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Aux terrasses ensoleillées de sa jeunesse (2/2)

Aux terrasses ensoleillées de sa jeunesse

Par Lorenzo dell’Acqua

Deuxième partie

Quelques mois passèrent et Michèle Laguiole revint à l’agence. Elle s’étonnait des derniers agissements de son héros. D’abord, il partait de plus en plus tôt de leur domicile et y revenait le soir de plus en plus tard. Ce qui avait éveillé à nouveau, non pas ses soupçons (elle avait une confiance absolue, voire aveugle, dans son jeune premier) mais ses inquiétudes, c’était qu’il n’était plus bronzé. Ce détail curieux remettait en cause les conclusions de ma précédente enquête. Elle me révéla sa récente déconvenue. A la suite d’un accident de ski et d’une immobilisation prolongée, André était enfin parvenu à rédiger une dizaine de nouvelles qu’il avait soumises à plusieurs maisons d’Edition. La réponse d’une lectrice de Gallimard l’avait profondément affecté. Sa critique concernait non pas son style, qu’elle jugeait élégant et racé, mais le fond, c’est à dire l’extravagance de ses aventures dans un Paris plus exotique que la jungle africaine. Elle l’avait même qualifié de « Sylvain Tesson du Boul’Mich » ! Il n’en fallait pas tant pour Continuer la lecture de Aux terrasses ensoleillées de sa jeunesse (2/2) 

Aux terrasses ensoleillées de sa jeunesse (1/2)

Aux terrasses ensoleillées de sa jeunesse

Par Lorenzo dell’Acqua

à Philippe C.

Avertissement au lecteur : 
toute ressemblance avec des personnages existants
pourrait bien ne pas être fortuite
 

Première partie

À cette époque lointaine où j’attendais encore des jours meilleurs, mes petits boulots me laissaient une grande liberté et beaucoup de temps libre que j’employais à ne rien faire. J’avais été engagé dans une agence de détectives privés, La Hotte, que dirigeait sans grande conviction son propriétaire et unique actionnaire, Charles. C’est sur les quais de la Seine que nous avions fait connaissance un dimanche après midi. Nous en avions tous les deux déploré la saleté croissante. Par le plus grand des hasards, Charles cherchait alors un jeune homme « bien » pour le seconder. En réalité, je le compris assez vite, il avait besoin de n’importe qui pour recevoir les clients pendant ses nombreuses absences.

Un dimanche d’août où j’étais seul au bureau, une femme élégante se présenta à la Hotte. Blonde et gaie, elle était l’épouse d’André Laguiole, un septuagénaire jusque-là sans histoire, d’après elle. Ce nom, Laguiole, me disait quelque chose mais je ne parvenais pas à en retrouver la raison. Depuis plusieurs mois, son mari qu’elle appelait avec tendresse « mon jeune premier » (pourquoi jeune et surtout premier, on ne le sut jamais) avait pris l’habitude de quitter leur domicile dès neuf heures du matin pour se rendre, disait-il, au bureau alors qu’il était à la retraite depuis une dizaine d’années. Une nuit où son chéri rêvait à voix haute, elle l’entendit évoquer les difficultés qu’il rencontrait chaque jour à la rédaction de son journal. Or elle n’en avait jamais vu la moindre ligne. « C’est parce qu’il est écrit à l’encre sympathique », avait-il ironisé. Il profita de l’occasion Continuer la lecture de Aux terrasses ensoleillées de sa jeunesse (1/2)