L’Univers, ses lois ses principes et autres âneries (4)

Le principe de Peter

Tout le monde connait ou a entendu parler du principe d’Archimède. Semblable à l’éléphant de Vialatte, il est irréfutable.

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un principe ?

—Eh bien, cela peut être une proposition fondamentale, une hypothèse de base sur laquelle reposera toute une organisation, scientifique, sociétale ou philosophique, ou bien une règle définissant une manière d’agir, ou bien un élément constitutif de quelque chose, ou encore…

—Faudrait s’entendre alors ! C’est quoi, finalement ?

—Pour Archimède, c’était la règle scientifique selon laquelle quand on plonge un corps dans l’eau, il reçoit une poussée verticale dirigée de bas en haut égale au poids du volume d’eau déplacé. Peu compréhensible et sans application pratique, on le voit bien. Pour Pierre Desproges, c’était la règle immuable selon laquelle, quand on plonge un corps dans l’eau, le téléphone sonne. Cette observation a conduit, on le sait, à l’invention du téléphone mobile. Il faut reconnaitre que Pierre Dac avait mis Desproges sur le chemin de sa découverte en déclarant quelques années auparavant que quand on plonge un corps dans l’eau, il en ressort mouillé.

C’est autour des belles années 1789 que James Watt, quant à lui, avait constaté que lorsque sa femme préparait le thé qu’il allongeait aussitôt à son insu d’une rasade de whisky (James était écossais), les vitres de la cuisine de son cottage des environs de Glasgow se couvraient, côté intérieur, de fines gouttelettes. Il en déduisit deux principes : celui qui porte son nom, le principe de Watt(1) ou principe de la Paroi Froide (2) et celui selon lequel, pour y voir clair, il vaut mieux boire son whisky sec.

Parmi les autres grands principes, on doit citer le principe d’Incertitude ou principe de Heisenberg. Mais sur ce principe on n’est vraiment sûr de rien. Il est donc prudent d’attendre que Monsieur Heisenberg ait fini ses expériences et cesse de nous ennuyer avec ses approximations qui ne font aucun bien à la réputation de la science et des savants.

On peut aussi citer le passionnant principe des tiroirs(3) selon lequel « quand n chaussettes occupent m tiroirs, et si nm, alors au moins un tiroir doit contenir strictement plus d’une chaussette », ou le confortable principe de précaution, selon lequel il vaut mieux ne rien faire et laisser les autres prendre les risques du progrès, ou le mystérieux principe de Babinet sur lequel je ne saurai rien dire.

Mais il y a un principe essentiel, LE principe, celui qui régit toute société organisée, c’est le principe de Peter. Étonnamment, ce principe, dont la conséquence est que toute organisation, société commerciale, club de sport, parti politique, nation ou empire (4) finit par être dirigée par un incapable, n’a été découvert que tardivement.  C’est seulement en 1970 que Peter et Hull ont formalisé de façon ampoulée et prétentieuse ce que tout employé de bureau avait compris depuis longtemps sans leur aide, à savoir que son supérieur direct et tous ceux qui se trouvent au-dessus sont des incapables (5), pour rester poli. Mais ce que le rond-de-cuir ordinaire ne sait pas, ce qu’il attribue à la fatalité, à l’hérédité ou au népotisme, c’est la raison de cet état de fait (6). Et c’est tout le mérite de Peter et Hull (7) d’avoir identifié et décrit le phénomène causal dans l’énoncé de leur principe : « dans une hiérarchie, tout individu a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence » et de son corollaire : « avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d’en assumer la responsabilité. »

A présent, nous allons faire silence et méditer quelques instants sur ces deux questions cruciales :   » Ai-je atteint mon propre niveau d’incompétence ?  » et  » Combien de fois, mon fils ? « 

Allez en paix.(7)

Notes

  • 1-Pour le principe de Watt, cliquez ici
  • 2-Pour le principe de la paroi froide, même chose
  • 3-Ou principe de Dirichlet
  • 4-C’est la raison pour laquelle on parle de principe empirique.
  • 5-Pour rester poli
  • 6-Agaçant ces notes de bas de page, n’est-ce pas ?
  • 7-Peter, qu’as-tu fait de Hull ?

ET DEMAIN, LA GUEULE DE FERNANDEL

 

3 réflexions au sujet de « L’Univers, ses lois ses principes et autres âneries (4) »

  1. On peut grouper ces principes sous celui de Carnot :

    L’entropie augmente inéluctablement, sans espoir de retour.

    Heureusement, il y a des exceptions et le mot principe est souvent galvaudé.

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