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Lettre à l’ami d’occasion

Morceau choisi

Je ne connais pas bien André Breton, pour ainsi dire et même, disons-le, pas du tout. Par contre, j’ai longtemps passé sur mon Teppaz les chansons de Léo Ferré. Engagées, drôles, méchantes, émouvantes, j’en connaissais beaucoup par coeur. Et puis, cette espèce de physique qui mélangeait Albert Einstein à Nosferatu avait quelque chose de sympathique. Pourtant, pour ce que je voyais du bonhomme, sympathique, il ne l’était pas. Il ne cherchait pas à l’être. Mais sa musique, ses poèmes, ses coups de gueule aussi, méritaient le respect.

En 1956, Ferré a adressé une lettre à André Breton. Je ne sais plus comment j’étais tombé dessus mais, à toute fin utile, l’avais gardée jusqu’ici dans une vielle clé USB . En ces temps où nous avons le temps, j’ai pensé que ça pourrait vous intéresser. En tout cas, après avoir lu ça, je ne regrette plus de n’avoir pas avoir connu Breton. La lettre est un peu longue peut-être, et peut-être n’irez-vous pas jusqu’au bout. Ce serait dommage car elle est aussi surprenante que celle de Truffaut à Godard que j’avais publiée ici il y a quelques mois.

Lettre à l’ami d’occasion

Cher ami,

Vous êtes arrivé un jour chez moi par un coup de téléphone, cette mécanique pour laquelle Napoléon eût donné Austerlitz. Je n’aime pas cette mécanique dont nous sommes tous plus ou moins tributaires parce qu’elle est un instrument de la dépersonnalisation et un miroir redoutable qui vous renvoie des images fausses et à la mesure même de la fausseté qu’on leur prête complaisamment. Et ce jour là, pourquoi le taire, j’étais prêt à toutes les compromissions : Vous étiez un personnage célèbre, une sorte d’aigle hautain de la littérature « contemporaine », un talent consacré sinon agressif. J’étais flatté mille fois que vous condescendiez à faire mon chiffre sur votre cadran à grimaces, pour solliciter une rencontre dont je ne songeais nullement Continuer la lecture de Lettre à l’ami d’occasion