C’était du pain qui s’approchait

Vous n’avez certainement jamais rien lu de Joseph L. Random. Rien d’étonnant à cela : son premier roman (Le Grand Bazar du Pur Hasard) ne sortira en librairie que le mois prochain. J’ai eu la chance de me voir confier par son éditeur, Les Editions de la Chance, la relecture du premier tirage. 
Dès les premiers mots, j’ai été frappé par la rigueur du style, l’énergie de la phrase, la puissance du mot, la profondeur du sens et le sérieux de la documentation. Je n’ai pas non plus été insensible à l’humour qui se dégage de la ponctuation. 
Je vous livre ici les premières lignes de ce Grand Bazar du pur Hasard. Jugez vous-même :

Mes chers messieurs, dit un garçon de classe qui portait un grand beffroi au toit pointu reposant sur un dôme aplati. Entendu, c’était du pain qui s’approchait lorsqu’il levait les bras au ciel. Je ne pourrais pas dire de laquelle de ses cellules.

-Vas-tu me foutre la paix, une douceur molle, comme une ombre ?

Heureuse, elle n’a emporté de moi qu’avec horreur cinquante-quatre chiens courants, quarante lévriers et plusieurs chiens en laisse. Elle jetait sur toutes choses sa fortune. On ferma la fenêtre et regarda en direction de la maison comme un lieu étranger.

-Dites-moi : quelqu’un est-il passé la voir ?

Marchant de long en large avec un visage haut en couleur, revenu de la nation à l’établissement, vide en apparence, des relations plus intimes réveillèrent ce sentiment.

-Sais-tu manier le bâton que tu as utilisé sur moi ? dit la clef du mystère qui nous fut délicieusement donnée. Pourriez-vous m’assurer un asile dans sa communauté.

-Largement avant, monsieur, qu’ils finissent par se rencontrer !

-Hé, hé, hé, hé, hé ! Faudra-t-il attendre une réponse de la maison ? faisait-il rage.

-On ne peut jamais persister.

Sa piété filiale s’indignait-elle du marché qu’il proposait, et tout ce dont mon cœur avait de noble, n’avait-il rien de mieux à m’apprendre ? Armée de branches d’eucalyptus, d’acacias, de citronniers et de palmiers nains, elle partit chez elle prendre son analgésique. Intérieurement associée à l’intérêt, de connaître les hommes, elle agit seule dans sa liberté. Mais leurs ordres ne sont pas écrits selon l’orthographe moderne, et j’abhorre qu’on me soupçonne d’avoir prêté à la seconde d’avant des réformes financières de ce ministre qu’on a un peu choqué.

Joseph L. Random (Le Grand Bazar du pur Hasard)

Après un tel échantillon de littérature, je suis certain que vous voudrez lire la suite. Allez-y, ne vous gênez pas et cliquez sur ce lien : 

http://enneagon.org/phrases

 

 

7 réflexions au sujet de « C’était du pain qui s’approchait »

  1. Bon! Puisque tu tiens une place importante dans mes réseaux de coerséduction – je précise: amitié d’enfance et d’adolescence très tolérante de ta part malgré mes échecs scolaires perpétuels puis générosité et humour partagé plus tard lors de mes brefs allers et retours entre le Canada et la France – j’ai suivi ton injonction insistante et suis allé sur le dit site.

    Effectivement, tu nous as bien eu… un Rorschach en texte articulé selon une table du hasard!

    Je dois donc affiner ma théorie ou plutôt rentrer dans ses détails, Merci! Belle contribution!

    Partons de Sartre: Auteur et Lecteur sont co-constructeurs du sens du texte! OK!
    – L’auteur fournit une structure dans laquelle les signes (mots, parfois aussi des images ou des gestes) sont issus d’une banque de données (mots dans les dictionnaires d’une communauté d’interprétation particulière ou images dont des exemplaires sont stockés dans les musées de la communauté d’interprétation) et ils sont articulés selon une grammaire qui, elle aussi, est propre à la même communauté.

    Ainsi, en anglais, le verbe est au singulier lorsqu’il est accordé à « The News » ou « The United States » ou « the UAE. » En fait, tout cela est fonction des usages enregistrés et des intérêts propres à la communauté d’interprétation en question.

    On a vu récemment que « The Painted Ladies » à San Francisco n’étaient pas des putes philippunaises ni des squaws guerrières comme en Israël! Philippe, « well travelled » s’étant infiltré dans l’ordre supérieur des San Franciscains de souche (rarissime puisque 75% des habitants du Califat de Californie n’y sont pas nés) a appris que les maisons colorées de la rue Stein ou Stern y étaient appelées ‘Painted Ladies.’

    Comme Charles S. Peirce l’a bien souligné, la signification d’un mot n’a rien à voir avec l’objet qu’il désigne mais tout à voir avec la communauté qui a mis de l’ordre dans le hasard des agencements possibles de mots voir des lettres!

    Bien parler une langue s’est s’inscrire profondément dans les réseaux interpersonnels de coerséduction situés dans la communauté d’interprétation qui l’utilise (après que les ancêtres de cette communauté l’ait peu à peu créée et articulée). Le nom de ces ancêtres figure dans les dictionnaires qui nous offrent les sillons ou les les ornières à suivre pour ‘bien’ s’exprimer! Pour aller plus loin que les dico. un bon citoyen se doit de lire les livres clefs sélectionnés dans l’enseignement ou par les éditeurs nationaux au cours des siècles…

    Le lecteur projette donc sur le texte offert par l’auteur ce qu’il a stocké sur sa carte écran radar et qui constitue ses préjugés (il n’y a que cela, inutile d,en inventer d’autres!). Pour que ça marche bien, pour qu’il y ait communication, il faut que lecteur et auteur appartiennent (le plus souvent, par le hasard des naissances) à la même communauté d’encodage et de décryptage (enculturation) ou s’y soient immiscés (acculturation) lors de long séjours au cours de voyages physiques ou imaginaires (expérience ‘vicarial’ au travers des médias: livres, films, etc.). En général, l’insertion dans les réseaux de coerséduction (nul ne se convertit à l’Islam en tombant sur le Coran… il faut des intermédiaires humains comme une vierge qui ne soit pas un ange) est la clef de l’apprentissage d’une langue étrangère ou d’un jargon professionnel.

    Dans tous les cas, les symboles n’ont pas de liens directs avec CE qu’ils symbolisent. Leur usage adéquat nous permet de nous faire reconnaître comme l’un des membres de la communauté d’interprétation où nous souhaitons nous immiscer. Si on a capté le bon accent occitant, les membres de la communauté d’accueil s’exclameront admirativement; « il est des nôtres! »

    User adéquatement d’une langue permet d’agir avé les autres locuteurs sur ce que cette langue est sensée représenter pour eux. Toutefois, cette action n’est pas sanctionnée par CE sur quoi elle porte mais par ceux qui la pratiquent en agissant sur ce CE…

    Ainsi les ingénieurs se reconnaissent entre aux pour avoir bien manipulé la nature mais les écologistes, ventriloques de la nature, la font parler et elle dit qu’elle n’aime pas ce que la communauté des ingénieurs leur a fait et elle se fâche en faisant monter les eaux ou en faisant trembler la terre et exploser les conduites de Gaz sous la rue Stein ou Stern (peu importe, il n’en restera rien!) à San Francisco…

  2. Comme on le sait, ce n’est pas l’auteur mais le lecteur et sa fameuse carte-écran-radar qui donnent le sens au message. Chacun trouvera donc dans ce texte ce qu’il y cherche. Il pourra même continuer à le faire à volonté et sans limite en cliquant sur le lien indiqué. Qu’il ne s’en prive pas.

  3. Bon, d’accord! On s’est fait avoir. Mon intuition me disait qu’il devait y avoir un loup à cause de l’association hasard et random. Je me méfie habituellement des coïncidences. J’aurais dû.

  4. Je crois que Victor Hugo s’est mis le doigt dans l’œil lorsqu’il a écrit: « Insensé qui croit que je ne suis pas toi! »

    Non! Sois certain que je ne lirai pas la suite… Au risque d’être « insensé » (à tes yeux), je ne suis pas toi!

  5. Cliquez sur le lien indiqué en fin de texte et écrivez comme Joseph L.Random.
    C’est étonnant !
    Et c’est gratuit !

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