HHH, NYC, USA (2) – Bob Martinoni

2—Bob

Bob Martinoni a quarante-cinq ans. Il est marié depuis quinze ans à Erlina, la fille unique d’une riche famille, les Gallagher. Lui, d’origine italienne, elle, d’origine irlandaise, tous deux catholiques, ils n’ont pas pu avoir d’enfant. Ils ont tenté sans succès diverses méthodes, puis ils ont envisagé l’adoption, mais ils ont fini par se faire une raison et renoncer. Erlina ne travaille pas. Elle dépense beaucoup d’argent et s’occupe de quelques œuvres. Ils habitent un grand appartement à l’angle de la 68ème et de Central Park Ouest. La vue sur Sheep Meadow est magnifique. Bien sûr, le salaire de Bob, pourtant appréciable, ne lui permettrait pas de s’offrir le standing d’un tel appartement. S’ils y habitent, c’est parce que Alastar Gallagher, le père d’Erlina, est propriétaire de tout l’immeuble. D’ailleurs, le vieux tyran en occupe le dernier étage. Ce n’est pas l’argent qui motive Bob ; il est déjà très bien payé par les Big H’s et il sait qu’inévitablement, dans quelques années, sa femme héritera d’un très gros paquet. Non, ce qui le fait avancer, ce pourquoi il travaille d’arrache-pied à grimper dans la hiérarchie du groupe, c’est qu’il veut faire oublier qu’il n’est pour tout le monde qu’un ex-beau gosse d’italien qui a épousé une riche héritière, c’est qu’il veut obtenir l’estime de sa femme, et un peu de considération de la part de son beau-père.

—Bonjour, commence Bob, <<…bon, va falloir faire gaffe, le grand chef apache est là … tiens ! je vais faire passer Miss Lesbos en premier, ça lui fera les pieds…>> J’espère que vous avez passé un meilleur week-end que moi : j’ai consacré le mien à chercher la blague avec laquelle je commencerai cette réunion…

Quelques rires discrets et polis saluent la plaisanterie rituelle par laquelle doit commencer toute réunion aux Etats Unis.

<<…marrant, je la connaissais pas celle-là…meilleure que d’habitude… je la recaserai au prochain congrès… il devient rigolo, Bob… faudrait que je pense à l’augmenter, mon petit V.P…>>

—Comme d’habitude, cette réunion durera quatre-vingt minutes, pas davantage. Dick, tu voudras bien rédiger le compte-rendu ?

<<…ah, non, merde ! J’aurai jamais le temps. Faut que je prenne le vol de 11 :45 pour Mexico. Fais chier, Bob…>>

—Pas d’objection ? Merci, Dick. Bien, aujourd’hui, poursuit Bob, nous allons commencer avec Mary qui va nous parler de sa région. Mary, tu as quatre minutes entièrement à toi.

La suite, après-demain 7 octobre

ET DEMAIN, LE SENS DE LA FETE, CRITIQUE AISÉE N°102

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