Les huit salopards (Critique aisée n°64)

Les huit salopards (Hateful eight)
2015-Quentin Tarantino
Samuel Jackson, Kurt Russell, Tim Roth et quelques autres.

Tarantino a encore frappé.
Deux heures et quarante-sept minutes, soit deux de plus que son film précédent, Django Unchained.
En son temps, j’en avais fait une critique peu indulgente. Mais maintenant, je me dis qu’au moins, il y avait une ou deux scènes avec Leonardo di Caprio et une blague ou deux rigolotes.

Ici, rien.

Un film ennuyeux, bavard, interminable, grasseyant, sanguinolent, sadique, vulgaire, complaisant, écœurant, insupportable, invraisemblable, finalement insipide.

Des acteurs surchargés de vêtements, de cheveux, de barbe, de tics et d’intentions : Kurt Russel méconnaissable, grasseyant et figé, Samuel Jackson ultra prévisible, Tim Roth peu crédible, Bruce Dern inexistant, et les autres, vus cent fois dans le catalogue des stéréotypes de Tarantino.

Un dialogue composé d’interminables soliloques emphatiques et de dialogues laborieux.

Une musique pompeuse de Morricone, le pompier symphonique.

Une intrigue à la Who Done It ? à laquelle on n’arrive pas à s’intéresser tant les personnages sont déplaisants.

Bref, rien à sauver, si ce n’est quelques belles images de neige. Bravo le chef op’. Malheureusement, l’essentiel de l’action ( ?) se passe en intérieur, dans un décor digne du Train de la Mine de Disneyland-Paris.

On me dira : c’est un film de genre. Répondre que c’est du mauvais genre serait trop facile. Alors je dis : mais de quel genre ce film de genre est-il ? Du genre Western ? Avec une intrigue policière ? Surement pas. Du genre policier ? Beaucoup trop violent pour qu’on s’intéresse au vrai coupable. Du genre film noir ? Ce genre ne supporte pas la distance avec son sujet ; il faut y être immergé, concerné et, dans cette caricature, c’est impossible. Du genre parodique ? Pour être supportable, une parodie se doit d’être légère ou brève, les deux si possible, de la taille d’un sketch, par exemple, et ce n’est vraiment pas le cas, ni pour la légèreté, ni pour la durée.

On me dira alors : Vous n’avez pas compris, c’est un cocktail de plusieurs genres, tant l’éclectisme et la culture de Q.T. sont  grands.
Ce film n’est rien, rien de tout cela. Mais puisque vous m’offrez la métaphore du cocktail, je dirai que Huit salopards n’est qu’un peu ragoutant mélange de plusieurs alcools forts et incompatibles, versés sans dose ni retenue  sur une sauce épaisse dans une vaste bassine à bains de pieds, et touillé avec une cuillère sale.

 

 

14 réflexions au sujet de « Les huit salopards (Critique aisée n°64) »

  1. Du coup, ce commentaire tardif des 8 salopards m’a donné l’occasion de relire la critique et la philipique à propos de la musique de film composée par Ennio Morricone, ce qui me permet d’ajouter aujourd’hui qu’Ennio Morricone a reçu aux Accademy Awards derniers l’Oscar de la meilleure musique pour Django. Ennio, pompier de service?

  2. Rassure-toi, j’avais bien vu le « on » et je ne suis pas méprisant. J’aime personnellement les opérettes comme j’aime Wagner, et j’aime beaucoup la musique de films, quand elle est bonne, que Morricone qualifiait « d’appliquée » par opposition à la musique « classique » pour laquelle il a composé aussi. Mais c’est là mon propos. La musique de film joue un rôle au service du film, notamment par sa dimension émotionnelle, tout comme pour l’opéra. Un Homme et une Femme de Claude Lelouch, retirez là Mustang et surtout la musique de Francis Laï et que reste-t-il, une vulgaire histoire d’amour sans plus d’intérêt. Eh bien pour moi, Morricone c’est pareil. Il subblime ses films, même si ce sont des navets. Never say never!

  3. Je n’ai parlé que de la musique des films de Tarantino, mais j’en ai autant au service des films de Leone. Je ne me souviens pas de celle de Mission.
    Quand j’ai parlé de Dvorjak et Wagner, j’ai dit « on » et non « je », mais quand même, on fait difficilement plus pompier que la Chevauchée des Walkyries, qui collait d’ailleurs très bien sur cette scène grandiloquente d’Apocalypse Now.
    Pour ce qui est de l’opérette, inutile d’être méprisant, il y en a eu d’excellentes. En général elles s’appellent Comédie musicale et sont fabriquées à Hollywood. Par contre, j’ai toujours bien aimé Bizet.
    Mais, comme le grand public pour Bizet, j’attendrai donc une cent-cinquantaine d’années pour voir si finalement j’aime ou pas la musique de Morricone pour Tarantino. Cependant, je crains bien que ce ne soit définitif.
    Mais après tout c’est surtout du film que je voulais parler, et j’ai vu ce matin que le critique du Parisien était bien de mon avis : …raté, bavard, sanguinaire, narcissique..Une caricature du cinéma du réalisateur de Reservoir Dogs…les deux premiers tiers du film sont bavards au possible et d’un ennui assez plombant. La fin tourne à la tuerie ultra gore…
    Mais j’attends Télérama qui, j’en suis sûr, me contredira. J’ai l’habitude.

  4. Merci de me donner l’occasion d’en rajouter. J’accepte le terme de racoleuse pour la musique de film d’Ennio Morricone. C’est son rôle! Comme pour toute musique de film, ajouter cet élément émotionnel essentiel au résultat final. Ennio Morricone qui est aussi un compositeur classique a composé pour les films avec cette recherche de l’émotion en complément. Il n’a pas composé que pour Leone. Il a composé des musiques sublimes, comme pour Mission, Il’etait une fois l’Amérique (Leone encore), et bien d’autres. Ah! Tu parles de Wagner. On peut ne pas l’aimer et se cantonner à l’opérette, mais il est le plus subblime dans l’art lyrique. C’est pas pour des prunes que sa Chevauchée des Walkyries a été reprise par Francis Coppola dans Apocalypse Now. Toujours à propos d’opéra, que j’assimile pour ma part à l’art cinématographique moderne, Carmen de Biset n’a eu aucun succès à sa sortie. Le public parisien le trouvait trop « pompier » justement. Pauvre Biset, mort peu après; il n’aura pas su (mais qui sait?) que c’est aujourd’hui l’opéra le plus représenté au monde.

  5. Je maintiens : des musiques racoleuses pour des films du même métal.
    A propos de Barry, Williams et Jarre : on peut bien aimer Tchaikowsky, Beethoven et Dvorjak et pas Wagner.

  6. C’est bien évidemment Morricone et pas Leone qui a une très grande filmographie. J’espère que le lecteur attentif aura corrigé.

  7. Je conseille à Philippe de revoir son jugement sur Ennio Morticone. Est-ce possible? En effet, Morricone est généralement associé aux spaghetti-westerns réalisés par son ami Sergio Leone. Je comprends bien qu’on peut ne pas aimer les films de Sergio Leone et l’assimiler à un usurpateur qui se mêle d’histoire et de légendes qui ne le regardent pas (celles de l’Amérique). Segio Leone a l’une des plus grandes filmographies des compositeurs. Il a composé des grandes musiques, reconnues unanimement. Son style est adapté aux films pour lesquels il a composé en apportant la dimension émotionnelle qui grandit l’ensemble image + son. Dois-je comprendre que Maurice Jarre, John Williams, John Barry, et bien d’autres, composent et arrangent pour un résultat racoleur et pompier? Non, ce sont des musiques bien adaptées, comme celle d’Ennio Morricone.

  8. Je maintiens que la musique de Morricone et ses arrangements est racoleuse et pompier. Que ça n’empêche pas YoYo de jouer cette musique chez lui pour faire pleurer ses enfants.

  9. Morricone est un très bon compositeur. Il a eu une formation de musique classique et le plus grand violoncelliste actuel ,Yo Yo Ma joue très souvent certaines de ses oeuvres .
    Je cite Yo Yo ma car ce n’est pas le
    genre de musicien à interprète de la musique pour des westerns spaghettis.

  10. C’est par pure charité que je publie cette critique la veille de la sortie, pour vous éviter la nausée que certaines images provoquent et l’ennui qu’elles dégagent toutes.

  11. Même commentaire qu’il y a deux ans: Morricone n’est pas un pompier symphonique. Absolument pas! Comme toujours, c’est le livret qui est possiblement mauvais, pas la musique.

  12. So chic de publier une critique sur un film qui ne sort que demain en salle. Et cela coupe toute réponse, enfin aujourd’hui! A suivre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *