Au Bar des Syndromes – Quatrième scène

—…

—…mais dans le même temps, ou disons immédiatement après, je me dis que ce n’est pas moi qui pense cela mais celui que j’observe. Vous voyez l’abîme ? Je pense qu’il pense que je pense qu’il pense… Et puis, je retombe dans le scepticisme précédent, et ainsi de suite… C’est très inconfortable, vous savez !

Effectivement, ça doit être pénible. Je suis vraiment désolé pour vous, sincèrement, et je vous présente mes excuses.

—Pourquoi ? Vous n’y êtes pour rien !

—Ne croyez pas cela. Non, on ne m’avait rien dit, j’ignorais tout ça.  Je suis vraiment navré. Mais je vais tout arranger. C’est l’affaire d’un instant. Laissez-moi passer quelques coups de fil…

SCENE IV 

—Mais qu’est-ce que vous racontez, nom de Dieu ? Des coups de fil ! À qui ? Où ?

—Mais, à mon bureau, là-haut, bien sûr !

—Votre bureau ? Là-haut ? Qu’est-ce que vous voulez dire, là-haut ?

Eh bien chez moi, enfin ! Là-haut ! Ah ! Vous ne saviez pas ? Bon, il va bien falloir que je vous explique. Alors voilà : au début, j’ai craint que vous ne soyez atteint de solipsisme, mais j’avais tort. C’est très étonnant, mais j’avais tort. À présent, j’ai tous les éléments pour diagnostiquer un véritable syndrome de dépersonnalisation. Mon vieux, vous souffrez de dépersonnalisation. C’est une déplorable erreur de mes services dont je suis confus et, encore une fois, je vous présente toutes mes excuses. Ah ! Heureusement que je vous ai rencontré tout à l’heure. Tout va s’arranger, vous aller voir. Ne bougez pas, je reviens avec le nécessaire.

— Quoi, le nécessaire ? Quel nécessaire ?

Ce sera pratiquement sans douleur, rassurez-vous

—Comment ça, pratiquement sans douleur ? Comment ça, pratiquement sans Continuer la lecture de Au Bar des Syndromes – Quatrième scène 

La vie secrète des bananes (2/3)

Texte : anonyme
Illustrations : Lili

De Santiago du Chili :
La rédaction du JdC demeure sans nouvelle de Santiago du Chili. Elle est donc dans l’impossibilité d’indiquer à ses lecteurs quelle y sera la pharmacie de garde dimanche prochain. Elle leur présente ses excuses et, à titre de compensation, elle leur fait savoir que c’est la pharmacie Dehandschoewercker qui sera de garde dimanche prochain à Bergen-Op-Zoom.

Au Bar des Syndromes – Troisième scène

—…

— Pourtant, celui que vous observez, il mourra un jour.

— C’est très vraisemblable.

— Que deviendrez-vous alors ? Vous mourrez en même temps ?

— Je viens de vous le dire : je n’ai pas d’existence matérielle. Je suis une sorte de concept, d’idée. Je ne peux pas mourir.

— Pourtant, là, si je vous enfonce ce couteau dans le cœur, là, tout de suite, vous allez mourir, non ?

— Ce n’est pas moi qui mourrai, c’est l’autre, celui que j’observe. Je vous l’ai dit : moi, je ne peux pas mourir.

— Mourir peut-être pas, mais disparaitre, comme ça, poufff !, comme une idée, comme une pensée ? 

SCENE III

— Je n’y avais jamais pensé. Mais, non. Je crois plutôt que si celui que vous appelez moi venait à mourir, je m’intéresserais aussitôt à quelqu’un d’autre.

— Une métempsycose en quelque sorte ? Attention, ça pourrait vous amener à devenir le voyeur d’un chat, ou mieux, celui d’un cafard. Pas marrant, ça, d’observer un cafard pour le restant de ses jours ! Remarquez, ce qui est bien, c’est qu’un cafard, ça ne vit pas très longtemps.

— Ne plaisantez donc pas tout le temps. Ce n’est pas à la métempsycose que je crois, pas à celle Continuer la lecture de Au Bar des Syndromes – Troisième scène 

Dernière heure : L’overdose

Dernière heure : L’overdose
Lundi 30 septembre

Ce qui suit est un extrait de l’excellente et quotidienne lettre d’information T.T.S.O. 

Loin de nous l’idée de ne pas prendre notre part de l’émotion nationale… mais, quand même, 4 jours après l’événement, les médias aujourd’hui étaient encore en boucle — et quasi exclusivement — sur Chirac. Overdose ? Oui… et on vous explique pourquoi.
Réseaux sociaux, chaines d’info, les événements sont de plus en plus relayés et font de plus en plus de bruit. En 2000, l’institut Kantar a mis au point l’indicateur UBM (Unité de Bruit Médiatique) qui permet d’évaluer l’exposition d’une population à un sujet traité par les médias. (1000 UBM = chaque Français a été confronté 10x à une même info ; 100 UBM = une fois).

Prenons des exemples : la révélation de l’affaire DSK (mai 2011) c’est 2 179 UBM…mais la mort de Johnny 6 ans plus tard c’est 3853, près du double (l’élection de Macron, c’est 3958. Il ne s’agit pas de comparer les évènements mais de constater qu’ils sont martelés avec toujours plus de force.
A ce bruit s’ajoute que, le temps dont nous disposons et/ou notre capacité d’attention n’étant pas extensibles, ces méga-évènements excluent les autres informations (qui ne trouvent ni place, ni résonance). Résultat : des news toujours moins riches claironnées en boucle. Aujourd’hui, c’était aussi les obsèques de l’info

Au Bar des Syndromes – Deuxième scène


— …

— Bien sûr ! Comment mon cerveau à lui tout seul pourrait-il imaginer tout ça : une telle complexité de causes et de conséquences, une telle imbrication de hasards et de volontés, vous vous rendez compte ? Ce ne serait pas possible !

— Je vous répondrais bien que c’est pourtant ce que fait le romancier, mais ce n’est pas le sujet. Donc, vous n’êtes pas solipsiste, vous ne mettez pas en doute la réalité de la vie.

— Non, pas de la vie. Mais de ma vie.

SCENE II

— Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? Vous pensez que votre vie n’existe pas ?

— Pas exactement. Elle existe, mais je ne suis pas sûr de la vivre.

— Dites-moi, vous êtes compliqué, vous ! Résumons : ce que vous dites c’est que votre vie existe, mais que vous ne la vivez pas. C’est idiot, non ?

— Dit comme ça, oui, c’est idiot, mais ce que je ressens…Ah ! C’est difficile à exprimer… Disons que ma vie existe peut-être, mais que Continuer la lecture de Au Bar des Syndromes – Deuxième scène 

Tableau 271

Tableau de Sébastien Coutheillas
65×50 cm
Pour voir le site de Sébastien, cliquez ICI

 

De Santiago du Chili :
L’Os à Moëlle, journal de fake news sérieuses et vérifiées tenu par Monsieur Pierre Dac ayant cessé ses parutions faute de Pierre Dac, c’est à partir de dorénavant le JdC qui tiendra les populations au courant des pharmacies désignées de garde pour la ville de Santiago du Chili. A ce jour, on nous confirme que c’est bien la pharmacie Rodriguez y Rodriguez qui sera de garde dimanche prochain.

Bientôt publié

29 Sep, Demain sur vos écrans
30 Sep, Au Bar des Syndromes – Deuxième scène
1 Oct, La vie secrète des bananes (1/3)

Au Bar des Syndromes

Au Bar des Syndromes
Pièce en prose, en un acte
et en quatre scènes

La scène représente l’intérieur d’un bar par une fin d’après-midi du mois d’août. On sent que cette nuit, ce bar deviendra celui du tableau d’Edward Hopper, Nighthawks. Mais pour l’instant, il fait encore jour. Pendant la scène qui va suivre, le jour va baisser lentement et, sur le trottoir, les passants se feront de plus en plus rares. Derrière le comptoir, sous l’écran d’une télévision qui diffuse silencieusement des nouvelles auxquelles personnes ne s’intéresse, un gros homme à chemise blanche et bretelles rouges essuie des verres, range des bouteilles, vérifie sa caisse. C’est le barman. Faisant face aux étagères remplies de flacons multicolores, assis sur un haut tabouret, un homme à chapeau de raphia tourne le dos au public. Ses avant-bras posés sur le bar, il s’accroche à un verre presque vide. Aux cheveux gris qui débordent de son chapeau, à sa trop large veste fripée, à la façon douloureuse dont il change parfois de position sur son siège, on devine que c’est un vieillard. Le long de la vitrine, deux hommes d’âge presque mûr sont assis à la même table face à face. Celui qui semble le plus âgé porte une veste légère de couleur bleu ciel et, enroulée plusieurs fois autour de son cou malgré la température ambiante, une sorte de châle indien qui cache sa chemise. Sa voix est douce et ses gestes sont lents et assurés. Son interlocuteur parait moins à son aise. Sa voix est hésitante et son ton est tour à tour plaintif ou agressif. Comme tout le monde, il porte une barbe de trois jours, un blouson en jean sur un t-shirt vert de type militaire. Il y a une heure, les deux hommes Continuer la lecture de Au Bar des Syndromes 

Dernière heure : Jacques Chirac

Dernière heure : hier, ce fût la dernière heure de Jacques Chirac
vendredi 27 septembre
Voici un extrait de la lettre d’information quotidienne de Marc Fiorentino « Newsletter MonFinancier ».

JACQUES CHIRAC

Rien à ajouter ? 

Nighthawks enfin expliqué – 3

Si vous avez raté les deux premières esquisses de Nighthawks, vous devez absolument

CLIQUER ICI pour la première et

CLIQUER ICI pour la deuxième

Dans sa troisième esquisse, le peintre aborde de front et de façon prémonitoire le problème récurrent de notre époque : boire ou conduire, faut-il vraiment choisir ?

De Santiago du Chili :
Exceptionnellement, et en raison de l’état de santé de M. Francisco Lopez, qui vient d’être placé en observation au centre psychiatrique de la calle San Pablo, c’est la pharmacie Arturo Alvarez, 1986 avenida Pedro-di-Validvia, qui sera de garde dimanche prochain.

Bientôt publié

28 Sep, 7 h 47 min Au Bar des Syndromes
29 Sep, 7 h 47 min Tableau 271
29 Sep, 18 h 45 min Demain sur vos écrans
30 Sep, 7 h 47 min Au Bar des Syndromes – Deuxième scène