Homéotéleute et Polyptote (7)

Résumé des actes précédents :

Franchement, je n’ai pas du tout envie de résumer en quelques lignes deux actes entiers que je me suis donné un mal de chien à écrire sur une dizaine de pages. Vous n’aviez qu’à arriver plus tôt.

Acte III

Au début du troisième acte, le décor sera entièrement noir. Il sera ensuite progressivement éclairé pour finir par représenter la buanderie du palais d’Epiclèse.

Le Chœur Antique

Ô, Athéniens, citoyens de la capitale du monde, réveillez-vous ! Car c’est maintenant que ça se passe ! Craignez le pire pour ces deux enfants, entraînés dans le courant irrésistible et tumultueux de la vengeance de la Déesse Toujours Trompée ! Espérez qu’Aphrodite à la Sacrée Silhouette saura dénouer les fils gluants qu’Héra la Vilaine Vindicative Velléitaire a tendus en travers de leur chemin !

Le Récitant

La moitié d’une année a passé depuis les vœux que Polyptote et Homéotéleute ont échangés sous le grand cognassier du Péloponnèse. La moitié d’une année a passé depuis que Homéotéleute a renversé Polyptote sur le petit banc en marbre de Thassos, sans que sa grosse tête ni son long cou ne le gêne aucunement pour cette activité. La moitié d’une année a passé, mais Homéotéleute n’a toujours pas donné suite à sa promesse. Il hésite, il attend, il tergiverse, il procrastine. Mais à force de procrastiner et de renverser Polyptote sur tous les bancs en marbre de Thassos, voilà que le joli petit ventre plat de Polyptote a commencé à s’arrondir. Alors, le Prince d’Antanaclase a pris sa décision et son manteau de voyage. Il a embrassé la pêcheuse de Zeugma sur le front et lui a dit gentiment :

Homéotéleute

–Ne bouge pas d’ici et attends-moi. Je fais juste un saut jusqu’à Antanaclase pour parler de tout ça à mes parents et je reviens. Je serai de retour au plus tard dans deux ou trois mois.

Le Récitant

Mais, arrivé au palais de son père, les choses ne furent pas si simples pour Homéotéleute. Lorsqu’il apprit de son fils son projet de mariage, et malgré la basse extraction de la promise, Épiclèse se réjouit de voir que sa descendance serait bientôt assurée au-delà de son fils unique. Mais la joie du Roi contrastait avec la mine renfrognée de la Reine et le mutisme dans lequel elle s’enferma à cette annonce. Plus tard dans la soirée, à l’insu d’Épiclèse le Complaisant, Polysémie à la Cuisse Légère prit son fils à part et lui révéla d’un coup son terrible secret et le tragique destin qui l’attendait :

Polysémie

–Ô, mon fils ! Oublie cette roturière, cette fille de rien, cette dévergondée ! Tu ne saurais l’épouser car elle serait ta perte !

Homéotéleute

–Mais, Maman, je l’aime ! Enfin, je crois…

Polysémie

–Moi vivante, tu n’épouseras pas cette Zeugmienne !

Homéotéleute

–Mais, pourquoi, pourquoi, hein, dis ? Pourquoi, puisque Papa est d’accord ?

Polysémie (avec lassitude)

-Ô fils indiscipliné, puisque tu veux savoir, je vais te dire pourquoi, mais quand tu sauras, tu regretteras de savoir. Assieds-toi sur cette chaise curule, tiens bon les accoudoirs et écoute-moi bien !

Petit alpha, tu n’es pas le fils de ce crétin qui règne sur l’ile d’Antanaclase mais de celui qui règne sur nos jours, Zeus aux Grands Membres.

Petit beta, en tant que fils de Lui et de moi, tu devrais être demi-dieu, mais bon, il n’a pas voulu. En revanche, cadeaux du Grand Manitou, tu jouis de sept dons extraordinaires, dont celui de faire merveilleusement la moussaka.

Mais, petit gamma, tu as été maudit par la légitime de mon amant aussi éphémère que puissant.

Et voici pourquoi tu ne peux pas, mais alors absolument pas, épouser la fille du pêcheur, car la malédiction jetée sur toi par Héra et qu’elle m’a dite un soir en songe est la suivante : « Tant qu’il descendra il montera tant qu’il montera il descendra quand il n’y en aura plus il y en aura encore. »

Homéotéleute

–Mais, Mère, je ne comprends pas !

LA SUITE DEMAIN

11 réflexions au sujet de « Homéotéleute et Polyptote (7) »

  1. Le sophisme: « Tous les hommes sont menteurs! » n’exclut point l’auteur du propos… ce qui le rend aléatoire… et nous maintient dans le doute fondateur de l’incertitude au nom de laquelle nulle guère n’a été déclarée et personne frustré!

    Le flocon séminal

  2. C’est beau d’être un « petit flocon de neige merveilleux » dans un monde d’abrutis qui ne savent même pas qu’ils sont conditionnés dès leur naissance.
    L’homme n’est pas libre. C’est une affaire entendue, et même une vieille lune que Bourdieu croit réinventer aussi bien que l’eau tiède. Mais ce qui le contraint le plus, l’humain, et cela peu en sont conscients, c’est sa propre activité mentale qui lui fabrique en continu de la frustration. Celle-là même qui exsude de toute critique. Critiquer, c’est être frustré. Penser, conjecturer, c’est produire l’objet mental qui manque (MANQUE)au réel. Je suis, tu es, nous sommes frustrés, et cela jusqu’à notre dernier souffle. Donc, pas libres, conditionnés. (sauf les « petits flocons de neige merveilleux »).

  3. « Assieds-toi sur cette chaise curule, tiens bon les accoudoirs et écoute-moi bien ! »

    Quand une chaise à des accoudoirs… C’est de la transsexualisation… elle devient UN fauteuil, réputé ‘grand facilitateur de la conversation!’

    Par ailleurs, il faudrait faire passer des tests ADN à tout ton beau monde. Chacun s’apercevrait, au grand dam du narrateur (ventriloque des dieux et déesses), qu’il ou elle n’est pas qui il ou elle s’imaginait être, si ‘être’ consiste à passer toute sa vie à accoucher de son code génétique?

    Très ringard ton histoire… ‘Être’ (à la Nietzseche) c’est s’improviser témérairement face à ce qui nous semble être la conjoncture (faite des improvisations des autres face à ce qui leur semble être la situation)!

    Conjoncture et situation variant selon les perceptions des uns et des autres, elles mêmes façonnées, par les ‘narratives’ qui leur ont été inculqués lorsqu’ils portaient des culottes courtes et, elles, des mini-jupes!

  4. Pour être très très franc, je n’ai pas tout compris de la théorie des champs et j’ai du mal à me resituer les transformations de Lorentz.
    Si un jour je parviens à m’éclaircir, je t’éclaircirai aussi mais pour l’heure je crains de te rendre un mauvais service à te balader dans des théories mal assimilées.
    Encore mille excuses, ce con d’Orphée m’a tellement bouleversifié.

  5. Magnifique Kaufmann, mais que venait faire ici la Théorie Classique des Champs de Monsieur Raimond ? Pas le temps de tout lire, serait-il possible d’en avoir un résumé, ou tout au moins le pitch ?

  6. En effet car nul mortel ne saurait déjouer les noirs desseins des dieux et si la légitime libre de toute attache de Zeus a décidé qu’il en irait ainsi, il n’en ira pas autrement car la déesse de longue main fit aussi que Ariabignes le Perse se chia au froc à la bataille de Salamine, t’as qu’à voir, tout comme elle décida bon pied mal pied et par la bande de retirer Eurydice à l’affection d’Orphée qui se mit à hurler :

    http://www.lkb.upmc.fr/cqed/wp-content/uploads/sites/14/2016/05/m1tcc.pdf

    (Le récitant : j’espère que je ne choque pas trop le lecteur du JdC avec mes musiques de Catoblépas).
    C’est ainsi que Léonidas, grand amateur de chocolats, osa violer Hiestia, vestale de son métier – c’est vraiment du n’importe quoi – à l’école de musique de Magnésie du Méandre et que cette dernière, violemment inspirée par Chronos aux jalouses rotules, décréta : « Il faut laisser le temps au temps et vice versa », applaudie en cela par Koalemos à la stupidité sans fond.
    Homéotéleute parviendra-t-il à déjouer le piège tendu à ses petites pattes avec la complicité d’Astériskos le Galate ? Ô lecteur n’oublie jamais le dicton : « Araignée du matin, ça craint, araignée du soir, va t’asseoir ».

  7. Voilà! À Homéotélote maintenant de trouver un plan Beta (β), mais en est-il capable? Un plan α sans plan β ne vaut pas un iota!

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