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Vingt et un siècles de consumérisme

Morceau choisi

Tel s’est précipité hors sa vaste demeure
Lassé d’être chez lui, puis soudain y retourne,
Ne sentant aucun mieux à séjourner dehors.
Il presse le pas, court, harcèle sa monture
Comme allant au secours de sa maison en flammes.
Le seuil à peine atteint, il se met à bailler,
Tombant d’un lourd sommeil pour y chercher l’oubli
À moins qu’il ne se hâte à nouveau vers la ville.
Chacun cherche à se fuir, personne n’y parvient
Et puis l’on tourne en rond dans le cercle de vivre
Où nul plaisir nouveau ne peut plus nous surprendre.
Tant que nous n’avons pas l’objet tant convoité
Le manque fait son prix. L’avons-nous obtenu,
C’est un autre aussitôt que visent nos désirs.

Lucrèce – poète, philosophe, 94-54 avant JC
De rerum natura
Traduction d’André Comte-Sponville – philodophe, écrivain, 1952-

 

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Suave mari magno

Suave, mari magno turbantibus aequora ventis, e terra magnum alterius spectare laborem; non quia vexari quemquamst jucunda voluptas, sed quibus ipse malis careas quia cernere suavest.

Lucrèce – De rerum natura
Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d’assister de la terre aux rudes épreuves d’autrui ; non que la souffrance de personne nous soit un plaisir si grand, mais voir à quels maux on échappe soi-même est une douce chose.