La transparence – Critique aisée 16

Il y a un peu plus de quatre ans, j’avais écrit ce petit texte, en révolte contre la volonté affichée de transparence à tous les étages. A la surprise générale, ma diatribe n’a eu aucun effet que l’on puisse constater sur les moeurs actuelles.
A mon grand regret, je me vois donc dans l’obligation de la publier à nouveau :

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la transparence n’est pas que le contraire radieux de la sombre dissimulation.

Dans le domaine privé, la transparence n’est souvent qu’une facilité, un moyen d’éviter la réflexion, promu par le souci du moindre effort et la négation de la sensibilité de l’autre, une façon négligente de lui balancer en vrac une part de sa vérité et de le laisser se débrouiller avec.

Dans le domaine social, c’est aussi une mode, lancée un jour par un censeur de Canal+ en quête de rigueur morale, un pilier de la pensée unique, un mot d’ordre dicté par les journalistes dans le seul intérêt de leur profession. « Moi, journaliste, j’exigerai de mes sujets une totale transparence dans tous les domaines sinon je créerai dans le public une suspicion légitime à leur encontre ».

Dans le domaine politique, la transparence serait le remède à tous les maux, mots tordus, pots de vins, compromissions, hypocrisies, échecs et lâchages inhérents à cette profession en décomposition. Mais, dans ce monde-là, la transparence n’est que l’artifice du prestidigitateur qui montre sa main droite pour qu’on ne prête pas attention à ce que fait sa main gauche.

La transparence…Méfiez-vous en !
Et ne la pratiquez qu’avec parcimonie et à bon escient.

4 réflexions au sujet de « La transparence – Critique aisée 16 »

  1. La transparence est un truc de curé laïc, et nous n’en avons pas fini avec les curés.
    Lorsque je veux éviter de me tromper, j’interroge toujours la frustration, plutôt que la philosophie, qui cherche aussi à tout rendre transparent.
    Aussi, à l’analyse avisée de René-Jean, verserai-je au dossier de la transparence la frustration de ne pas dominer à tous les plans sur autrui qui m’est obstacle et notamment au plan de l’honnêteté, de la moralité. Rien n’est transparent en ce monde pas même le réel ondulo-particulaire mais exiger d’autrui une introuvable transparence comme on exciperait d’une suprême qualité sécrétée par soi-même permet de délégitimer tout ce qui me frustre par le soupçon d’immoralité, qui est une calomnie sous-entendue, frappant tout ce qui me contrarie d’une opacité dont moi seul serais épargné.
    Ainsi de tous les donneurs de leçons, manifestants et pancartistes, à quelque discipline (ou ignorance) qu’ils appartiennent : ce sont des frustrés.

  2. Quoi? Je n’ai pas fait part d’une réflexion il y a quatre ans au sujet de la transparence exposée ci-dessus, j’en suis ébahi. En tout cas je partage absolument l’idée critique émise à savoir que la transparence évite la réflexion, quoique, si je me souviens bien des cours de physique d’autrefois concernant l’optique et autres phénomènes ondulatoires, la lumière incidente (ou le son) peut subir une réfraction, voire une diffraction, en pénétrant un corps bombardé par les ondes émises. J’y vois que c’est peut-être en fonction de ces phénomènes que le corps bombardé, traversé, peut possiblement analyser, autrement dit réfléchir. Suis-je clair? Non, bon! Qu’est-il préférable? Une parfaite transparence ou bien une parfaite opacité? That is the question!

  3. Oui, c’est clair, limpide, transparent, quoi!

    Transparent… Mais qu’est-CE qui transparaît? aux yeux de qui? et à propos de quoi?

    Il y a des mots « justes » dit-on par ailleurs! Mais un mot juste ne serait-il pas celui qui correspondrait parfaitement – de façon transparente – à CE qu’il évoque ou représente? Le ‘signifiant’ serait donc isomorphe (pour faire plaisir aux ingénieurs) au ‘signifié’ ou serait ‘motivé’ comme une onomatopée (pour faire plaisir aux linguistes qui reconnaissent sous la torture que mêmes les onomatopées sont des conventions arbitraires puisque le coq fait cocorico en France, wagadougou dans les pays anglo-saxons et Uh! chez les chauffeurs de taxis parisiens qui ont bien conservé la langue des charretiers).

    Il y aurait donc transparence ou limpidité (absence de bruits, de polluants, d’insinuations, de biais, etc.) lorsque les propos d’un orateur (professeur, journaliste, politicien, dentiste, etc.) coïncident en tout point avec CE (la ‘réalité’) dont ils parlent. Ainsi, suivant ‘le principe de réalité’ dont il se dote, tonton Sigmund, nous assure que son fameux ‘complexe d’Œdipe’ décrit de façon transparente le désir du fils de tuer son père pour nicker sa mère. Suivant cet illustre exemple (d’origine grecque et non maghrébine), les journalistes de tous les pays désunis s’accordent pour opposer « La réalité » à laquelle ils ont, eux, accès, avec la plus grande transparence et qu’ils rapportent fidèlement en faisant usage des « mots justes, » aux perceptions floues, aux obscurs fantasmes, aux ténébreuses hallucinations, aux mythes pervers et autres ‘wishfull thinking’ de leurs minables collègues corrompus et incompétents.

    Comment peut-on continuer à écouter les orateurs qui, toutes les 10 secondes, hoquettent ‘LA vérité, LA transparence ou LA réalité’ pour cautionner leurs propos alors que, de toute évidence, chacun d’eux n’a que sa propre vérité en tête (Pirandello) et que la réalité de l’un n’est manifestement pas communicable à l’autre?

    Le pire est que cela dure et en toute connaissance de cause depuis plus de 25 siècles en Occident!

    Si nous allons faire un petit tour chez les Grecs de l’Antiquité – comme il est d’usage dans les bonnes familles germanoprates -, nous découvrons que nos ancêtres des premiers Club Meds, durant les siècles de l’Épopée et des Tragédies (VII et VIe Avant JC) ont inventé les dieux pour palier leur inaptitude à communiquer avec la nature (épopées) et avec leurs semblables (tragédies). L’idée était excellente, mais, très vite, des ventriloques se sont intercalés entre les dieux et les hommes pour leur tenir, au nom de ces dieux, des discours omniscients et moralisateurs. Dénonçant la supercherie transcendantale de ces ventriloques, colporteurs de jouvence et d’éternité, inquisiteurs et énarques du Ve Siècle Av. J.C., les Sophistes (bêtement dénigrés par Platon et ses épigones alors que Socrate, son maître, s’en inspirait), ont créé, dans l’immanence la plus totale, la Démocratie autogérée grâce aux conversations républicaines où les citoyens construisent en permanence et parfois de façon fulgurante un univers discursif (symbolique ou communicationnel) à partir duquel, à tâtons, les hommes négocient leurs rapports interpersonnels ou socio-politiques et tentent d’appréhender, toujours et encore plus à tâtons, la nature des choses. Ils sont alors parfaitement conscients que l’univers symbolique qu’ils ont ainsi créé et modifient en permanence, reflète beaucoup plus leur désir de survivre en société politique qui est, d’abord et avant tout, une communauté d’interprétation (comme dirait C.S. Pierce), que la nature, les choses, les faits et les événements, les ‘noumens’ (pour faire Grec) auxquels ils sont confrontés et qu’ils cherchent à apprivoiser.

    Depuis lors, nous devrions être conscients que notre univers symbolique ou communicationnel, – celui dans lequel nous vivons, prenons nos décisions et agissons – n’a pas de rapport ‘transparent ou juste’ garanti (sauf par les prêtres qui parlent au nom des dieux et les ‘scientistes’ qui font parler la nature et les chiffres) avec la nature et même avec le monde unique mais mouvant que chacun d’entre-nous porte en lui.

    Tout ça pour dire que les notions de ‘transparences’ ou de ‘mots justes’ ne peuvent garantir le moindre isomorphisme signifiant-signifié mais, par contre, elles nous permettent, en les employant stratégiquement, de nous intégrer à une bande de cons (+ que 4) (sic) qui partagent l’hallucination, le fantasme, l’univers communicationnel ou discursif dominant du moment et de l’endroit.

    M’avez-vous compris? dans l’affirmative, ce serait un problème!

    L’incommunicabilité est mon fond de commerce!

    René-Jean,
    Multi-redoublant dans toutes les disciplines mais hyperdiplômé dans les fulgurances de l’étude américaine de la communication que j’ai abordées par le BIAIS de la psychosociologie américaine et que je teste maintenant par celui de la philosophie.

    OUI, je sais, il me l’a fréquemment répété et il l’a bien écrit dans son journal, Philippe déteste cette discipline qu’il disqualifie d' »inutile, stupide, etc. » Mais je n’arrive pas à comprendre comment on peut aimer, comme il le fait et le dit si bien sa merveilleuse ‘SOPHIE’ sans priser la Philia-Sophia et ne pas s’intéresser aux Sophistes! Pour moi, c’est une contradiction dans les termes!

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