¿ TAVUSSA ? (12) – Le JdC ne devrait pas dire ça

Le JdC ne devrait pas dire ça… 

…mais il va le dire quand même. Il va dire quand, comment et pourquoi le Président de la République Française, cinq ou sixième puissance mondiale, a décidé de faire ses confidences au Journal Le Monde, tout comme, le matin de bonne heure au Café des Sports, le plombier du coin expose ses opinions à qui veut bien les entendre. Voici :

La scène se passe en septembre 2011 dans le bureau de François Hollande rue de Solférino. Il est assis à son bureau en train de consulter Pariscope. Entrent deux journalistes du Monde.

-Bonjour, Monsieur Hollande.

-Bonjour, Messieurs les journalistes du Monde. Vous savez que j’aime beaucoup votre journal ?

-Juste retour des choses : nous aimons beaucoup votre Parti.

-Je sais, je sais. J’adore discuter avec les journalistes, surtout ceux du Monde. J’aime beaucoup votre journal, vous savez ?

-Oui, nous savons, vous nous l’avez déjà dit, mais il faut que nous en venions vite à l’objet de notre visite, parce que, nous, on a du boulot et pas beaucoup de temps.

-Quel dommage ! Parce que j’aime beaucoup discuter avec les journalistes, et surtout avec ceux du Monde, vous savez ?

-Oui, nous savons, vous venez de nous le dire.

-Ah oui ? Tiens ? Bon, je vous écoute.

-Voilà : Monsieur Hollande, vous vous présentez à la primaire du Parti Socialiste et maintenant que votre ami DSK a explosé en vol…

-Je tiens à préciser que je ne connais qu’à peine ce Monsieur Strauss-Kahn et qu’il n’est en aucun cas mon ami.

-…explosé en vol, vous avez une toute petite chance d’en être le candidat. Plus fort encore, si cet accident devait se produire, vous auriez, selon notre journal…

-Ah, votre journal ! Je vous ai dit que j’aimais bien votre journal ?

-…vous auriez des chances non négligeables d’être le prochain Président. Alors…

-Vraiment ? Vous croyez ? Prochain Président ? On pense ça dans votre journal ?

-…alors, une fois que vous serez à l’Elysée, nous souhaiterions …

-A l’Elysée ! Bon sang, mais vous me fichez la chair de poule !

-…nous souhaiterions avoir avec vous des réunions amicales et régulières durant votre quinquennat …

-Mon quinquennat ! Pas croyable !

-…pendant lesquelles nous parlerions de choses et d’autres. Nous pourrions aborder votre vie publique, votre vie privée, votre avis sur la politique, sur les femmes, la littérature, les hommes politiques, sur la cuisine chinoise, les dirigeants étrangers, vos ministres, enfin tout quoi…

-J’avoue que ça pourrait être chouette, parce que, voyez-vous, j’ai toujours eu des tas de choses à dire sur des tas de choses, mais jusqu’à présent, ça n’intéressait pas grand monde. Et voilà-t-y pas que ça va intéresser Le Monde ! Pas grand monde, Le Monde ! Rigolo ce rapprochement, non ? J’adore faire des plaisanteries. Vous aimez les plaisanteries ?

-Vous pourriez faire toutes les plaisanteries que vous voudriez. Nous les transcririons fidèlement car il y aurait toujours un magnétophone sur la table.

-Oui, mais, il pourrait m’arriver de dire des bêtises, sait-on jamais ? Si vous les reproduisiez, ça pourrait être embêtant pour moi, ça pourrait même nuire au Parti.

-Voyons, Monsieur Hollande, réfléchissez, nous sommes journalistes au Monde…

-Oui, oui, je sais. D’ailleurs, j’aime beaucoup votre journal.

-…journalistes au Monde. Alors comment pourrions-nous vouloir nuire au Parti Socialiste ?

-Vous avez raison. Où avais-je la tête ? Cela va de soi. Entre gentlemen de gauche, cela va sans dire.

-Vous nous retirez les mots de la bouche, Monsieur Hollande : cela va sans dire.

-Eh bien, c’est d’accord. On pourrait peut-être commencer tout de suite ? Il se trouve que mon rendez-vous de l’après-midi a été annulé.

-Désolé Monsieur Hollande, mais là, on n’a pas le temps. Et puis, vous n’êtes pas encore le candidat du Parti.

-Bon, alors peut-être à bientôt.

-Sait-on jamais, Monsieur Hollande ? Peut-être à bientôt !

Un peu de temps a passé et, contre toute attente, Monsieur Hollande a été élu. A la primaire d’abord, puis à la présidentielle.
Alors, lui Président, il a reçu les deux gars du Monde une soixantaine de fois. Comme promis, le magnétophone était toujours sur la table.
Et lui Président, il a commencé par jouer le rôle convenu du Président de Gauche.
Et les deux journalistes du Monde ont commencé à s’agiter sur leur chaise.
Mais lui Président, il s’est dit qu’il ne pouvait pas jouer continuellement auprès de ces deux hommes du Monde le rôle convenu du Président de Gauche.
Lui Président, il s’est dit que ces deux hommes du Monde ne pouvaient être dupes de ce genre de choses, puisqu’ils étaient du Monde, justement. Et il s’est dit qu’il fallait qu’il se montre intelligent, complexe, du genre « je suis de gauche mais je ne suis pas idiot pour autant », qu’il fallait qu’il émaille ses confidences de quelques traits d’esprit. Alors il s’est mis à dire quelques méchancetés, car c’est le domaine où c’est le plus facile de faire de l’esprit.
Lui Président, il s’est dit que quelques accents de sincérité ne feraient pas mal dans le tableau, et que ça accréditerait davantage ses autres déclarations. Alors il a commencé en pleine conscience à dire le fond de sa pensée sur quelques sujets sensibles.
Mais lui Président s’est rendu compte que ces moments paradoxaux de vérité pourraient lui nuire et qu’il se mettait ainsi en danger
Pourtant lui Président, il s’est bien vite rassuré en se disant qu’il avait affaire à des gens du Monde, un journal qu’il aime beaucoup, est qui ne saurait vouloir nuire à un Président de Gauche.
Alors, lui Président, il s’est renfoncé dans son fauteuil, s’est fait servir un autre verre de cognac et, en toute confiance, il a continué à faire l’intéressant.
Et, effectivement, les journalistes ont trouvé ça intéressant, de plus en plus intéressant.
Et maintenant, lui Président, il est de plus en plus marri et cocu. Amusant ce rapprochement de marri et de cocu, non ? Digne de lui, Président.

Soyons honnêtes : à présent que, par les bonnes feuilles de ce livre, tout le monde est au courant de ses pensées profondes, que peut-on sérieusement lui reprocher, à lui Président ?

De penser ce qu’il a dit au deux journalistes ? Que les magistrats sont lâches et les footballeurs décérébrés, que le voile est l’avenir de la femme, que l’islam est un problème, qu’il y a trop d’immigrants non voulus, que Notre Dame des Landes, c’est fichu, qu’il faudrait liquider le P.S. …?

Avouez que, sur le fond, ce n’est pas très méchant, et que beaucoup de ceux qui s’en offusquent aujourd’hui ont eux-mêmes pensé ça un jour ou l’autre et le pensent probablement encore. Avouez aussi que les commentateurs critiques sortent parfois ces petites phrases de leur contexte pour les interpréter à leur guise. Non, intrinsèquement, penser cela ne mérite pas le scandale qui en est fait.

Ce qui est stupéfiant, condamnable, ridicule et hollandais, c’est de l’avoir dit à des journalistes, même s’ils appartenaient au journal Le Monde.

Si lui Président a dit tout cela en pensant que Le Monde se livrerait à une autocensure automatique de bon aloi et éliminerait de lui-même ces entorses au discours de la gauche convenue, c’est absolument effarant de naïveté. Penser que c’est le même homme qui discute avec Poutine, Merkel, Erdogan, Tsipras, Obama et l’empereur de Chine, ça fait froid dans le dos.

S’il l’a dit en sachant que ça serait publié et en pensant que la révélation de la complexité de sa personnalité intéresserait le bon peuple, c’est absolument consternant d’aveuglement et de prétention.

Et c’est ainsi qu’à vouloir s’étaler complaisamment devant ses journalistes, lui Président s’est étalé par terre devant ses électeurs. Pour les autres il y a longtemps que c’était fait.

Une des conclusions que l’on peut tirer de cette histoire c’est que, lorsque vous parlez à un ami journaliste, c’est l’ami qui vous écoute, mais c’est le journaliste qui prend des notes.

Il n’empêche qu’à travers tout cela, transparait chez lui Président un malheureux mélange de naïveté, de surestimation de soi et de duplicité.

 

5 réflexions au sujet de « ¿ TAVUSSA ? (12) – Le JdC ne devrait pas dire ça »

  1. Prêchant, comme tu le rappelles justement, la surimportance du rôle de notre CER ou weltanschauung dans la façon dont nous percevons l’univers et ses composantes accessibles à nos sens (Bacon), je suis logiquement disposé à accepter la dénonciation du rôle exagéré de la mienne dans cette affaire! Je tiens quand même à souligner que ma CER était, comme toujours, bien disposée à ton égard et elle se réjouissait d’avance à l’idée de nos retrouvailles depuis tant d’années de distance, surtout géographique, il est vrai!

    Peut-être aurais-je dû te dire sur le champ ce que j’ai écrit hier? Ta clarification me rassure. Tu l’expliques de façon convaincante à mes yeux… « It’s Well taken! »

    De mon côté, je tiens à rappeler que je n’ai jamais dit quoi que ce soit contre la littérature et en particulier, Proust. Je le considère comme un excellent psycho sociologue qui dit fort élégamment ce que Boris Cyrulnick exprime cliniquement!

    Si je mets mes priorités sur les essais (de Montaigne à Todorov) plus que sur les romans, c’est tout simplement parce que n’ayant pas lu grand chose (pour ne pas dire rien) pendant mon enfance et adolescence, j’ai cru et crois encore que professionnellement et citoyennement (citoyen de la Terre-Patrie) il me faut compenser cette ample lacune et me documenter abondamment en allant à ce qui me semble le plus pertinent. Ayant trop de vides à combler et que le temps d’une vie pour le faire, j’ai laissé tomber le sport (ma silhouette s’en ressent grossièrement) et les romans pensant que le cinéma, en une ou deux heures, pouvait compenser les deux ou trois jours de lectures que je pouvais ainsi consacrer aux essais.

    Je crois quand même, pour finir, que la France (pour faire un amalgame douteux) met trop l’accent sur sa littérature et son histoire; pas assez sur ses ‘sciences’ humaines (je préfère de loin la terminologie Anglo-saxonne: « behavioral or human STUDIES »). Les États-Unis et le Canada ne semblent pas avoir fait cette erreur; le port du voile n’y entraîne pas la déchéance de nationalité…

    Les sciences humaines (issues de la philo.) me semblent permettre une meilleure intégration qu’une concentration sur la littérature et l’histoire nationale!

    Ceci dit, la littérature et l’histoire comparées me semblent être de très belles avenues nous donnant accès à une meilleure connaissance de l’autre.

    Ceci dit, j’apprécie et me réjouit de ta mise au point!

    De toutes façons, pour moi, les sujets qui fâchent (politique, religion, etc.) ne sauraient entamer l’amitié, ils l’épicent et là, on peut la déguster ensemble autour d’une bonne bouteille (ou de deux puisque tu préfères le rouge et moi le blanc, conformément à nos orientations politiques!)

  2. A RJR : comme souvent, le sujet n’est pas là, mais je ne peux pas laisser dire et surtout écrire que j’aurais dit un jour que « la philo c’est fini ». Comment aurais-je pu dire une telle généralité, aussi définitive et péremptoire ? C’est sans doute ce que tu as cru ou voulu entendre, CER oblige, tant nous nous opposions sur tant de sujets.

    D’abord, que pourrait bien vouloir dire une telle affirmation ?
    Que la philo, « c’est plus à la mode, personne fait plus ça » ?
    Que la philo, « ça ne sert à rien, autant jouer du bilboquet » ?
    Que la philo, « ça eut payé, mais ça paye plus » ?
    Que la philo, « on en a fait le tour, passons à autre chose » ?
    Que la philo…, quoi d’autre encore ?

    Ce que j’ai dit souvent, et que je suis certain d’avoir écrit plusieurs fois, mais en dehors du JdC, c’est que, en tant que genre littéraire, je n’aime pas la philo. Et j’admettais aussitôt que je ne l’aime pas parce que je ne la comprends pas, que je ne la comprends pas parce que je n’ai pas les outils, parce que personne n’a jamais réussi à me la faire comprendre de sorte que je puisse y porter intérêt. J’ai avoué à de nombreuses reprises et de nombreuses personnes que quand je lis Montaigne, et que j’arrive à comprendre de temps en temps le sens d’une phrase, j’ai l’impression d’avoir lu une banalité ou une ânerie. En avouant cela, j’ai précisé à chaque occasion que je n’en étais pas plus fier pour autant et que je savais que j’avais tort.
    La philo pour moi, c’est comme la cuisine japonaise, la musique brésilienne et le patin à glace : ça ne me convient pas. Ce n’est pas pour cela que je ne reconnais pas l’intérêt de ces disciplines ou que je méprise ceux qui en sont adeptes.

    Mais je l’aime moi, la philo, je la respecte, tout autant que la Marine Française. Ce n’est pas pour ça que je monte à bord.

    J’ajouterai que je ne force personne à aimer Proust, la chasse ou la meringue glacée, et que je n’oscille pas sur mes bases quand quelqu’un me dit que Proust, c’est ennuyeux, que la chasse c’est cruel et que la meringue c’est un peu écœurant. Et je crois même que si quelqu’un venait me dire là, maintenant, tout de suite, que l’Expertise Industrielle pour les Assurances c’est fini, j’arriverais à rester imperturbable.

  3. En Septembre 2011, Philippe a eu la gentillesse et le générosité de venir nous voir à Cassis et de nous inviter à déguster la traditionnelle bouillabaisse.

    Pendant son bref séjour cassidain, entre autres propos plus intéressants les uns que les autres, il m’a dit deux choses qui m’ont, sur le coup, beaucoup surpris.

    D’une part, que la Philo. c’est fini! Et, de l’autre, que Hollande sera le prochain Président!

    Je l’ai trouvé rude de me dire tout de go que la Philo, mère des ‘sciences’ humaines auxquelles j’ai consacré ma vie post-scolaire avait vu sa cote chuter plus bas que le mobilier Directoire-Empire de mes parents dont je venais d’hériter.

    Par contre, sur Hollande, je l’ai trouvé perspicace et l’ai cru sur le champ. Cela ne m’a pas réconforté pour autant. Le père de cet « hombre » viril était d’extrême droite, je redoutais que ‘le naturel revienne au galop!’ Ce qu’il fit puisque ce prétendu ‘humaniste’ s’est vite, comme son père, mis à la chasse aux Roms!

    Depuis la mort de Jaurès, le socialisme a perdu sa dimension internationale qui l’aurait rendu pertinent et utile face à la globalisation libérale.

    Le socialisme nationaliste nous ramène à la case départ des années 1930. Il suffit de rétablir l’ordre et, surtout, l’ordre des mots!

  4. Très bon! Hé oui! que reste-t-il à FH sinon qu’on se fiche de lui dans les bonnes feuilles trouvées en kiosque le matin? Et que fait-il en ce moment à L’Elysée entre deux parties de rubikscube? Il reçoit deux journalistes du Monde car il croit connaitre la martingale absolue qui assurera sa réélection.
    PS: il n’a pas encore réussi une partie de rubikscube, mais il persiste.

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