triporteurs virevoltants. Les fumées qui s’échappent des cuisines des restaurants ambulants montent tout droit puis s’étalent dans le ciel sans vent.

Je n’entends ni ne vois rien de tout ça car ma chambre donne sur l’arrière de l’hôtel. Je dors. Je suis troublé dans mon rêve par un bruit qui se distingue brutalement du ronronnement familier de l’air conditionné. Très vite, ce bruit unique se sépare en deux sons identifiables par ma conscience progressivement retrouvée : je reconnais le bourdonnement de mon réveil et le grondement du Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! -3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON 

Get your facts !

En 1889, alors qu’il avait 23 ans, Rudyard Kipling obtint de Mark Twain, qui en avait alors 54, une interview. Kipling avait lu Twain tandis qu’il était aux Indes et l’écrivain américain était son idole. Il fut tellement bouleversé par cette rencontre que c’est ainsi qu’il commença son article :

« You are a contemptible lot, over yonder. Some of you are Commissioners, and some Lieutenant-Governors, and some have the V.C., and a few are privileged to walk about the Mall arm in arm with the Viceroy ;  but I have seen Mark Twain this golden morning, have shaken his hand, and smoked a cigar—no, two cigars—with him, and talked with him for more than two hours! . . .Understand clearly that I do not despise you, indeed I don’t. I am only very sorry for you, from the Viceroy downward … »

« Vous êtes une bande méprisable, vous là-bas. Certains d’entre vous  sont des Préfets, et certains des vice-gouverneurs, certains ont la Victoria Cross et un petit nombre a le privilège de se promener bras dessus bras dessous avec le Viceroy ; Mais moi, j’ai vu Mark Twain en ce matin béni, je lui ai serré la main, et j’ai fumé un cigare — non, deux cigares — avec lui, et nous avons parlé pendant plus de deux heures. Comprenez bien que je ne vous méprise pas, assurément non. Je suis juste vraiment désolé pour vous, depuis le Viceroy jusqu’en bas… »

Voici ce que Twain dira de Kipling un peu plus tard : Continuer la lecture de Get your facts ! 

Lire ou écrire, il faut choisir

Quand j’ai commencé à écrire, il y a cinq ou six ans, je ne me doutais pas de là où ça me mènerait.

Il y a une dizaine d’années, quand je n’ai eu plus grand-chose d’autre à faire que manger, dormir, boire, dire bonjour à la dame et choisir la chaine TV, je me suis mis à lire. Pendant deux ou trois ans, j’ai lu, surtout les classiques, Proust et Flaubert en particulier, qui m’ont permis d’entrevoir ce que j’avais raté à faire autre chose. J’ai lu pour le plaisir de découvrir une histoire, et avec elle, l’existence de sentiments inconnus, ou pour celui de retrouver des émotions oubliées ou trop éprouvées. A ces plaisirs s’est vite ajouté celui de la musique des mots, du rythme des phrases, de la fluidité du texte ou de ses aspérités. Pour définir cette association de caractéristiques de l’écriture, j’aurais bien utilisé le mot style, mais pour beaucoup de gens, dire d’un écrivain qu’il a du style, c’est le ranger dans la catégorie des écrivains désuets, démodés, dépassés, empesés, finis, foutus, pilonnés. Les fantômes d’André Maurois, de Roger Martin du Gard, de Gilbert Cesbron et de bien d’autres gloires du siècle dernier en savent quelque chose. C’est vrai qu’ils avaient du style, mais « on écrit plus comme ça aujourd’hui ». Pourtant Proust, Conrad, Hemingway, Chandler, Continuer la lecture de Lire ou écrire, il faut choisir 

Conversation sur le sable – 5

Saint-Brévin l’Océan, 12 août 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— J’ai besoin de changer d’atmosphère et mon atmosphère, c’est toi.

Enfant au deuxième plan :
— C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère. Si j’suis une atmosphère, t’es un drôle de bled.

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Oh la la ! Des types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de c’qu’ils ont été, on devrait les vider.

Enfant au deuxième plan :
— Atmosphère, atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Puisque c’est ça, vas-y tout seul à La Varenne !

Enfant au premier plan :
— Bonne pêche et bonne atmosphère !

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation


Bientôt publié

  • 30 Mai, 75013
  • 31 Mai, Lire ou écrire, il faut choisir
  • 1 Juin, Get your facts !

 

Douleur et Gloire – Critique aisée n°160

Critique aisée n°160

Douleur et Gloire
Pedro Almodovar – 2019
Antonio Banderas, Penelope Cruz

Quand on parle du dernier film d’Almodovar, deux questions roulent actuellement :
1) Aura-t-il la Palme d’Or ?(1)
2) Est-il autobiographique ?

En l’état actuel de mes informations, les réponses sont respectivement : probablement non et probablement oui.

Aura-t-il la Palme d’Or ? Probablement non, parce que ce n’est pas un grand film, je veux dire que ce n’est pas un grand film à la Almodovar, plein d’exubérance, de fêtes, de sexe et de sang. C’est un film contenu, calme, doux, épuré, mélancolique. Mais par l’humour et l’émotion, la vivacité des couleurs, l’homosexualité normalisée, le beau rôle des femmes, c’est bien un film d’Almodovar.

Est-il autobiographique ? Probablement oui. Mais quelle importance ? Que nous importe de savoir si Almodovar a vécu ou non son enfance dans une coquette caverne, si sa maman était aussi belle que Pénélope Cruz, ou s’il a vraiment été opéré d’une grosseur derrière l’œsophage ? Si ça vous intéresse, Continuer la lecture de Douleur et Gloire – Critique aisée n°160 

BONJOUR, PHILIPPINES ! -2 – DES MÉFAITS DE L’AIR CONDITIONNÉ

Pour lire le CHAPITRE UN – UN PTEROCDACTYLE SUR FOND D’AZUR
il faut juste cliquer dessus.

CHAPITRE 2 – DES MÉFAITS DE L’AIR CONDITIONNÉ

Après un long voyage en compagnie d’André Ratinet, ingénieur et malchanceux, Philippe est arrivé à Manille de mauvaise humeur, agacé par l’enthousiasme permanent de son chef de mission et abasourdi par l’étrangeté du monde qui lui a sauté à la figure dès l’aéroport. Nous le retrouvons en milieu de matinée dans sa chambre du Blue Lagoon.

***

Malgré une fin de soirée plutôt agréable, la nuit n’a pas été bonne. Les six heures de décalage horaire, d’Ouest en Est de surcroit, y sont bien sûr pour quelque chose, mais il n’y a pas que ça : j’ai passé une bonne partie de ma nuit à me lever pour arrêter le climatiseur et obtenir le silence, et me relever pour le redémarrer dans la chaleur étouffante. Le vrai sommeil n’est venu qu’avec le lever du jour, et je me suis endormi, bercé par les borborygmes de l’appareil devenus familiers.

Réveillé vers dix heures, je ressens une sorte de sourde angoisse devant cette journée vide qui s’annonce. Il est trop tard pour le petit déjeuner, trop tôt pour le déjeuner. Je ne connais rien de Manille, de sa géographie, de ses quartiers, de ses moyens de transport, de sa population. Partir à pied le long de la baie ne me paraît pas envisageable ni même seulement prudent et, mis à part le Blue Lagoon, je n’ai qu’un autre point de repère dans cette ville immense et c’est le Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! -2 – DES MÉFAITS DE L’AIR CONDITIONNÉ