Archives par mot-clé : Philippe

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (4)

(…) et tout en la regardant intensément dans les yeux, de ma main restée libre, je lui pris un sein et le serrai. Je fus surpris par sa douceur. Tandis qu’une tendre tiédeur gagnait la paume de ma main, je pensais que j’étais perdu : elle allait me gifler, ou crier, ou s’échapper pour courir jusqu’au refuge et me dénoncer à mes camarades horrifiés, je serais chassé sur le champ du refuge et de Sankt-Johann et je rentrerais chez mes parents couvert de honte…

— Non, Franz, dit Tavia en écartant doucement ma main de sa poitrine.

J’étais sauvé ! Elle n’allait pas me dénoncer… Et puis elle ajouta :

— Pas maintenant…

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Pas maintenant ? Qu’est-ce que ça voulait dire pas maintenant ?

Pas maintenant, pas cette nuit, pas ici au milieu de tous nos camarades ? Pas maintenant, mais un autre jour, mais demain peut-être ?

Ou encore, pas maintenant, nous sommes, tu es, bien trop jeune ?

Ou alors, pas maintenant, mais tout à l’heure, tout à l’heure, quand nous rentrerons au refuge et que nous allongerons côte à côte dans le dortoir ?

Je ne savais que penser. Pour cacher mon égarement, je fis semblant d’être fâché. Je lui lâchai la main, lui tournai le dos et regardai loin devant moi. Du dos de ses doigts, elle frôla ma nuque. Je frissonnai. Et maintenant, Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (4)

¿ TAVUSSA ? (82) : La contagion

L’Amérique est mal partie ! J’ai déjà écrit ça au moins deux fois ici, la première sans doute à propos de l’élection du Donald à la présidence des USA et la seconde à propos du développement d’une milice, la NFAC (Not Fucking Around Coalition), bras sur-armé du mouvement Black Lives Matter. Depuis un an ou deux, je le pense et l’ai peut être déjà dit a propos de la Cancel Culture et du Wokisme. 

Ces deux modes de pensée et d’action, assimilables sur beaucoup de points au McCarthysme, au terrorisme intellectuel stalinien, chinois ou khmer rouge, s’est Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (82) : La contagion

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (3)

(…) et je décidai de m’installer à côté de la plus petite des deux filles, la plus jolie. Mais, comme j’hésitai un instant sur la façon de m’y prendre, la sœur d’Anton, Lara, vint m’en empêcher en posant son sac à l’endroit que j’avais choisi. J’en fus réduit à faire trois pas de plus vers le fond et à jeter d’un air indifférent mon sac à côté de celui de la plus grande des deux filles ; la plus grande ; la moins jolie ; mais jolie assez quand même.

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Chacun entreprit de déballer ses affaires. Tout en discutant avec son amie, ma voisine commença par sortir de son sac un épais chandail et ce qui devait être une chemise de nuit. Elle fit un rouleau de son lainage et le plaça là où bientôt elle poserait sa tête pour dormir. Elle déplia sa chemise de nuit et se mit à genoux pour l’étendre soigneusement sur le matelas. C’était une chemise en grosse toile écrue qui devait être rude à la peau. Les manches étaient serrées aux poignets et le col se fermait par une demi-douzaine de boutons en os. La chemise me parut tellement longue que j’imaginai qu’elle devait recouvrir la jeune fille au moins jusqu’aux chevilles. Enfin, elle sortit une sorte de grosse bourse en laine bigarrée dont je ne devinai pas l’usage. Elle la déposa sur le chandail roulé juste au-dessus du col de la chemise de nuit si bien que l’on aurait dit qu’une immense poupée au visage violemment maquillé reposait sur sa couche les bras le long du corps. Tous ces préparatifs accomplis sans qu’elle m’ait jeté un seul coup d’œil, Tavia — j’avais appris son prénom en l’entendant apostrophée par Anton — se redressa Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (3)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (2)

(…) Nous partirons d’ici demain à trois heures. Je crois que tout le monde viendra. Demande à l’auberge qu’on te prépare des sandwiches.

— Mais si nous partons aussi tard, cela veut dire que nous ne serons pas arrivés avant six heures du soir et qu’il faudra rentrer de nuit !

— Sauf si on la passe au refuge, mon petit vieux !

— On passera la nuit là-haut ? Mais les filles ? …

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Jamais, au grand jamais, mes sœurs ou mes cousines n’accepteraient de dormir dans un refuge avec des garçons. Elles n’oseraient même pas y songer. D’ailleurs, leurs parents ne les y autoriseraient pas.

— Quoi, les filles ? s’étonna Anton. Elles viennent aussi,  bien sûr !

Certes, au cours de nos après-midi dans la campagne, il arrivait bien que quelques gestes amoureux s’échangent entre garçons et filles, mais cela restait délicat, léger, naturel et toujours au vu et au su des autres. Ces manifestations affectueuses, auxquelles, à mon grand regret, je ne participais pas, auraient certainement choqué mes parents mais pour moi, elles restaient Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (2)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS

Le diner s’était prolongé fort tard dans la nuit. D’abondantes volutes de fumées bleues et grises flottaient sous les poutres du plafond de l’auberge en enveloppant la roue de charrette qui, avec ses pauvres ampoules électriques, faisait office de lustre au-dessus de nos têtes. Depuis quelques instants, sans doute sous l’effet des mets et des vins que nous avions absorbés en quantité, nous étions tombés dans un silence méditatif qui contrastait avec la gaité et la vivacité des conversations que nous avions échangées jusque-là.

Franz Bauer, Bertram Fitzwarren et moi nous étions rencontrés pour la première fois quelques heures auparavant dans les bureaux de la Compagnie Maritime des Indes Orientales dont le Princesse des Mers devait appareiller dans la nuit pour Sidney via Singapour et Macassar.

Pour des raisons et des destinations différentes, chacun d’entre nous avait retenu une cabine sur le Princesse des Mers et nous avions lié connaissance en accomplissant les formalités d’embarquement. Compte tenu de la marée, le cargo ne pourrait quitter le port avant trois ou quatre Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

Brèves de mon comptoir (15)

10/11 – Les USA ont ré-ouvert leur ciel aux méchants étrangers porteurs de germes. La compagnie Air France, pour qui les USA représentent 40% du C.A. long courrier,  met le paquet pour réactiver ses lignes vers l’Amérique du Nord.

Les pilotes ne devraient pas tarder à faire grève.

14/11 – La Presse : Les trottinettes de location voient leur vitesse bridée à 10km/h dans 662 zones  de Paris. 

“Ah ! Ça, c’est bien, vous réjouissez-vous. Je vais pouvoir renoncer à ma formation de torero, celle qui devait me permettre d’éviter avec l’élégance de Manolete les adeptes de ce type d’EPDM” (dans le jargon de l’Hôtel de Ville, EPDM : Engin Personnel de Déplacement Motorisé). 

Mais, sous le règne de Notre-Drame de Paris, vous avez appris à réfléchir et à Continuer la lecture de Brèves de mon comptoir (15)

Un diner de promo

Morceau choisi

Il y aura bientôt cinq ans, le 29 avril 2017, j’assistai à un dîner qui réunissait les anciens élèves de ma promotion de l’école des Ponts et Chaussées. Il s’agissait de la promotion 1966, c’est dire si aucun d’entre nous n’était vraiment neuf.
Quand la salle de restaurant fut pleine de mes congénères, la vision d’une abondance de crânes chauves, de barbes grises et de gilets de laine tricotés-main commença par réjouir mon esprit taquin. Mais elle m’inspira bientôt d’autres sentiments car, ce soir-là, pour la première fois, je réalisai l’âge avancé que nous avions atteint.

L’un des plaisirs sans cesse renouvelé que procure la lecture de Proust, c’est celui de constater que, nous aussi, un jour, nous avons éprouvé le sentiment qu’est en train de décrire le petit Marcel.
Et, le petit Marcel en est conscient. La preuve, voici ce qu’il écrit dans Le Temps retrouvé : Continuer la lecture de Un diner de promo

Le pouvoir absolu rend fou absolument

La campagne de la Maire de Paris pour accéder à la Présidence de la République sombrant dans l’indifférence au point que c’en devient ridicule, Anne Hidalgo avait décidé de se reconcentrer  sur la Capitale. Selon leur caractère, les Parisiens étaient terrorisés ou résignés. Mais on sait que l’idéologie conduit toujours au totalitarisme et que le totalitarisme finit toujours par trouver en lui-même sa propre punition. Pour le prouver, voici un conte moral extrait de “L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes”, publié ici par le passé.

Le contexte :

La scène se passe à l’Hôtel de Ville. Anne Hidalgo, Maire d’alors, vient de lire un article de presse la concernant. Cet article ne lui convenant pas entièrement, elle rumine son mécontentement devant son Chef de Cabinet, Hubert Lubherlu.

Manière de penser l’urbanisme (15)

Quand elle eut fini de lire, elle reposa l’article devant elle sur le bureau puis elle parut se concentrer quelques instants avant de relever les yeux et de s’adresser calmement à son Chef de Cabinet.

—Bon, écoutez Lubherlu. Il y a du bon et du mauvais là-dedans. D’abord, le style est déplorable : on dirait un mélange d’un Mallet-Isaac d’avant 68 et de la Gazette de Gouzon(15).  Et qu’est-ce que c’est que ce dicton faussement Continuer la lecture de Le pouvoir absolu rend fou absolument

Brèves de mon comptoir (14)

ATTENTION : Aujourd’hui, cette brève est une tartine.

Mais c’est Dimanche !

7/11 : À propos d’Eric Zemmour

C’est vrai que ce n’est pas bien d’attaquer les gens sur leur physique, mais parfois, comment y résister ?

Eric Zemmour, polémiste d’extrême droite

Nosferatu, Comte Dracula, vampire des Carpathes

Ça fait peur, non ?

6/11 : A propos d’Anne Hidalgo

C’est vrai que, quand on est un gentleman, pas plus qu’on n’attaque les gens sur leur physique, on ne tire sur une ambulance. Mais quand même, souvent, ça fait plaisir. Donc : 

1- Apres avoir juré, lors de sa campagne aux dernières Municipales de Paris, que jamais, au grand jamais, elle ne se présenterait aux prochaines Présidentielles, on sait aujourd’hui ce qu’il en est des promesses d’Anne Hidalgo. On aurait pu s’en douter, car c’est bien naturel, quand Continuer la lecture de Brèves de mon comptoir (14)

The French Dispatch – Critique aisée n°220

Critique aisée n°220

The French Dispatch
Wes Anderson – 2021

Avertissement : Cette 220ème critique est publiée dans l’édition vespérale car  elle n’est pas une véritable « Critique aisée ». . Le texte en est bien trop court et dépourvu de nuances pour paraitre dans l’édition du matin. Et encore ! J’ai été tenté, un instant, de le réduire à son incipit : “Un film à la fois épuisant et ennuyeux” !

Un film à la fois épuisant et ennuyeux :

– une voix off incessante au débit précipité qui débite dans le style d’Amélie Poulain une incompréhensible histoire, ou peut-être trois, je ne suis pas certain.
– un manièrisme agaçant dans le jeu des personnages principaux, et pour les autres,
– un défilé de comédiens, fameux, grimés, entr’apercus, sans véritable rôle, sans autre fonction que celle de vous amener à tenter de les reconnaître Continuer la lecture de The French Dispatch – Critique aisée n°220