LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (2)

(…) Nous partirons d’ici demain à trois heures. Je crois que tout le monde viendra. Demande à l’auberge qu’on te prépare des sandwiches.

— Mais si nous partons aussi tard, cela veut dire que nous ne serons pas arrivés avant six heures du soir et qu’il faudra rentrer de nuit !

— Sauf si on la passe au refuge, mon petit vieux !

— On passera la nuit là-haut ? Mais les filles ? …

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Jamais, au grand jamais, mes sœurs ou mes cousines n’accepteraient de dormir dans un refuge avec des garçons. Elles n’oseraient même pas y songer. D’ailleurs, leurs parents ne les y autoriseraient pas.

— Quoi, les filles ? s’étonna Anton. Elles viennent aussi,  bien sûr !

Certes, au cours de nos après-midi dans la campagne, il arrivait bien que quelques gestes amoureux s’échangent entre garçons et filles, mais cela restait délicat, léger, naturel et toujours au vu et au su des autres. Ces manifestations affectueuses, auxquelles, à mon grand regret, je ne participais pas, auraient certainement choqué mes parents mais pour moi, elles restaient Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (2)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS

Le diner s’était prolongé fort tard dans la nuit. D’abondantes volutes de fumées bleues et grises flottaient sous les poutres du plafond de l’auberge en enveloppant la roue de charrette qui, avec ses pauvres ampoules électriques, faisait office de lustre au-dessus de nos têtes. Depuis quelques instants, sans doute sous l’effet des mets et des vins que nous avions absorbés en quantité, nous étions tombés dans un silence méditatif qui contrastait avec la gaité et la vivacité des conversations que nous avions échangées jusque-là.

Franz Bauer, Bertram Fitzwarren et moi nous étions rencontrés pour la première fois quelques heures auparavant dans les bureaux de la Compagnie Maritime des Indes Orientales dont le Princesse des Mers devait appareiller dans la nuit pour Sidney via Singapour et Macassar.

Pour des raisons et des destinations différentes, chacun d’entre nous avait retenu une cabine sur le Princesse des Mers et nous avions lié connaissance en accomplissant les formalités d’embarquement. Compte tenu de la marée, le cargo ne pourrait quitter le port avant trois ou quatre Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

Dernière heure : bientôt la nuit…

Dernière heure : bientôt la nuit…

Dans les jours qui viennent, je vais vous livrer une nouvelle nouvelle. Elle compte six mille mots environs, l’équivalent d’une quinzaine de pages  du format Livre de Poche.

Elle n’est pas écrite dans le style enlevé, concis et percutant que vous me connaissez habituellement. Elle est lente, volontairement lente, et certains diront peut-être “ennuyeusement lente”. 

Eh bien, que ceux-là aillent se donner de la joie avec Hemingway ou Bret Easton Ellis !

Elle est également écrite dans un style désuet, fin de siècle (pas le 20ème, Continuer la lecture de Dernière heure : bientôt la nuit…

AVENTURE EN AFRIQUE (4)

Très courte leçon d’histoire récente

 De l’indépendance en 1960 jusqu’au coup d’état de 1974 le pays a été dirigé par Diori Hamani, premier président du Niger. Il a été député et représentait le Niger à l’Assemblée Nationale française. Un coup d’état militaire, la nuit du 14 au 15 avril 1974 (3 mois après notre départ) met en place Seyni Kountché. Depuis cette époque, ce n’est Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (4)

L’âme de la femme

morceau choisi 

J’ai parfois pensé que la nature d’une femme est comme une grande maison pleine de pièces : il y a le hall où tout le monde passe pour entrer et sortir ; le salon, où l’on reçoit les visites officielles ; la salle de séjour, où les membres de la famille vont et viennent à leur gré ; mais au-delà, bien au-delà, il y a d’autres pièces, dont les poignées de portes ne sont peut-être jamais tournées ; personne n’en connait le chemin, personne ne sait où elles mènent ; et dans la pièce la plus intime, le saint des saints, l’âme est assise seule et attend le pas de quelqu’un qui ne vient jamais.
Edith Wharton, La Plénitude de la vie, 1893 

C’est bien joli, Madame Wharton, de vouloir filer la métaphore, mais encore faudrait-il qu’elle ait Continuer la lecture de L’âme de la femme