L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes (14)

SI VOUS N’AVEZ TOUJOURS PAS LU LES CHAPITRES PRECEDENTS, C’EST VRAIMENT DÉSESPÉRANT MAIS C’EST LE MOMENT DE CLIQUER DESSUS : 

CHAPITRE 1    CHAPITRE 2   CHAPITRE 3    CHAPITRE 4     CHAPITRE 5 CHAPITRE 6  CHAPITRE 7   CHAPITRE 8  CHAPITRE 9    CHAPITRE 10   CHAPITRE 11  CHAPITRE 12  CHAPITRE 13

Résumé : Tout le monde, sauf la Reine-Maire, sait maintenant pourquoi la Rue de Rennes commence au numéro 41, mais tout le monde s’en fout, parce qu’il n’y a rien à tirer pour personne de cette information, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan personnel.  Pour personne, sauf pour le rédac-chef de Marianne qui a pondu là-dessus une petite chronique signée sous le pseudonyme d’un vieux grec. Mme Hidalgo ne va pas tarder à en prendre connaissance. Ça va faire du vilain.

14- Censure

Où l’on verra que, selon un ex-député socialiste frondeur, pour être élu, il ne faut pas négliger le petit personnel, même si cela demande parfois de gros efforts.

Quelques jours plus tard, le bon à tirer du prochain numéro de l’hebdomadaire municipal attendait l’imprimatur d’Hubert Lubherlu, quand Madame Hidalgo, tout sourire, entra dans le bureau de son Chef de Cabinet. Celui-ci n’eut que le temps de cliquer sur la touche « ESC » du clavier de son ordinateur pour faire disparaitre de son écran le Super Mario 63 qui bondissait en gloussant depuis le début de la matinée et faire apparaitre à la place un innocent tableur prévu à cet effet.

—Bonjour, mon petit Hubert. Pas trop débordé ? demanda-t-elle joyeusement.

Hubert ne décela aucune trace de sarcasme dans l’interrogation de sa patronne, mais cela ne le rassura qu’à moitié. Toute la Mairie savait qu’Hidalgo était imprévisible et le ton aimable de l’apostrophe ne présageait en rien de la suite de l’entretien.

—Euh … bon… bonjour Madame. Non, non, ça va, ça v…va bien, mer…merci.

Pendant le temps que prit la réponse, la Maire avait eu celui de traverser la pièce et de venir s’asseoir d’une seule fesse sur le coin du bureau de Lubherlu. Tout en dispersant d’un doigt distrait les papiers qui s’y trouvaient, elle continua d’un air enjoué :

—Et les enfants, la famille, tout ça…, ça va ?

Hubert n’avait pas d’enfants. Il était célibataire et orphelin. Sans attendre la réponse, Madame le Maire continua :

—Dites-moi, Hubert, ça fait combien de temps que nous n’avons pas déjeuné ensemble, tranquillement, pour discuter ? Plutôt longtemps, non ?

Comme en réalité, ils n’avaient jamais déjeuné ensemble en tête à tête, Hubert répondit en levant les yeux au ciel et en agitant sa main droite à hauteur de son visage :

—Oh, là, là…

Il se demandait ce qu’il pouvait bien se passer. Où voulait-elle en venir ?

L’avantage de la position de narrateur omniscient dans laquelle je suis, c’est que moi, je sais où elle veut en venir et que si je veux, je peux vous en faire part sans plus attendre. Voici : son mari, l’ex-député socialiste frondeur Jean-Marc Germain, avait eu des remontées du personnel de l’Hôtel de Ville. Celui-ci se plaignait souvent de la froideur et de l’autoritarisme de la Reine-Maire. La veille, après leur diner dans leurs appartements de fonction et après que leur maitre d’hôtel se soit retiré à l’office, il lui avait donc conseillé de se rapprocher de ses employés pour améliorer ses chances lors des prochaines élections.

—Moi, je fais ça depuis des années, lui assura-t-il. Je déjeune régulièrement avec des tas de gens qui m’emmerdent, des administratifs du parti, des maires de petites villes, des directeurs de coopératives, des patrons de PMU ou de PME, est-ce que je sais, moi ? Enfin, j’en passe et des plus chiants. Mais c’est efficace. Tu vois, je n’ai pas été réélu la dernière fois, bon, mais y avait une autre raison, mais j’ai quand même réussi à devenir cadre du Parti. Eh bien, c’est grâce à ces déjeuners, j’en suis sûr. Alors, penses-y. De temps en temps, va donc déjeuner avec deux ou trois connards du petit personnel.

En fait de connard, elle avait décidé de commencer par son Chef de Cabinet, et c’est pour ça qu’en déplaçant distraitement des papiers sur son bureau, elle se préparait mentalement à lancer son invitation.

C’est à cet instant que la maquette d’A Paris attira son attention.

—Tiens, c’est la Pravda de la semaine prochaine, dit-elle en plaisantant.

Hubert ignorait que la Patronne connaissait le surnom que tout le monde donnait à son hebdo.

— Il y a quelque chose d’intéressant, cette fois-ci ? Parce que d’habitude… hein, ha, ha ! .., poursuivit-elle.

—Ah, ben…ben si ! répondit-il tout content. Il y a un article d’Antana… d’Antana… Antanana… de Renaud Dély sur la rue de Rennes. C’est très int… C’est très intéressant et très po…positif sur votre …

La Maire changea de visage.

—Quoi ? Sur la rue de Rennes ! Je vous avais interdit de faire, de dire, de penser quoi que ce soit sur la rue de Rennes ! Vous êtes sourd ou idiot, mon vieux ? Non, je sais que vous n’êtes pas sourd. Bègue et sourd, ça serait vraiment pas supportable ! Par contre, bègue et idiot, ça se conçoit très bien.

—Mais, je … je vous assure qu’il est très bon cet art…cet article. Il vous plaira beauc… beauc… beaucoup. J’en… j’en… j’en suis sûr.

—Ah, écoutez ! Je ne supporte plus vos bafouillages. Vous ne bégayez pas quand vous téléphonez ? Eh bien, dorénavant, vous ne me parlerez plus qu’au téléphone… Non, je vous assure, c’est épuisant à la fin. Bon, faites le voir, ce papier… Dans les pas de l’Impératrice… Qu’est-ce que c’est que cette ânerie ?

Elle fit le tour du bureau.

—Poussez-vous, ordonna-t-elle en s’asseyant à la place d’Hubert.

Puis elle se tut un long moment.

A SUIVRE

POUR LE CHAPITRE 15, C’EST ICI

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LES DERNIERS JOURS DE FACEBOOK
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La vraie raison de mon départ, c’est pour aujourd’hui. Mon départ aussi, d’ailleurs.

Oui, parce que dès ce soir, je m’en irai de Facebook, avec mon journal sous le bras, mon JOURNAL DES COUTHEILLAS. (Vous ai-je déjà dit que vous pourrez toujours le retrouver sur le site leblogdescoutheillas ?)

Si je m’en vais, c’est à cause du Président des Etats-Unis, et un peu aussi à cause du Brexit.

On sait aujourd’hui que ce ne sont pas les données de 50 millions d’abonnés qui ont été détournées, mais de 87 millions. On sait que ces détournements ont été effectués en 2014 et 2015 par Cambridge Analytica, société britannique engagée par Paul Manafort, alors directeur de la campagne présidentielle 2016 de Donald Trump, aujourd’hui objet de poursuites judiciaires sur 12 chefs d’inculpation (sans relation pour l’instant avec cette campagne).

On sait que ces données ont permis d’influencer les électeurs US et UK en leur disant, en des termes adaptés à leur personnalité : « ne votez pas pour Hillary » ou « votez pour le Brexit« . Compte tenu de la faiblesse des écarts dans les deux scrutins, on peut très raisonnablement penser que sans Cambridge Analytica, donc sans Facebook, les résultats auraient été inversés. Nous devons donc à Facebook l’actuelle présidence ubuesque et dangereuse des USA et la couteuse et pénible sortie de l’UK de l’Europe.

On sait que Mark Zuckerberg vient de déclarer devant une centaine de journalistes qu’il était désolé, que sa société n’avait pas prêté une attention suffisante à la sécurité, qu’il allait remédier à tout ça. Mais il a dit aussi qu’il demeurait l’homme le plus qualifié pour diriger Facebook.

On ne saura pas ce que le Parlement britannique pense de tout ça, parce que Zuckerberg a choisi de ne pas se rendre à son invitation. Mais on saura bientôt ce que le Congrès US en pense, car c’est aujourd’hui que le CEO de Facebook est auditionné.

Quoiqu’il puisse se passer tout à l’heure à Washington DC, ma décision est prise : je m’en vais.

A demain sur le JOURNAL DES COUTHEILLAS.

On va enfin pouvoir parler d’autres choses. De la rue de Rennes, par exemple.

CAR DEMAIN, CE SERA L’AVANT-DERNIER ÉPISODE

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LES DERNIERS JOURS DE FACEBOOK
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Depuis peu, le bruit court que je vais me retirer de Facebook, emportant avec moi le JOURNAL DES COUTHEILLAS qui donc ne paraitra plus QUE sur son site. Eh bien, c’est exact : de Facebook, je me retirerai demain. Mais pourquoi donc ? vous demandez-vous.

Moi qui ne peux plus aller dans la salle de bain sans emporter mon iPad, descendre à la cave sans emporter mon iPhone, m’installer à la terrasse d’un café sans allumer mon MacBook, serait-ce pour me déconnecter ? Probablement pas, parce que, finalement, Facebook occupait peu de mes heures connectées.

Serait-ce pour éviter de recevoir des messages politiques contraires à mes idées ? Je ne crois pas, parce que, à l’examen du passé, je n’en recevais que très peu, ou alors d’acceptables. En effet, Facebook est fait de telle sorte que l’on ne reçoit pratiquement que des messages qui proviennent de ses « amis« , de gens qui pensent plus ou moins comme soi, ce qui ne fait que conforter les opinions que l’on a déjà. Cette caractéristique inévitable des réseaux sociaux, c’est Barak Obama qui en a le mieux parlé.

Serait-ce par déception de n’avoir, par mes petits messages, mes partages, mes likes, convaincu personne ? Absolument pas, car s’il y a une chose dont je me suis convaincu, c’est qu’on ne convainc jamais personne, et ça c’est Francis Bacon, pas celui du XXème siècle, celui du XVIème,  qui en a le mieux parlé.

Serait-ce pour ne plus avoir la tentation de lire ces commentaires stupides, vindicatifs, puérils, paranoïaques et complotistes, bourrés de préjugés et de fautes d’orthographe, ou de regarder une succession d’accidents de voiture en Russie, ou de crétins décérébrés faire du surf sur de la lave en fusion, ou d’éléphants en colère s’asseoir sur des voitures, ou d’abrutis confus abattre des arbres sur leurs maisons, de mariés éméchés s’effondrer dans leurs pièces montées… ? Vraisemblablement, mais pas seulement.

La vraie raison de mon départ, vous la connaitrez demain.

L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes (13)

SI VOUS N’AVEZ PAS LU LES CHAPITRES PRECEDENTS, C’EST LE MOMENT DE CLIQUER DESSUS : 

CHAPITRE 1    CHAPITRE 2   CHAPITRE 3    CHAPITRE 4     CHAPITRE 5 CHAPITRE 6  CHAPITRE 7   CHAPITRE 8  CHAPITRE 9    CHAPITRE 10   CHAPITRE 11  CHAPITRE 12

Résumé : On sait maintenant pourquoi les quarante premiers numéros de la Rue de Rennes n’existent pas et n’ont jamais existé : Napoléon III voulait prolonger cette rue jusqu’à la Seine mais Eugénie n’a pas voulu. Alors… Yvonne Ratinet le sait, Babette Éméchant le sait, Marianne le sait et l’OBS ne va pas tarder à le savoir.

13-  Dans les pas de l’Impératrice

Où l’on verra un vieux grec atteindre les limites de la flagornerie. 

A son retour de Val d’Isère, Renaud trouva le rapport Éméchant. La méthode de lecture rapide qu’il avait apprise lors d’un séminaire professionnel de deux semaines à Las Vegas du temps où il travaillait à l’OBS lui permit de comprendre en moins de quarante-cinq secondes que, dans cette histoire de la Rue de Rennes, il n’y avait pas de matière pour un article à scandale dans Marianne. La consultation de Wikipédia le lui confirma bientôt. Il se promit de faire savoir en temps utile à son ami Mathieu que son tuyau était ramolli et qu’en conséquence, il ne lui était en rien redevable.

Mais tout ce travail ne devait pas rester vain. Il se trouve que, pour arrondir ses fins de semaine, à l’insu de son employeur officiel, Renaud travaillait comme pigiste pour le magazine « A Paris« , bulletin hebdomadaire rédigé en écriture inclusive, édité à grands frais par l’Hôtel de Ville et destiné à célébrer les réalisations de la Municipalité en général et de sa patronne en particulier. C’est ainsi que, de temps en temps, Renaud y enfonçait quelques portes ouvertes dans des petits billets pleins de sagesse et d’habile flatterie qu’il signait du nom d’Homéotéleute d’Antanaclase. Ça faisait sérieux, cultivé, et personne ne savait vraiment qui avait bien pu être ce personnage, certainement mort, grec et philosophe.

En quelques minutes, il rédigea donc son prochain billet et l’envoya à Hubert Lubherlu qui, en plus de ses fonctions de Chef de Cabinet, avait la tâche de contrôler et d’autoriser les publications de « A Paris« . Il touchait d’ailleurs pour cela une conséquente prime de salissure. Lorsque Hubert eut lu l’article, qui dégonflait singulièrement l’affaire qui lui avait valu l’engueulade et la cuite la plus sévère de sa vie post-estudiantine, il ne vit aucun inconvénient, au contraire, à le laisser publier.

Cet article disait ceci :

Dans les pas de l’Impératrice

Chacun.e sait (14) qu’à Paris, la Rue de Rennes ne commence qu’avec le numéro 41. Pourtant, peu de gens en connaissent la véritable raison. A la suite de longues recherches dans la poussière des archives et des mémoires, les spécialistes du service historique de la capitale ont découvert la raison de cette apparente anomalie. Il ne s’agit pas, non, d’une bête erreur technique d’un.e ingénieur.e inexpérimenté.e ni de l’oubli malencontreux d’un.e obscur.e préposé.e au cadastre, mais de tout autre chose. En 1853, lorsque le percement de la Rue de Rennes fut décidé, son tracé était tel que, s’il épargnait l’église Saint-Germain des Prés, il n’en était pas de même pour le Palais de l’Institut. Il passait en plein dessus. Quand ce détail du projet fut connu du public, des protestations s’élevèrent de toutes parts contre la démolition de ce bâtiment : les Académicien.ne.s craignaient de devoir tenir leurs séances du dictionnaire en plein air, et à leur âge, vous comprenez… ; les riverain.e.s protestaient à l’avance contre les nuisances que le chantier ne manquerait pas de leur apporter pendant des années, et les conducteur.rice.s d’omnibus à impériale et les cocher.e.s de fiacre menaçaient de faire grève si on leur supprimait la place sur laquelle ils aimaient à faire la sieste entre l’Institut et le Pont des Arts. Bref, la moitié de Paris s’élevait contre la démolition, tandis que l’autre moitié s’en contrefichait impérialement. Mais le Baron Haussmann, initiateur du projet, et l’Empereur Napoléon III en tenaient pour lui et ils tenaient bon. Pourtant, comme on peut encore le constater si l’on se donne la peine de parcourir le Quai Conti entre la rue Guénégaud et la rue Bonaparte, la coupole dorée se dresse toujours fièrement face au Pont des Arts et au Louvre. En effet, l’Institut n’a jamais été démoli. Et pourquoi, s’il vous plait ? Mais parce que l’Impératrice Eugénie s’y est opposée : selon ses propres mots, elle trouvait « la bâtisse très mignonne ».

Et l’on sait que ce que femme veut, Dieu le veut.

C’est ainsi que la partie de la Rue de Rennes qui devait accueillir les quarante premiers numéros à partir de la Seine ne fut jamais achevée. Et c’est ainsi que la rue de Rennes commence au numéro 41. Et c’est ainsi que nous devons d’avoir encore parmi nous ce magnifique palais du XVIIème siècle.

Ah ! Ce que femme veut…

Devant cette anecdote historique et exemplaire, comment ne pas céder à la tentation d’établir un parallèle entre l’Impératrice Eugénie, protectrice de l’Institut contre les assauts des tenants de la circulation et notre Maire, Anne Hidalgo, qui, il faut bien le dire, use sa santé à défendre le magnifique patrimoine parisien contre les suppôts facho-machistes réactionnaires et misogynes de l’automobile.

Homéotéleute d’Antanaclase

A SUIVRE

Notes du chapitre 13

(14)          Quand on vient d’apprendre un truc que l’on ignorait, la technique de base du journaliste et de l’homme élégant est de faire comme si tout le monde en général, et soi-même en particulier, le savait depuis longtemps.

 

ÇA, C’ÉTAIT LE CHAPITRE 13

LE CHAPITRE 14, C’EST ICI

COMPTE A REBOURS : — 2

LES DERNIERS JOURS DE FACEBOOK
COMPTE A REBOURS : — 2

Il y a quelques jours, vous avez appris l’effarante nouvelle : mes adieux à Zuckerberg et la disparition du JOURNAL DES COUTHEILLAS des écrans de Facebook. Mais depuis que vous avez pris vos précautions pour assurer la continuité du service en vous abonnant, ça va mieux. Ça va mieux, mais quand même, je sens que chez vous, un trouble subsiste. Quelle mouche a-t-elle piqué cet amateur de lettres et de bistrots, cet amoureux de l’Amérique, de la Technologie et du jardin du Luxembourg ? vous interrogez-vous le soir. Mais pourquoi veut-il quitter, comme ça, brutalement et sans retour annoncé, cet univers convivial de la communication, de l’amitié, de la laïkisation et du partage que nous offre le monde merveilleux des réseaux sociaux ?

Eh bien, je vous le dirai sans doute demain.

Mais rappelez-vous : la fin approche. Plus que 2 jours !

Paris est un décor (3) et (4)

Décor : Ensemble des toiles peintes, des portants, des praticables et des éléments divers qui entourent et situent la représentation d’une œuvre théâtrale, cinématographique ou télévisée.


Les trois coups ont été frappés et le rideau vient de se lever. Pourtant le décor est encore vide. Les personnages sont réunis dans les coulisses. Ils vont entrer en scène. Que le spectacle commence !

ET DEMAIN, LA RUE DE RENNES, C’EST PAS FINI. C’EST LE CAS DE LE DIRE…

COMPTE A REBOURS : — 3

LES DERNIERS JOURS DE FACEBOOK
COMPTE A REBOURS : — 3

3 jours ! Vous avez encore 3 jours pour vous faire à l’idée que le JOURNAL DES COUTHEILLAS ne paraitra plus sur Facebook. C’est dur, je sais. Mais dites-vous que vous en avez autant pour préparer la parade et vous habituer à aller chaque matin à partir de 7h45 directement sur le site du JOURNAL DES COUTHEILLAS. Vous pourriez mettre le site en favori, c’est pratique ; vous pourriez même vous abonner, c’est encore mieux.

 

ET DEMAIN, PARIS SERA TOUJOURS PARIS : UN DÉCOR 

(SAUF SI HIDALGO PERSÉVÈRE)

L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes (12)

SI VOUS N’AVEZ PAS LU LES CHAPITRES PRECEDENTS, C’EST LE MOMENT DE CLIQUER DESSUS : 
CHAPITRE 1      CHAPITRE 2       CHAPITRE 3    CHAPITRE 4     CHAPITRE 5        CHAPITRE 6  CHAPITRE 7       CHAPITRE 8      CHAPITRE 9    CHAPITRE 10       CHAPITRE 11 

 Résumé : Yvonne Ratinet connait enfin la raison de l’absence des quarante premiers numéros d’immeubles de la Rue de Rennes, et nous aussi par la même occasion. C’est pas trop tôt ! Finalement, c’est la faute à Haussmann, Napoléon et Eugénie. La Mairie n’y est pour rien. C’est bien dommage, mais c’est comme ça. Mais l’enquête Éméchant n’est pas terminée. Elle va être déçue, la pauvrette.

12-La protection des sources

 Où l’on verra comment la divulgation des sources mène à la récupération des postites..

Tandis qu’Yvonne Ratinet lançait à son mari un regard chargé de fureur, de découragement et de pitié, la jeune Éméchant faisait la même découverte : la Mairie actuelle n’avait pris aucune part dans la disparition du bout de la Rue de Rennes. On se demandera certainement longtemps comment deux femmes aussi différentes, l’une,  ménagère de moins de cinquante ans, finaude et revancharde et l’autre, jeune future journaliste, pleine d’enthousiasme et de naïveté, avaient pu arriver aux mêmes conclusions au même moment. C’est pourtant simple. Fort marrie de constater que les recherches qu’elle avait entreprises autour de la chute du Second Empire et de la Grande Guerre ne donnaient rien, la stagiaire de Marianne se résolut à rompre le serment qu’elle avait fait de garder le secret de la Rue de Rennes. Il se trouve qu’elle était la petite-fille du beau-frère d’un cousin de X — dont nous avons fait le serment de garder secret le patronyme, que nous vous livrerons cependant sur simple appel téléphonique non surtaxé au 068861164. Monsieur X avait été un temps journaliste d’investigation au Monde. Il reçut Élisabeth Éméchant qui lui exposa son problème méthodologique.

—Maître, j’ai un problème méthodologique. Je travaille sur une chose d’étrange qui est survenue Rue de Rennes : une quarantaine d’immeubles ont disparu, comme ça, envolés, finis, pfuitt ! Mais c’est secret, hein ! J’ai promis. J’ai cherché partout, aux Archives Nationales, à celles de Paris, au Cadastre, dans les Catacombes, chez Michelin, partout … J’ai étudié à fond la bataille de Sedan, la Commune de Paris et toute la Guerre de 14… et rien, rien de rien. Mon patron rentre après-demain et je n’ai rien à lui dire. Que dois-je faire ?

Le vieux journaliste sourit finement et lui dit :

—Je vais t’apprendre une chose, Babette. Ça ne t’ennuie pas que je t’appelle Babette. Tiens, c’est drôle ! Babette Éméchant, ça me rappelle quelque chose… Mais quoi ?… Bon, ça ne fait rien. De quoi parlions-nous déjà ? Ah oui ! D’une recherche, ou plutôt d’une méthode d’investigation, car peu importe le sujet… qu’est-ce que c’est le sujet déjà ? … peu importe le sujet, c’est la méthode qui compte, la méthode… et la méthode, c’est la source, et la source, ma petite Isabelle — joli prénom, ça Isabelle — et la source c’est sacré. Tu sais qu’un vrai journaliste, et surtout un journaliste d’investigation, ne révèle jamais ses sources, jamais, sous aucun prétexte, sauf si … mais moi, je vais te la révéler, ma source essentielle, ma source de toujours… je peux bien te la révéler à toi, la petite fille de l’oncle du beau-frère de la cousine… non c’est pas ça…la petite sœur du cousin du père de …, c’est pas ça non plus…bon enfin à toi qui fais partie de la famille… ma première source, comme celle de tous les journalistes, c’est Wikipédia. Il y a tout ce qu’on veut dans Wikipédia, c’est fou ! Mais il faut de la méthode. Regarde.

Tout en parlant il ouvrait son MacBook Pro 24 pouces.

—J’ouvre ma page sur Google et je tape… Je tape quoi déjà ?

—Rue de Rennes

—Et je tape Rue de Rennes. Regarde, Annabelle, c’est extraordinaire, non ? En deuxième choix apparait Rue de Rennes (Paris) ­— Wikipédia. Alors je n’ai plus qu’à cliquer là-dessus et, hop, je saurai tout sur la rue de Rennes.

—Bon sang, mais c’est bien sûr ! dit-elle cliquant.

Il ne lui reste plus qu’à lire :

« La rue de Rennes est une voie du 6e arrondissement de Paris. Elle est une artère commerçante majeure de la rive gauche de la capitale. (…) La rue de Rennes débute place du Québec et finit place du 18-Juin-1940. De tracé rectiligne et d’orientation nord-sud, elle mesure plus d’un kilomètre de longueur et vingt mètres de largeur. Ouverte au milieu du XIXe siècle, (…) la rue de Rennes est une réalisation du Second Empire. Elle devait à l’origine rejoindre la Seine. C’est pour cette raison que la numérotation commence au 41, les numéros précédents ayant été réservés pour la partie de la rue qui devait être percée au nord du boulevard Saint-Germain. La partie existante a été percée en deux fois. Son ouverture s’est faite à la suite du décret du 9 mars 1853 depuis les rues Notre-Dame-des-Champs et de Vaugirard jusqu’à la place du 18-Juin-1940. Le plan annexé à ce décret n’attribuait à la voie qu’une largeur de 20 mètres. Elle a cependant été ouverte, suivant des alignements différents, (…) »

Elisabeth Éméchant venait de prendre une grande leçon de journalisme : pourquoi chercher soi-même quand une banque de données peut vous éviter les fatigues et les dangers d’une enquête ? Cette leçon que, certes, elle n’oublierait jamais, jamais non plus ne lui servirait car, à la suite de cette déception professionnelle, elle abandonna ses études pour monter une starteupe spécialisée dans la récupération et le recyclage des postites. Elle se justifiait en disant : recycler des informations ou recycler des petits bouts de papier, quelle différence ?

Néanmoins, avant cette reconversion radicale, elle prit le temps de rédiger son rapport définitif sur un petit rectangle de papier jaune autocollant réutilisable qu’elle apposa sur l’écran du Mac de Renaud Dely. Le postite disait :

  1. La rue de Rennes commence au Numéro 41
  2. Ça toujours été comme ça
  3. C’est la faute à Napoléon III
  4. T’en fais ce que tu veux
  5. Sans moi

Annexe 1 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_de_Rennes_(Paris)

Annexe 2 : Lettre de démission

A SUIVRE

LE CHAPITRE SUIVANT EST VISIBLE ICI

COMPTE A REBOURS : — 4

LES DERNIERS JOURS DE FACEBOOK
COMPTE A REBOURS : — 4

Bon, d’accord, dans 4 jours, plus de Facebook ni pour moi, ni pour le JOURNAL DES COUTHEILLAS.

Mais, rassurez-vous, vous pourrez continuer à voir tout ça et bien plus en allant directement sur le site du JOURNAL DES COUTHEILLAS. Vous pourrez y commenter tout ce que vous voudrez. Par sécurité, pour assurer la continuité du service, vous devriez même vous abonner.

C’est recommandé, c’est gratuit et ça n’engage à rien.

Avant de suivre mon courageux exemple et de vous désabonner vous-même de Facebook, avant que ce réseau social ne s’effondre sur lui-même, vous pourriez même profiter de ses ultimes instants pour recommander le JOURNAL DES COUTHEILLAS aux derniers adeptes.

4 jours, plus que 4 jours…