HHH, NYC, USA (1) – Room 1101

Alexandre Vialatte disait de lui-même qu’il était un écrivain « notoirement méconnu ». Eh bien, c’est exactement ce que je dirais de cette nouvelle, et c’est comme cela que je  justifierai sa deuxième publication avec deux ans d’écart. Par ailleurs, je vous prierai de ne pas la confondre avec HHhH, de Laurent Binet, Prix Goncourt du premier roman 2010. C’est agaçant à la fin !

HHH Building
610 Madison Ave
New York, NY 10022

 1—Room 1101

La salle de réunion du département Sales & Marketing porte le numéro 1101. Elle est située au onzième étage de la tour HHH qui en comporte vingt-trois. Elle est confortable, mais son aménagement reste modeste et purement fonctionnel. Quand on s’approche des baies vitrées, on peut apercevoir sur la gauche une partie de la façade du Plaza et quelques arbres de Central Park. Mais la plus grande partie de la vue est bouchée par la tour CRAW qui n’est qu’à une vingtaine de mètres de l’autre côté de la 58ème. En cette belle matinée de la fin du mois d’août, le soleil se réfléchit sur la façade de l’immeuble d’en face et vient inonder la salle d’une lumière bleuâtre. La météo a annoncé une chaude journée avec des orages en fin de soirée.

Un lundi sur deux, à huit heures quinze, commence la réunion bimensuelle des neuf directeurs commerciaux des laboratoires Hampton-Hartford-Huge (ampetone-arteforde-youdje) que le monde anglo-saxon de la finance et de la pharmacie appelle les Big H’s (biguétchise).

Chaque directeur est responsable d’une région. Les quatre premières couvrent les États Unis et les autres, le reste du monde.

La réunion est généralement présidée par Bob Martinoni, vice-président Sales and Marketing. Parfois, le président de la Compagnie, Geronimo H. Huge, vient s’asseoir modestement dans un angle de la salle, pour sentir le marché comme il dit.

Quand on parle de lui, on dit juste G.H. (djiétche). Ses amis et un petit nombre de ses collaborateurs les plus proches l’appellent Jerry. Personne ne sait vraiment d’où lui vient ce premier prénom apache, ni quel deuxième prénom se cache derrière le grand H solitaire. Sur le sujet, les supputations et les plaisanteries abondent : selon l’hypothèse la plus répandue, l’arrière-arrière-grand-père de G.H. , Horace Huge, pharmacien à Winslow, Arizona, aurait épousé en deuxièmes noces la petite sœur du grand chef indien ; ou bien, selon la blague la plus triviale, au moment de la conception de Geronimo, son père, qui avait sauté sur Sainte-Mère-Eglise en juin 1944, n’aurait pu réprimer ce grand cri que poussent les bérets verts au moment de bondir hors de l’avion ; ou encore, selon la plaisanterie la plus récente, à sa naissance, l’état civil aurait successivement refusé les prénoms de Sitting Bull, Black Cloud et Little Big Man. Pour ce qui est du H, on dit que c’est l’initiale de Hyper, de Hurricane, ou tout simplement de Horrible.

Aujourd’hui, G.H. est entré dans la salle trois minutes après l’heure précise alors que tous étaient déjà assis autour de la grande table. Selon l’usage, personne ne s’est levé à son arrivée et, selon l’usage, il a demandé que l’on fasse comme s’il n’était pas là. Puis, il s’est assis près de la porte sur une modeste chaise de réserve le long du mur.

Bob Martinoni va ouvrir la réunion.

La suite, après demain 5 octobre

MAIS DEMAIN, LA CRITIQUE DE « HAPPY END », LE DERNIER MICHAEL HANEKE

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