Complainte amoureuse

Oui dès l’instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu’ingénument je vous le disse
Qu’avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez

Alphonse Allais

ET DEMAIN, LE PLUS BEAU CAFE-TABAC DE PARIS

 

 

3 réflexions au sujet de « Complainte amoureuse »

  1. Merci, Rebecca, pour nous avoir donné le texte complet de cette complainte. J’avais entendu le texte raccourci dit par André Dussolier et je l’avais recherché sur Google, qui ne m’avait donné que ce petit bout. Merci aussi pour l’anecdote.

  2. Ce poème est si drôle; mais il est dommage de n’avoir mis que les 4 premiers vers, puis la fin, en sautant le milieu!

    Oui, dès l’instant que je vous vis,
    Beauté fatale, vous me plûtes;
    De l’amour qu’en vos yeux je pris,
    Aussitôt, vous vous aperçûtes.
    Mais de quel air froid vous reçûtes
    Tous les soins que pour vous je pris!
    Combien de soupirs je rendis!
    De quelle cruauté vous fûtes!
    Et quel profond dédain vous eûtes
    Pour les voeux que je vous offris!
    En vain, je priai, je gémis,
    Et dans votre dureté vous sûtes
    Mépriser tout ce que je fis;
    Même un jour je vous écrivis
    Un billet tendre que vous lûtes
    Et je ne sais comment vous pûtes
    De sang-froid lire ce que je mis.
    Ah! fallait-il que je vous visse,
    Fallait-il que vous me plussiez,
    Qu’ingénument je vous le dise,
    Qu’avec orgueil vous vous tussiez;
    Fallait-il que je vous aimasse,
    Que vous me désespérassiez
    Et qu’en vain je m’opiniâtrasse
    Et que je vous idolâtrasse
    Pour que vous m’assassinassiez!

    Alphonse Allais, quel maître! Entre le passé simple et l’imparfait du subjonctif, quel poème sonore et comique, mais parfaitement composé!

    Personnellement, j’aime énormément l’imparfait du subjonctif, qui permet des perles savoureuses…

    Docteur, mon mari est cloué au lit; je voudrais que vous l’y vissiez!
    (eh oui, le verbe voir!)
    Il serait dommage qu’à trop manger de gâteaux, vous en pâtissiez.
    (du verbe pâtir)
    Un home m’a aimé longtemps sans que je le susse.
    (De quel verbe, à votre avis?)

    Ce qui a donné lieu à la plus belle bourde de ma carrière. Impossible après ça de reprendre la classe en main!
    Ayant fait une remarque légère mais tout à fait innocente, mais que ma classe de BEP Electrotechnique, tous des garçons, a pris de façon graveleuse, je me suis mise en colère, et leur ai dit que je ne tenterai plus jamais de faire de remarques de ce style, car ils avaient tous trop mauvais esprit. Mais cela, en préparant mon cours, encore eut-il fallu que je le susse!
    Evidemment, tu peux deviner la suite… L’éclat de rire qui a suivi fut tel que le prof d’à côté vint voir ce qui se passait… et se mit à rire de même, lorsque la chose lui eut été expliquée.
    Maintenant, cela a beau être un barbarisme, j’emploie « sache » pour éviter l’autre.

  3. Dans ce poème qui mélange adroitement le passé-simple et l’imparfait du subjonctif, Alphonse Allais avec humour et son sens de la dérision cherche peut-être à démontrer que l’Amour n’est jamais parfait et subjectif. Alphonse n’emploie pas ici les vers holorimes, un art dans lequel il se distinguait et dans lequel beaucoup de poètes se sont amusés, notamment la poétesse Louise de Vilmorin.

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