Rendez-vous à cinq heures : Toute la Gaule ?

La page de 16h47 est ouverte…

Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ?

Cet incipit récurrent est sans doute plus célèbre que le Longtemps, je me suis couché de bonne heure du petit Marcel. C’est celui qui depuis 60 ans ouvre chaque nouveau volume des aventures d’Astérix, le Gaulois.

Mais Madame Marie-Isabelle Tasset, auteur que je ne connais pas, a passé ce court texte à l’examen de la correctitude contemporaine. Et voici la lettre recommandée AR qu’elle a envoyé aux auteurs. Ils doivent se marrer là-haut.

Merci à Marie-Isabelle de l’avoir écrite et à Bruno de me l’avoir transmise.

Messieurs Goscinny et Uderzo,
vous êtes priés de revoir votre copie !

Dans le cadre de sa réédition 2021, voici quelques remarques à prendre en compte pour la révision de l’incipit de votre série « Les aventures d’Astérix » :
« Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons de légionnaires romains des camps retranchés de Babaorum, Aquarium, Laudanum et Petibonum… ».

– avant Jésus-Christ : pas assez inclusif
– toute la Gaule est occupée par les Romains : colonisation = archaïsme, à proscrire
– irréductibles : stéréotype
– Gaulois, Romains : formulation sexiste
– envahisseur : stigmatisant
– Babaorum : incitation à l’addiction
– Laudanum : incitation à la débauche
– Petibonum : atteinte morale aux personnes de petite taille

Notre suggestion :
“Nous sommes à l’époque où les Romain.e.s partagent avec les Gaulois.e.s les progrès de leurs avancées techniques et commerciales. Un village peuplé de Gaulois.e.s combatif.v.e.s a toutefois décidé de faire cavalier seul. La vie n’est donc pas simple pour les garnisons de légionnaires romains des camps retranchés de Pandémonium, Aquarium, Symposium et Funérarium.”
Tant que vous y êtes, vous me virez aussi le pirate numide, les accents régionaux et les références au poids d’Obélix ; vous me gommez les courbes de Falbala ; vous évitez d’humilier les Romains à tout bout de champ ; et par les temps qui courent, vous me supprimez le banquet final !!!
Bien à vous,
L’Ordre du Polissage Universel

© Marie-Isabelle Tasset, auteur

Bientôt publié

Demain, 07:47 Tours – 6
4 Avr, 07:47 TABLEAU 342
5 Avr, 07:47 Le Cujas (51)
6 Avr, 07:47 Stations de Métro – 7, 8, 9
7 Avr, 07:47 Rien ne va plus – Critique aisée n°212

Le Cujas (50)

Je n’étais d’ailleurs pas le seul à évoluer de cette manière. Avec quelques amis sûrs placés à divers niveaux dans presque tous les ministères, nous avions formé un groupe clandestin, le groupe H4. Plutôt que de nous opposer frontalement à la politique menée, nous pensions plus efficace d’agir de l’intérieur pour orienter les décisions gouvernementales vers moins de rigueur pour la population et surtout envers les juifs.

Chapitre 8 – Georges Cambremer
Treizième partie

Combat : Vous avez mentionné ce groupe H4 à plusieurs reprises par le passé. La dernière fois, c’était à l’occasion d’un discours tenu le 11 novembre dernier devant le monument aux morts de Guéret. Après enquête, nous n’avons découvert aucune trace de votre appartenance à ce groupe qui, du reste, n’a eu qu’une existence éphémère, à peine un an. 

G.C. : C’est exact, et vous allez comprendre pourquoi quand je vous aurais parlé de l’arrivée de Darlan. En début 42, Darlan est nommé à la tête du gouvernement. À Vichy, on ne tarde pas à sentir qu’avec lui, le gouvernement de la France devient entièrement et irrémédiablement soumis à la volonté des Allemands.

De plus, il amène René Bousquet dans ses bagages et il le nomme Secrétaire Général de la Police.  Bousquet lance aussitôt Continuer la lecture de Le Cujas (50)

César et Rosalie – Critique aisée n°211

Critique aisée n°211

César et Rosalie
Claude Sautet – 1972
Romy Schneider, Yves Montand, Sami Frey

Bon ! Comme, je l’ai dit avant, je me réservais de revoir César et Rosalie pour mes encore plus vieux jours. Mais une récente discussion sur le film de Sautet et le désir de voir s’il pouvait me faire aujourd’hui le même effet qu’autrefois m’ont poussé à revoir César, Rosalie et David. Et voilà, c’est fait.

Durant le temps d’un générique aussi démodé que les voitures de mon père, je suis entré dans le film avec un plaisir anticipé, un peu comme on entre dans une pièce familière et accueillante pour s’installer dans un fauteuil confortable et usé dont on connaîtrait les creux, les bosses et les odeurs. Et pendant deux heures, j’ai retrouvé la beauté bouleversante de Rosalie, le charme discret et lucide de David, l’exubérante maladresse de César. J’ai retrouvé avec délectation cette ambiance des cafés enfumés des quartiers de Paris où se mélangeaient encore Continuer la lecture de César et Rosalie – Critique aisée n°211

Le Cujas (49)

Dans ce cas, je vous la ferai parvenir chez vous, à New-York. Écrivez-moi votre adresse sur ce bout de papier, s’il vous plaît…Merci.
Eh bien, bonsoir Monsieur Stiller. Monsieur Wang se fera un plaisir de vous appeler un taxi. Moi, je rentre me coucher. Mon chauffeur m’attend. Adieu.

Chapitre 8 – Georges Cambremer

Douzième partie

 Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre
Le Ministre

                  Mon cher Dashiell,

Il y a quelques semaines, j’avais dû écourter notre dîner à l’Empire Céleste du fait d’un brusque accès de fièvre, une forme heureusement légère de paludisme contractée sans doute lors d’un récent voyage en Indochine. C’est pourquoi, contre ma volonté et à mon grand regret, je n’avais pu compléter le récit de ma carrière depuis mon arrivée à Vichy en 1940 jusqu’à Continuer la lecture de Le Cujas (49)

¡ Adelante !

Elle s’appelait Soledad, ses parents l’avaient conçue au cours d’un voyage en Espagne. Mais elle était née à Paris-à Belleville, exactement.
Belleville, c’est pas le Pérou, ça grouille, ça piaille, ça n’a pas le sou ! Elle eut tout de même une enfance tranquille, fille unique d’ouvriers heureux.
Son prénom la faisait rêver. Dès l’enfance, elle se sentit d’ailleurs. Les hivers gris, les pavés froids, les nez qui coulent, ça n’était pas pour elle, elle n’était pas faite pour eux. Elle disait non à tout cela, secouant sa tête brune, faisant tinter les anneaux qu’elle portait aux oreilles et tournoyer ses jupes bariolées.

Le jour même de ses dix-huit ans, elle s’empara des économies familiales, du bas de laine durement gagné, et s’enfuit.
Elle prit le train pour Barcelone, elle y arpenta les Ramblas, resta honnête tant Continuer la lecture de ¡ Adelante !

Le Cujas (48)

Pour la deuxième fois en moins d’un an, on me proposait un engagement radical et c’était le même Cottard qui m’avait engagé à servir Vichy qui m’incitait à présent à le combattre. Bien sûr, il avait raison : un soldat de plus ou de moins dans les rangs des F.F.L., quelle importance ? Mais un agent au sein du gouvernement ennemi, c’était inespéré. Bien sûr rester à Vichy, dans ce milieu délétère de la collaboration, ce serait pénible. Je savais que j’aurais du mal à toujours dissimuler mes sentiments, mais au moins je servirais la France, la vraie, plus efficacement qu’en allant faire le coup de feu dans le maquis ou en Afrique du Nord.
Ma décision était prise et je le dis à Cottard.

Chapitre 8 – Georges Cambremer

Onzième partie

« Très bien, a-t-il dit. Je prends cela comme votre parole d’officier. Maintenant, vous allez retourner à Vichy. Trouvez une bonne explication pour ce voyage à Marseille. Reprenez votre travail et même si certaines tâches vous écœurent, ne changez rien, ne faites de zèle ni dans un sens ni dans un autre. Soyez un fonctionnaire modeste et modèle, ne prenez pas de risques, écoutez, regardez, ne notez rien, souvenez-vous. Dans un mois, dans trois mois, dans six, on vous enverra quelqu’un qui vous dira quoi faire. Voulez-vous choisir un nom de guerre ? Ce sera en même temps le mot de reconnaissance pour votre futur contact. »
Je ne sais pas pourquoi ça m’est revenu à l’esprit d’un seul coup, mais je n’ai pas hésité une seconde et j’ai dit « Charles Martell avec deux ailes ».
Cottard a acquiescé, il a fait signe au patron de mettre la note Continuer la lecture de Le Cujas (48)

Dernière heure : Tavernier est mort hier

Dernière heure : Bertrand Tavernier est mort hier.

Il avait 79 ans. Ça me fait toujours de la peine quand un type de cet âge disparait. Encore plus quand c’est Tavernier.
On pourrait dire « Tavernier meurt et c’est une cinémathèque qui brûle », une cinémathèque du fait de l’importance et de la qualité presque constante de la production de Tavernier parmi laquelle je retiens sans effort : 

Que la fête commence, magnifique et truculent film d’époque, dont le personnage principal est le Régent incarné par Noiret, à la fois jouisseur, cynique et humaniste
Le juge et l’assassin, de superbes images d’Épinal, un assassin anarchiste et fou, probablement le plus grand rôle de Galabru, un juge obstiné et bourgeois, Noiret encore, uns société de fin de siècle (XIX) peut-être un peu trop caricaturée
Coup de torchon, une série noire cinglée, transposée Continuer la lecture de Dernière heure : Tavernier est mort hier