¿ TAVUSSA ? (16) The Donald is not that bad !

Cet article a été écrit la semaine dernière. Il ne devait être publié que le  13 janvier, mais je pense devoir le publier  dès ce matin. Vous comprendrez  pourquoi en écoutant les informations.
JdC

The Donald is not that bad !

Vous n’avez pas remarqué ?

Ces temps-ci, quand la conversation s’en vient, inévitablement, sur Le Donald, Donald Trump, il semble de bon ton, normal, malin et même recommandé de prendre un air finaud, ou sage, ou débonnaire, ou énigmatique et de dire :

« Dans sa campagne, il a menti, bien sûr, mais les autres aussi… », ou bien « Mais, dans sa campagne, il a dit des vérités, vous savez…  » ou bien « Sa victoire est le reflet du mécontentement du peuple ! « , ou bien « Il est le produit de l’antisystème, le résultat du rejet des élites qui gouvernent ce pays depuis trop longtemps ! « , ou bien « Il a dit des choses qui pourraient inquiéter, mais c’est un businessman. Il agira donc dans l’intérêt du business et, par là même, dans l’intérêt de l’Amérique. « , ou bien « Ce n’est pas un idéologue, c’est un pragmatique. Quand il se rendra compte des réalités, il changera d’attitude et de discours. « , ou bien « C’est vrai qu’il semble ne rien connaitre à rien, mais il saura s’entourer de conseillers, et de toute façon l’administration le maintiendra sur les rails ! « , ou bien « On peut peut-être dire qu’il n’a pas la stature, mais la fonction fait l’homme. Vous verrez qu’il sera un bon président.« , ou enfin « Tous les politiciens se valent… il n’est pas pire qu’un autre… »

Foutaises !

A tout cela, je réponds : « Foutaises ! »  Ou plutôt, j’aimerais répondre : « Foutaises ! », mais je ne le fais pas. En effet, ma voix n’est pas très forte, je suis assez réservé et, la plupart du temps, j’essaie de rester modéré dans mes interventions, ce qui fait que je ne suis pas très écouté. Et puis, il faut dire aussi que j’ai un esprit d’escalier. Ca fait beaucoup de bonnes raisons pour préférer l’écrit à l’oral. Alors, à l’attention de tous ceux qui prononcent les petites phrases rassurantes que j’ai rassemblées plus haut, je ne dis pas, mais j’écris : « Foutaises ! Arrêtez de faire les malins ! »

Remarquez bien que je ne m’adresse pas à ceux qui claironnent : « Mais c’était prévisible ! » Soyons honnêtes, personne ne l’avait prévu et, thank God !, personne ou presque n’ose encore dire qu’il l’avait prévu. Mais je crains que cette forfanterie ne nous soit pas épargnée bien longtemps encore. Non, je m’adresse aux esprits forts, à ceux qui veulent se distinguer du troupeau en prenant le contre-pied du sentiment général : « Mais non, mais non, vous allez voir, tout va bien se passer. »

Mais non, mais non, vous allez voir, tout ne va pas bien se passer.

Ça ne va pas bien se passer du tout !

—Pendant toute sa campagne, Le Donald a menti. Vous me direz que c’est un exercice indispensable pour qui veut réussir en politique. Mais Le Donald, lui, est allé beaucoup plus loin, et sciemment, de manière programmée. Il a carrément inventé des faits. Il les savait faux, bien entendu.  Mais il savait aussi qu’un démenti de la victime n’a pas le millième du poids de la calomnie d’origine. La sagesse populiste ne manque pas de dire et de croire qu' »il n’y a pas de fumée sans feu » et on sait d’expérience que l’effet nocif de la fumée dure bien au-delà de l’instant tardif ou le menteur admet son « erreur ». Il semble que Le Donald connaisse bien le conseil de Francis Bacon « Calomniez hardiment ! Il en restera toujours quelque chose« . Le fait qu’un candidat à un poste de cette importance, proférant des énormités de cette taille, avérées fausses dans les minutes ou dans les jours où il les proférait, puisse être cru et qu’aucune sanction dans les urnes ou dans les tribunaux ne lui soit appliquée est proprement terrifiant. Enfin, moi, ça me laisse songeur. Et le fait qu’il puisse continuer comme ça, ça ne laisse pas de m’inquiéter. On peut avoir sa propre opinion, pas ses propres faits.

—Le Donald aurait dit des vérités pendant sa campagne ? Ah oui ? Lesquelles ?

—Son élection serait le résultat du mécontentement du peuple…, il incarnerait le rejet du système, la défaite des élites… ? Le peuple, parlons-en du peuple. Tout d’abord, il faut se rappeler que Le Donald a obtenu 2.800.000 voix de moins que son adversaire. Donc le peuple, pris dans sa globalité et dans sa majorité, n’a pas voté pour lui. Mais plus en détail, qui a voté majoritairement pour Le Donald ? : les hommes blancs, les campagnes, les peu-ou-pas-diplômés, mais aussi les ménages qui gagnent plus de 50.000 Dollars par an, ce qui correspond au revenu médian. Le peuple…

—Le Donald serait un businessman, donc enclin par nature à agir pour le bien du business et de l’Amérique ? Businessman Le Donald ? Voyons, tout le monde sait qu’il a hérité de son père, en même temps qu’une entreprise, une fortune dans l’immobilier, fortune qu’il a développée avec succès dans le reality show télévisé, qu’il a écornée avec un échec notoire dans les casinos et failli perdre dans une gestion frauduleuse d’une université à son nom. Avec ce Curriculum Vitae, on voit mal ce que Le Donald peut bien connaitre aux problèmes de l’exportation, de l’investissement industriel, de la gestion des grandes entreprises ? Et quand bien même il en aurait les capacités, aurait-il envie de travailler à autre chose qu’à ses propres intérêts ? Sa conduite passée dans la gestion de ses affaires et de ses déclarations d’impôts ne laisse rien augurer de bon.

Le Donald ne serait pas un idéologue ? Cela, c’est à peu près certain ! Pragmatique ? Je vous l’accorde. Mais à quoi donc s’emploiera très probablement son esprit pratique ? La réponse la plus vraisemblable se trouve dans le paragraphe précédent.

Le Donald est un ignorant, mais il saura s’entourer ? Pour soutenir cela, il faudrait avoir été sensible aux discours dans lesquels il assurait très bien connaitre le sujet, chaque sujet, n’importe quel sujet, sans jamais le développer plus avant. « Je connais très bien cette chose, j’en sais bien plus que vous, mais je ne peux rien dire pour le moment, mais vous verrez, vous verrez… »  Il ajoutait souvent quelque chose comme : « De toute façon, je vais réunir une équipe en or, avec les meilleurs hommes que l’on peut trouver en Amérique, des types extraordinaires, des spécialistes comme on en n’a jamais vus… » On peut toujours placer son espérance dans le bon sens et la raison du Congrès qui, on le sait, devra approuver la nomination des ministres, mais la liste qui se dessine n’a rien de rassurant. De plus, s’il y a une chose que l’on reconnait au Donald, c’est son talent de persuasion, son goût pour les compromis. De compromis avec le Congrès à compromettre quelques élus, il n’y aura pas loin à parcourir.

Le Donald n’a peut-être pas l’étoffe d’un président, mais la fonction fera l’homme ? Vous avez vu ça où, vous, que la fonction faisait l’homme ? La dernière fois que je me suis dit cette ânerie, c’était en mai 2007. Eh bien, presque cinq années plus tard, trouvez-vous vraiment que la fonction a défait le Pingouin pour faire l’homme ? Moi pas. Le volatil à la belle silhouette est resté fidèle à lui-même, se dandinant sur la banquise entre deux solutions, engoncé dans son costume de député-maire, sidéré par sa position inespérée, ébahi par son pouvoir, tout occupé à construire sa légende avant même qu’elle ait commencé. Certes, Le Donald ne ressemble pas à un pingouin. Il ferait plutôt penser, la gentillesse et la bonne volonté en moins, à Baloo, l’ours de la du Livre de la Jungle selon Disney : gros, grand, fort, mal léché, stupide, jouisseur, maladroit et ignorant. Pour transformer ça en homme, il faudra qu’elle se décarcasse, la fonction !

Tous les politiciens se valent, vous savez, tous pareils, tous pourris… Je ne connais pas beaucoup de phrases qui soient plus répétées et plus stupides que celle-là ! Colbert idem que Fouquet ? Churchill pareil que Cameron ? Pas de différence entre Bush II et Kennedy ?  Staline et Roosevelt même combat ? Et ne me dites pas que les américains avaient à choisir entre la peste et le choléra. Non, Trump et Clinton ne se valent pas, quoi que l’on puisse penser d’elle. Trump est ignorant, misogyne et raciste. Pas elle. Il est xénophobe, impulsif, inexpérimenté. Pas elle. C’est déjà ça, c’est déjà beaucoup.

Mais c’est aussi trop tard. Dans quelques jours, Le Donald sera « in charge » c’est-à-dire « en capacité », en capacité de faire ce qu’il voudra, en capacité de faire annuler la construction d’une usine d’un milliard de dollars au Mexique par une simple réflexion, et/ou de déclencher une guerre économique avec la Chine par un Twitt, et/ou d’annuler les accords de la Cop21 par une mauvaise plaisanterie prononcée la bouche en cul de poule au cours d’un cocktail.

Impeachment or not impeachment

Certains et, comme on dit, non des moindres, placent leur espoir dans une destitution, un impeachment comme on dit là-bas. Intéressante, la procédure d’impeachment, et il est à peu près certain pour moi que de telles procédures seront lancées contre Le Donald.

Aux anciens, ça rappellera les beaux jours du Watergate, avec Woodward, Bernstein, Deep Throat et Nixon dans les rôles principaux. Un feuilleton passionnant. Mais regardons l’histoire des procédures d’impeachments contre les Présidents des USA :

1868 – Andrew Johnson : abus de pouvoir – empêché puis acquitté

1998 – Bill Clinton : parjure et obstruction à la justice- empêché puis acquitté.

—Et Nixon, me direz-vous, vous oubliez Nixon !

Eh bien non, je n’oublie pas Nixon, car Nixon n’a pas été « empêché ». Il a démissionné (sous la menace d’une procédure d’empêchement, je vous l’accorde).

Deux cent vingt-sept ans de présidents US successifs et pas un seul véritablement empêché, ça jette un peu d’eau froide sur ce bel espoir d’en finir avec Le Donald avant l’heure, n’est-il pas ?

Les grenouilles qui demandent un Roi

Vous rappelez vous cette fable de La Fontaine ? Elle s’achève ainsi :

Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir,
Et Grenouilles de se plaindre ;
Et Jupin de leur dire : Eh quoi ! votre désir
À ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous auriez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais ne l’ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier Roi fut débonnaire et doux :
De celui-ci contentez-vous,
De peur d’en rencontrer un pire.

Tout est dit.

Drop the mike…

 

 

 

 

4 réflexions au sujet de « ¿ TAVUSSA ? (16) The Donald is not that bad ! »

  1. Difficile de rester sur ma réserve…
    surtout que mon blog n’est pas encore présentable!
    Je n’en admire que davantage l’énorme travail qu’a fait et que fait Philippe sur le sien.

    Concernant Trump, nos différences d’opinion ne sont pas inconciliables. Pour à peu près tous ses propos, je dis BIS! (ce qui me permettra, pour une fois, d’être bref et concis!)

    C’est là une promesse que je ne tiens jamais!

    Je ne dis pas que je l’avais dit… mais sur cette élection j’ai répété, ici, qu’il ne fallait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Ce n’est pas du Lafontaine, c’est plus bref!

    Évidemment, j’ai toujours entrevu l’éventuelle et possible victoire de Trump comme une catastrophe! Je le crois toujours!

    À moins que le M6 (007) ne révèle la nature du chantage dans lequel Putin (en anglais ça s’écrit comme ça) l’a compromis, le roi mage sera couronné le 20 Janvier même si tous les cadeaux qu’il apporte sur ses nombreux dromadaires (non convertis à l’Islam) sont tous empoisonnés!

    Tant qu’il ne sera pas ‘impeached,’ je crois qu’il y aura de plus en plus de gens qui, comme moi, se demanderont à partir de quel moment, les moralistes de l’Histoire ont considéré qu’il était, ‘éthiquement,’ recommandable d’assassiner Hitler!

    César, comme nous le rappelait récemment Philippe, l’a bien été pour avoir franchi le Rubicon! (j’ai compris que c’était une ‘frontière naturelle’ entre la République et l’Empire ou la Tyrannie)

    Pour Trump, la réponse a été donnée en 1976 par Hollywood dans Network où William Holden incarne le directeur des ‘nouvelles’ (news) d’une des trois grandes chaines de TV américaines de l’époque. Louez le DVD, vous serez ‘scotchés’ par la pertinence de la prophétie et de la similarité des circonstances 76-16!

    Mon véritable désaccord avec Philippe concernant ‘Donald l’imposteur’ (titre d’un ouvrage d’Armand Mattelart, très critique de l’Impérialisme culturel américain dans les années 70) n’est pas avec ce qu’il a dit mais ce qu’il n’a pas dit (péché par abstention) dans son énonciation des groupes de citoyens qui ont voté pour Trump!

    Mon dentiste, boursicoteur à ses heures (et avec mes dents en or) m’a reçu et m’a demandé, avant de m’asseoir sur son siège à bascule le 9 Nov. au matin, comment avait réagi la bourse à l’élection de Trump. Dans la foulée, il dit à son assistante qu’il me posait la question parce que lorsqu’un changement majeur et inattendu survenait sur la scène politique, il fallait s’attendre à ce que la bourse dégringole et pas qu’un peu. Il a même ajouté qu’il avait téléphoné la veille à son courtier pour qu’il vende toutes ses actions américaines. Ce dernier n’en fit rien. Il lui répondit le 8 au matin et d’une façon convaincante, que Trump ne serait jamais élu; les Américains connaissant par cœur la fable de Lafontaine avec laquelle Philippe clôt élégamment son propos.

    De fait, dès que le nombre des Grands Électeurs (GE) de Trump dépassa celui des GE d’Hilary, les bourses d’Asie mineure et majeure puis d’Europe de l’Est et de l’Ouest chutèrent sensiblement. Aux États-Unis, après une petite hésitation, ce fut une ascension ‘historique’ qui ne s’est pas encore dégonflée!

    Comme Krupp. Mercedes, Siemens, étaient pour Hitler, les Jet Setters du Capital Global se sont avérés être de grands fans de Trump (‘un des leurs’ et pas des moindres comme le démontre l’origine professionnelle – chefs de file et manitous emplumés du capitalisme sauvage – de l’aréopage dont il désire s’entourer à la Maison Blanche!)

    Après que mon dentiste m’eut prodigué ses soins et que je puis balbutier quelques mots entre mes lèvres gelés et après que je l’eus réglé (point d’assurances sociales pour ma denture) je lui ai chanté un couplet de mon ‘Internationale’ Jauressienne (pas jurassique, Philippe!):

    « Le Capital Global (avec ses ‘jets setters’ et ‘globe trotters’ dont Trump et son pote d’Exxon) qui jouit d’un parfait cosmopolitisme fait tout pour empêcher que les moins fortunés (dans tous les sens ou capitaux bourdieusiens du terme), c’est à dire 99% de la population planétaire soit encarcannée (néologisme de mon fait) dans des espaces politiques restreints tels que les nations ou regroupement de nations (qu’ils rêvent aussi de faire éclater) d’où ils ne peuvent strictement rien faire contre eux.

    Quoi de plus jouissif pour les cosmoplites du capital global que de voir ces putes que sont les nations rivaliser dans leurs offres de gâteries plus humiliantes les unes que les autres pour des ‘honoraires’ plus dérisoires les uns que les autres!

    On le voit clairement maintenant: Trump, comme Hitler et Mussolini après s’être annoncés grands apôtres du retour à la priorité des citoyens d’origine et à l’autarcie du pays, exécute sans sourciller ses promesses électorales après avoir pris soin de s’en exclure, restant en compagnie des grands voleurs qui emprisonnent les petits.

    Heureusement, son élection ressemble à celles de Berlusconi (entrer en politique pour éviter le fisc et les poursuites judiciaires) mais, contrairement à l’Italie, un ‘impeachment’ est possible aux États-Unis surtout s’il s’avère que Trump ait cédé au chantage de Putin menaçant de révéler au monde entier ses embrouilles avec le fisc (les fiscs plus probablement)!

    Toutefois, comme Philippe, je ne compterais pas trop sur un tel ’empeachment’.

    Par contre, l’état des choses, tel qu’il m’apparaît, avec ou sans Trump, (même si je souhaite sans) ne me semble pas permettre de se contenter de réciter les fables de Lafontaine.

    Tant que les 90% de l’Humanité seront divisés en nations, ils feront le jeu de la perfide agrégation des ‘Jet Setters’… Le repliement chauvin ne fera qu’empirer les choses et aggraver notre soumission! (Houellebecq réveilles-toi!)

    Qui paye les Le Pen?

    Il ne fallait pas tuer Jaurès!

    Un citoyen cosmopolite, disciple de Saint Paul, de Montesquieu et de Kant!

    À Caen les vacances!

  2. Ce n’est peut-être pas Poutine qui a fait élire Le Donald, mais ce qui est certain, c’est qu’il voulait foutre le bordel dans la vie politique des États-Unis pour les affaiblir dans les négociations internationales. Il faut admettre que c’est assez réussi.
    Impeachment or not impeachment, quel que soit le prochain Président, sa vie va être un enfer.
    No impeachment, et le Donald trainera cette casserole devant la moitié des américains pendant 4 ans.
    Impeachment, (le Président suivant sera le vice-président actuel. Sera-ce mieux ?) et l’autre moitié des USA criera au complot démocrate élitiste et cosmopolite.
    Well done Vladimir.

  3. Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent, surtout quand ceux-là sont élus démocratiquement. Le hic, c’est que les États-Unis sont la première puissance mondiale, dans un monde globalisé, et les conséquences, économiques et géopolitiques, peuvent s’avérer catastrophiques bien au-delà des EU. Le Breaking News de ce matin sur CNN donne à réfléchir. Mort au con!

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