La langue à toutes les sauces

Selon Esope, la langue a deux visages (si j’ose dire) :

« Le maître d’Ésope lui demande d’aller acheter, pour un banquet, la meilleure des nourritures et rien d’autre. Ésope ne ramène que des langues ! Entrée, plat, dessert, que des langues ! Les invités au début se régalent puis sont vite dégoûtés.
– Pourquoi n’as-tu acheté que ça ?
– Mais la langue est la meilleure des choses. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, avec elle on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées…
– Eh bien achète moi pour demain la pire des choses, je veux de la variété et les mêmes invités seront là. Ésope achète encore des langues, disant que c’est la pire des choses, la mère de tout les débats, la nourrice des procès, la source des guerres, de la calomnie et du mensonge. »

Selon Roland Barthes, elle est fasciste:

« La langue est tout simplement fasciste. Car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger de dire. » 

Selon Cynthia Fleury, c’est plus compliqué que ça, comme on dit quand on veut faire passer son interlocuteur pour un imbécile. Selon Cynthia, le langage, la langue, c’est le premier instrument du pouvoir :

« La vraie nature du pouvoir est circulatoire. Elle aura besoin du langage pour se fonder, s’extérioriser en donnant la réalité qu’elle n’a pas, s’intérioriser pour créer le consentement dont elle a besoin pour perdurer. Le langage sert souvent de premier barrage en empêchant de penser la réalité de la domination et le fait que le pouvoir ne soit qu’un dogme, autrement dit un fait de violence institué en fait de croyance puis en fait de légitimité. » 

Quand vous aurez lu tout ça, pensez à notre temps, à ses  éléments de langage, à sa langue de bois, à sa pensée unique. Pensez aux discours d’ouverture de colloque, de clôture de convention, de pots de bienvenue et de pots de départ et, surtout, pensez aux discours des politiques à propos de tout et de n’importe quoi. Enfin, n’y pensez pas trop.

Esope avait raison, la langue est bien la pire et la meilleure des choses, mais le pire, c’est qu’il n’y a pas de meilleur.

8 réflexions au sujet de « La langue à toutes les sauces »

  1. Me revoilà!

    Rassurez-vous, c’est là ma dernière recette de mirliton sur les sauces de la langue.

    Elle est épissée!

    Hier, j’avais tenté de mettre en évidence le fait que les langues nationales de vieilles nations, – c’est à dire les langues vernaculaires ou ‘identitaires’ (par opposition aux langues véhiculaires ou ‘de communication transculturelles’ comme l’anglais américain qui ignore Shakespeare) – tout en nous offrant de partager ‘le génie des nations’ (Herder) qui les utilisent, nous contraignent à voir le monde, à appréhender ‘la réalité’ selon le regard du pays (souvent fortement affecté par la religion qui y prévaut) qui les ont conçues et développées. Comme l’a souligné, Charles-Sanders Peirce, (Sémiologue américain protestant), la langue est façonnée par les membres actifs d’une communauté d’interprétation du monde qui les entoure.

    Je m’efforcerai de préciser plus loin ce que cela implique.

    Mais avant, – et je reste sur ce chemin -, je voudrais donner un peu plus de viande à ma remarque anodine d’hier sur le fait que les Anglais ne mangent jamais de « ox tongue » mais du « beafsteak fungus! » Ce qui n’y autorisait pas la métaphore greco-gaulloise de Sophocle comparant une bonne dégustation de langue de bœuf au bon usage d’un langage.

    Par cet exemple anodin, je souhaitais montrer que les subtilités de la langue induisent des comportement sensiblement différents d’une communauté d’interprétation à l’autre. D’o/ le rôle de guide évoqué par Barthes.

    Ainsi, s’il n’y a pas de différence dans la langue du Français entre la cuisse de poulet qui est dans son assiette et celle avec laquelle le coq frotte la poule dans la basse-coure ou encore entre le pied de cochon dans la boue de la ferme et celui qu’on déguste avec ravissement au Québec, l’Anglais a la délicatesse du cannibale qui se doit de ne pas évoquer le vivant quand il le mange après l’avoir occis de ses mains.

    Mais ces nuances de vocabulaire, que d’aucun considérera comme tirées par les cheveux, sont considérablement amplifiées par les différences de grammaire.

    Même si Jacques Derrida ne semble pas l’aborder dans sa ‘Grammatologie,’ je trouve très riche en conséquences ici pertinentes, les différences qu’il y a entre la langue française, – fille aînée de l’Église Catholique -, et l’anglaise, – créatrice de l’Anglicanisme -, sur la façon d’accorder l’adjectif possessif à son objet en français alors que l’anglais l’ajuste au sexe du ou de la propriétaire.

    En français on dira ‘sa bicyclette ou son vélo, son parapluie ou son ombrelle, sa maison ou son château, sa tour ou son donjon, etc.’ en accordant toujours l’adjectif possessif au sexe très arbitrairement attribué à l’objet possédé (qui, par ailleurs, en anglais reste neutre – mais c’est une autre différence). Vous avez remarqué, en passant, que l’on parle de la même chose ou presque en utilisant des descripteurs ou des symboles de sexes ou de genres différents. Quelle différence y a t-il entre UNE bicyclette et UN vélo? Certes, les vélos pour les femmes n’ont pas de barres entre les jambes; mais cette distinction perceptible et sensible affecte nullement la différence de dénomination ici évoquée!

    Il y a bien une différence entre parapluie pour la pluie et l’ombrelle pour le soleil!
    Ce sont à peu près les mêmes objets et ont des fonctions assez semblables… Évidemment et paradoxalement, comme pour nuire à ma démonstration, le ‘son’ ici est appliqué autant au parapluie masculin qu’à l’ombrelle féminine, sans doute, pourrait-on penser, parce qu’elle est plus gaie que le sombre parapluie. Mais le ‘son’ est ici gardé pour l’ombrelle, pour faciliter la prononciation. ‘Sa’ ombrelle obligerait un ‘tongue twist’ qui écorcherait l’oreille! (Comme quoi il y a bien des liens entre la langue et l’oreille et ils ne sont pas tous érotiques!)

    Bref, en français, règle générale, l’adjectif possessif de la troisième personne s’accorde avec l’objet possédé.

    En anglais, langue protestante qui, selon Weber, aurait induit l’esprit du capitalisme,
    l’adjectif possessif est au service du propriétaire.

    Si l’Angleterre, a un moment donné, a à sa tête une reine on y parle de Her castle, Her horses, her Majesty’s Navy, etc. et si ce pays est couronné par un roi, – ce qui arrive parfois, mais on ne s’en souvient plus et on n’y tient pas vu l’actuel prétendant -, on y parle alors de His castle, His Majesty’s Navy, etc. You got the point!

    Cela est loin d’être anodin même si la plupart des penseurs de la langue en font peu de cas… En parler relève sans doute du charabia ou du blabla barbare! Effectivement les penseurs de la langue ne considèrent en général que la leur.

    Et pourtant, cette différence souligne que, pour ceux et celles qui utilisent la langue de Molière (qui n’était pas très croyant semble-t-il), le plus important c’est l’objet possédé alors que chez Shakespeare, c’est l’être humain qui en est le ou la propriétaire.

    Dans l’étude de la communication, cette différence – dont je ne sais si elle est la cause ou la conséquence – a des répercussions phénoménales.

    En France, la focalisation sur le sexe de l’objet a donné naissance à l’objectivisme ou au moins, le reflète ou l’illustre. Ce qui compte, c’est la fidélité de la représentation du réel par le langage. Et l’isomorphisme de la description symbolique du réel doit être validé! Le sens, la signification de la chose décrite est dans sa description par la langue adéquate, exactement comme le corps du Christ est dans l’hostie et son sang dans le vin de messe.

    Il est hilarant, en France, de voir l’un des plus gros ‘bouffeur’ de curés, ce Gargantua de la calotte qu’est Michel Onfray partager le culte du texte des Jésuites d’hier! L’écrit, – surtout lorsque c’est le sien -, devient écriture sainte.

    Ne cherchez pas, surtout si le texte est bien écrit – avec recours systématique au Littré et autres dictionnaires des synonymes inusités… pour lui, aucun doute, le sens est dans le texte. S’il n’est pas dans le texte que vous avez sous les yeux, il réside alors dans les ouvrages précédents (il y en a beaucoup en ce qui le concerne) qu’il faut absolument lire dans l’ordre chronologique. Si le sens n’est pas dans le texte, il est donc dans le contexte constitué des œuvres précédentes. Si vous ne l’y trouvez point, cherchez alors dans la biographie de l’auteur qui ne mérite sa réputation d’écrivain que si sa vie est conforme aux valeurs sous-jacentes aux textes qu’il a produits. L’inverse est toléré!

    Par contre, pour les anglophones protestants, les sens n’est pas dans le texte mais dans la tête du propriétaire (ou locataire) du livre. On le sait depuis La Boétie, les Protestants rejettent les rituels catholiques, à commencer par l’eucharistie qu’ils considèrent comme une sorte de fétichisme. Fétichisme de l’hostie et du vin.

    Mais, pour eux, entabernaculer le sens dans le texte c’est aussi du fétichisme.

    Le sens est dans la tête et le cœur (Minds & Hearts) du lecteur qui s’approprie le livre en le lisant. Ce faisant, chez les Protestants, le lecteur ne devient pas victime de ‘la propagande’ (invention des Jésuites) mais au contraire, c’est lui qui projette sur le contenu du livre ses propres valeurs. Convictions qu’il a imaginées et développées tout au long de sa vie, souvent en se confrontation à l’intolérance catholique (du temps de Montaigne et La Boetie puis de l’édit de Nantes et de sa révocation).

    Le pasteur protestant n’est qu’un un animateur qui s’efforce de regrouper les interprétants des Saintes Écritures en son ‘Temple.’ Si, dans son troupeau quelques brebis ne font pas la même lecture, elles ne sont pas systématiquement passées au BBQ ou rôties à l’inquisition. Elles sont conviées à aller fonder une autre communauté d’interprétation, si possible, un peu plus loin. « Go West Young Man! »

    Là où Onfray (qui se pose en s’opposant au Catholicisme) analyse le Coran dans tous ses recoins en soulignant qu’il y a effectivement dans cet ouvrage (qui a été assez long à écrire – 40 ans – sous la dicté d’un Chamelier illettré que visitait fréquemment l’archange Gabriel à l’épée zigzagante), à côté ou loin des passages humanistes respectant et dignifiant la vie de l’homme, des versets sataniques et autres sourates belliqueuses incitant à l’exterminations des ‘infidèles.’ Onfray voit donc là, il me semble, une responsabilité de la religion musulmane dans la violence actuelle.

    Pour un communicologue de mon acabit, il faut plutôt se demander quelle est la grille de lecture du consommateur de Corans. Quelle a été l’existence qui a façonné sa grille de lecture et son attention sélective.

    C’est assez simple, si vous avez eu une vie assez heureuse, reconnue et encensée par les membres significatifs de vos réseaux de coerséduction (parents, amis, partenaires amoureux, patrons, collègues, etc.) vous chercherez dans vos lectures ce qui vous conforte et réconforte… si vous trouvez ce qu’Onfray qualifie d’incitation à la haine, vous le négligerez ou même le dénoncerez sans vous l’approprier.

    Par contre, si votre vie, dans sa totalité et parfois même dans d’infimes parties, vous semble frustrante (c’est le cas lorsque des élèves se font harcelés par leurs camarades ou, plus grave, se voient dénigrés par la quasi totalité de leurs enseignants, ou encore expérimentent une mauvaise rupture amoureuse ou se font brutalement licencier au travail) vous rechercherez des ouvrages qui justifient et guident votre façon de venger vos frustrations.

    Si ce qui nous frustre nous parait immense et insurmontable, si un avenir honorable nous semble à jamais interdit, alors la haine s’empare de nous. En plus de vouloir abattre celles et ceux qui nous semblent liés à ce refus d’intégration on veut abattre aussi celles et ceux qui semblent avoir réussi là où on a échoué. Enfin – et c’est crucial -, si la haine est immense, on s’arrange pour que les assassinats que l’on veut commettre soient ensuite décryptés par les décideurs des sociétés que nous haïssons comme étant commandités par les plus dangereux adversaires de cette société.

    Aux meurtres commis par le frustré viendront éventuellement s’ajouter le carnage d’une guerre qui peut paraître lointaine mais peut devenir civile et même globale. Et c’est dans cet esprit que le terroriste potentiel recherche les écrits dont il va pouvoir se revendiquer pour amplifier diaboliquement son geste de vengeance désespéré.

    Le sens est dans l’esprit (ici il n’y a plus de cœur) du lecteur et non dans le texte dont l’interprétation (projection du sens) ne fera que révéler les intentions du lecteur. Exactement comme le croient les Psys. qui demandent à leur patients de dire comment ils décryptent les taches d’encre exposées sur les différentes plaques du test de Rorschach.

    Je conclus – je vous le promet – en revenant deux secondes à Charles-Sanders Peirce.

    Je vous l’avais promis plus haut et moi, je tiens mes promesses…

    Il soutient que la langue n’établit pas seulement une relation binaire: représentant – représenté, signifiant – signifié, symbole – réalité, mais une relation triangulaire.

    À une extrémité du triangle: le symbole, à une autre: ce que ce symbole est sensé symboliser (j’évite de parler de ‘réalité’ qui a été, est et sera toujours inaccessible à l’être humain) et enfin à la troisième: les représentants significatifs de la communauté qui a élaboré, validé et imposé le code d’interprétation.

    Autrement dit, on n’apprend pas à parler et à lire seul! Personne ne devient Chrétien, Musulman ou Juif en lisant les Saintes Écritures. – Même si c’est la meilleure façon de devenir athée!

    On apprend à bien parler, à bien lire parce que la personne qui nous éduque est une personne que nous estimons beaucoup et réciproquement. C’est généralement la mère qui a cette fonction. Toutefois, il peut y avoir d’heureux substituts qui bénéficient alors de transferts affectifs (séduction).

    Comme l’ont fort bien vu les Sophistes – si dénigrés à tort – (je ne me souviens plus si c’est Gorgias ou Protagoras) contemporains de Sophocle: « Que l’on parle de Dieu, de l’histoire, de la logique, de la science, etc. Ce sont toujours des êtres humains qui en parlent. »

    Hélas, depuis le Ve siècle avant Jésus Christ, les hommes ont cessé d’assumer leurs discours pour se transformer en ventriloques de transcendances (par définitions sur-humaines) ce qui, ont-ils cru, rendaient leurs propos crédibles à leurs semblables qu’ils prenaient pour des naïfs et ils se sont pris à leurs propres jeux. À force de se répéter on finit par se croire!

    Après vingt six siècles d’errance dans les déserts de la crédulité, nous nous écarquillons les yeux et constatons qu’effectivement, l’histoire ne parle pas mais seulement, ici et là, à un moment ou à un autre, quelques historiens s’expriment…

    Il en est de même pour toutes les disciplines qui, n’ayant pas peur de faire dans l’oxymore, se prétendent être des ‘sciences humaines!’

    J’ai enseigné l’étude de la communication humaine et, croyez-moi, l’un des aspects les plus difficiles de ce métier est de constituer un jury composé de cinq ‘Docteurs accrédités’ aptes à comprendre – et je l’espèrais en me croisant les doigts – à apprécier le charabia écrit et oral de mes doctorants.

    L’étude de la communication, comme l’histoire, etc. ne jugent rien du tout! Ce sont des hommes situés dans le temps et l’espace qui appréhendent les phénomènes et ceux qui les étudient au nom de la discipline. Des ventriloques quoi!

    Rien ne prouve que l’objet ou le phénomène décrit par une thèse ait le moindre lien avec les propos écrits (la dissertation) et oraux (le grand oral de la soutenance) du doctorant!

    S’il devient docteur, il pourra se réclamer du fameux et détestable ‘NOUS’ académique mais, jamais au grand jamais, ce ‘CE’ qu’il étudie ne lui dira – à moins qu’il y ait révélation religieuse – qu’il a raison ou pas.

    Les langues ne nous donnent donc pas accès au réel mais nous situent dans une communauté d’interprétation qui est souvent la communauté à laquelle on appartient par naissance et donc par hasard. Peut on se péter les bretelles pour avoir gagné à la loterie nationale?

    Nous vivons donc sur des nuages qui s’entrechoquent dans des orages qui sont d’autant plus violents que nous croyons en la véracité, la pertinence, l’efficacité, le pragmatisme de nos systèmes d’expression.

    Par cette façon de voir ici proposée, le réel, nous échappant, on comprend qu’on se rabatte encore sur la coercition et la séduction pour dominer les autres.

    Si l’anglais s’est imposé c’est parce que les flottes de ses majestés étaient les plus puissantes du monde et s’il persiste c’est parce que les États-Unis ont l’arsenal militaire, terrestre, aérien et naval le plus gros du monde. Trump ne s’y trompe pas!

    Comme le suggère au travers d’un texte alambiqué (amateur d’alcools de fruits – qui suis-je pour le lui reprocher) Cynthia Fleury (j’aime aussi les Beaujolais supérieurs),
    les langues ont pour principales fonctions de rendre séduisants les rapports de force!

    Ça y est j’arrête… De toutes façons le jugement était tombé avant le levé du rideau!

  2. Avant d’entammer la partie maigre du gigot, je constate avec bonheur la réapparition de « la douce France de mon enfance »!

    Si je peux me permettre d’introduire une ‘footnote’ dans le texte (ce qui est une façon de prendre son pied!) je suggère d’approfondir et donc de clarifier le « Chat Rabia » d’hier par la lecture d’une perle de la littérature contemporaine, « L’histoire de l’homme racontée par un chat » de Gérard Vincent (Paris, Quai Voltaire, 1992).

    Revenons donc aux trois sauces épicées de la langue.

    L’histoire ne dit pas si c’est une langue de bœuf, de veau, de mouton ou de cochon. Peu importe, au départ, c’est d’une langue d’animal abattu, Cascher, Allal ou pas que le maître de Sophocle veut offrir au palais et à la langue de ses convives!

    Je constate tout d’abord, grâce à Esope, (qui influença La Fontaine, il est vrai) qu’il y a existence partagée d’homonymies entre les Grecs antiques et les Gaulois modernes. La langue pouvant signifier l’organe du goût (et du dégoût) aussi bien que le premier média de communication (ou d’incommunicabilité) humaine.

    Je ne suis pas certain que l’on retrouve cette homonymie dans toutes les langues.

    On la retrouve partiellement en anglais où ‘tongue’ est servi à de nombreuses sauces mais pas à toutes!

    Si c’est bien l’organe grâce auquel l’homme module son expression orale comme dans les expressions: « It’s hard to get your tongue round these words » ou
    « with one’s tongue in one’s cheek » et, si c’est aussi le langage d’une communauté linguistique donnée comme l’illustrent les formules « Their mother’s tongue » qui peut être « the German tongue » que pratiquent ailleurs celles qui ont un « gift of tongue; » cette homonymie ne s’applique pas quand il s’agit d’une langue morte: « A dead language » et surtout pas quand il s’agit de la langue d’un animal abattu pour dégustation par des anti-végétariens.

    Cette ‘tongue’ qui s’étend aux langages humains (language) comme à l’organe
    buccale qui les articule, ne saurait être attribuée aux animaux morts, surtout lorsque cet organe est consommé par des carnivores bipèdes. La langue d’un bœuf sur pied, tirant une charrette, se traduit bien par « ox tongue » mais quand sa langue finit dans notre assiette – ce qui est le cas dans cette fable – elle devient « beefsteak fungus » et là, tout à coup, de l’autre côté de La Manche, la métaphore de Sophocle prend vingt six siècles d’inadéquation.

    Barthes n’a donc pas tout à fait tort! Pour comprendre le jeu de mots de Sophocle, il faut être Français ou membre de la Francophonie à défaut d’être Grec à Athènes lors de la première démocratie. Il faut absolument s’inscrire (en fait on ne s’inscrit pas… on est forcé par nos parents à parler leur langue, croire en leurs dieux, etc.) dans une communauté d’interprétation qu’il aurait sans doute appelée la « francité » comme il parlait d' »italianité » pour décrypter sémiologiquement l’affiche publicitaire des pâtes Panzani où figuraient un paquet de pâtes blanches dans un filet blanc garni de salades vertes, d’oignons blancs et de belles tomates rouges… le drapeau italien quoi!

    Sur le continent américain où ces couleurs sont celles du drapeau mexicain on s’étonne de trouver des spaghettis là où on attendait des tapas. Comme quoi le fascisme italien dénoncé par Barthes n’est pas exportable… Je dis ça vite avant que Trump ne devienne « le guide suprême » des Américains!

    Si Barthes parle de fascisme, je me contenterai de conservatisme, les profs. et les dictionnaires nous incitant à suivre les ornières ou sillons tracés entre les lignes par les auteurs et penseurs que les leaders de notre communauté d’appartenance et d’interprétation considèrent comme éminents. Proust et Houelbeck mais pas Foucauld ni Bourdieu!

    Ce genre de propos nous amène à Cynthia Fleury. J’y reviendrai demain après une nuit passée à résoudre cette inconnue (pour moi) méprisant ses lecteurs du haut de sa complexité.

  3. Chat Rabia comme dirait Siné! Je conseille la lecture de « La septième fonction du langage » le dernier roman très drôle de Laurent Binet dont l’histoire assassine Roland Barthes et au passage d’autres intellectuels fumeux tels que Michel Foucault, Philippe Solers et d’autres.

  4. Dommage! L’humilité est généralement révélatrice d’un grand esprit créateur.
    La preuve, l’introduction pleine d’humour du chat dans cette conversation sur la langue.

    « Donner cha langue au chat » ch’est faire preuve d’une grande chagesse!

    Tout d’abord, contrairement aux êtres humains, ces petites bêtes velues se servent peu de leur langue pour s’exprimer. Certes, comme les chiens mais avec beaucoup plus de retenue et de discrétion, ils nous lèchent les doigts ou le bout du nez pour nous faire part de leur soumission volontaire et éphémère.

    Le rôle de la langue – je n’y connais rien – me semble faible dans les cris gutturaux que poussent les femelles en chaleur (je parle des chattes). De même, chez les grands mammifères qui nous tiennent ou tenaient compagnie, la langue du cheval a peu à voir avec son hennissement ou ses ébrouements du bout des lèvres. Par contre, si les organes d’expression des animaux que je viens d’évoquer n’ont pas la diversité et l’ampleur des moyens d’élocution que nous avons acquis et perfectionnés, la nature les a dotés de facultés de perception et de décryptage beaucoup plus fines et efficaces que les nôtres.

    Quand je regarde les chats, les chevaux et les chiens – à oreilles droites – (les autres ne les dressent que dans les dessins animés ou les bandes dessinées) se comporter dans leur environnement – je contemple rarement les tigres, lions et loups, zèbres ou autres orignaux – je constate que, au niveau de l’ouïe, ils ont un avantage dont nous sommes absolument démunis, la mobilité, synchronisée ou pas, des oreilles.

    Comme de véritables antennes radar – que nous avons inventées sur le tard (au début de la seconde guerre mondiale) – ces bestioles, nous ayant vu venir et ayant senti nos mauvaises intentions, détectent nos moindres bruits ou propos et savent vite à quoi s’en tenir.

    Les humains, au contraire ont des oreilles fixes. Ma mère – mais c’était ma mère comme nous le rappelle si bien Bourville dans ‘Le corniaud’ – se félicitait du fait que mes oreilles soient bien collées. Elle trouvait, semble-t-il, inesthétique les oreilles en feuille de choux.

    Esthétiques ou pas, les oreilles décollées, à la Barak Obama, me semblent beaucoup plus pratiques pour percevoir ce qui se dit, ce qui émane de la bouche et donc aussi de la langue de celles et ceux que notre vue et odorat considèrent comme notre interlocuteur ou trice à privilégier.

    Tout petit à l’école, – comme les Dalton de Joe Dassin – et bien malgré moi, j’entendais beaucoup mieux les conneries de mes copains de classe situés à côté ou derrière moi que les didactiques propos du prof. que je feignais de regarder avec grande attention. J’étais donc hilare; ce qui irritait magistralement le magister dont la fonction principale était de se prendre au sérieux.

    Hélas, cette mauvaise orientation de mes appendices de perception du son, en plus de m’avoir transformé en âne (à oreille fixées par le bonnet), – l’âne de Buridan hésitant entre les sottises du prof et celles des petits camarades -, a fait de moi un très mauvais auditeur d’amis ou collègues désireux de me faire part de confidences lors de repas pris dans des restaurants bruyants. Je n’entends que les propos tenus autour des tables avoisinantes et ne parviens jamais à prendre en compte ceux de mon interlocuteur… Je m’en tire temporairement en opinant du chef et en offrant un regard attentif surtout sans rire!

    Tout ça pour dire qu’il est bien plus important de savoir adéquatement capter et décrypter ce qui se passe autour de nous (et, en nous, via l’introspection) que de laisser notre langue se délier en toutes circonstances.

    Écouter, interpréter, tenter de comprendre, n’en déplaise à Sophocle et à Philippe, est mieux, beaucoup mieux que de s’exprimer. Si vous en doutiez avant, ces propos auraient dû vous convaincre. Vive le chat!

    Après ce petit détour répondant à l’invitation pleine d’humour, je vais, demain revenir sur Roland Barthes qui, hélas, n’a pas encore été canonisé même si son ami, Umberto Eco fréquentait les soutanes du Vatican! Cela m’aurait permis de quitter les arpents de neige qui entourent Saint Pierre et Miquelon pour aller me réconcilier avec la vie dans la douceur des alizés des Caraïbes.

  5. Je découvre sur le tard aujourd’hui tous ces propos de haute volée sur la langue à toutes les sauces et comme je ne trouve rien à ajouter digne du niveau établi, alors je donne ma langue au chat.

  6. Si certains sujets abordés par ce journal me laissent souvent songeur, là c’est un os à moelle, que dis-je? un gigot sorti du frigo qu’on met dans la gueule du loup!

    Chaque paragraphe, pour ne pas dire chaque phrase est une provocation pour le modeste étudiant de la communication que je cherche à être depuis près de 70 ans. Depuis que mes enseignants n’ont cessé de me répéter que je ne comprenais rien à rien alors que je prenais conscience que c’étaient eux qui n’avaient pas la formation requise et l’imagination nécessaire pour appréhender l’immense sagesse et la clairvoyance que j’exprimais au travers d’une auto-maïeutique socratique prématurée. (Salvador Dali, D. Trump et PL S ne sauraient garder le monopole du ‘pétage de bretelles!’)

    Pour ce matin (au Canada, cet après midi en France) je vais commencer par le gras qui entoure le gigot!

    Comme je suis doté d’un esprit de contradiction ou d’inversion (dyslexie mentale) je vais d’abord m’attaquer à la conclusion plutôt maigre et quasi oxymore que Philippe apporte à cette série de citations.

    Tout d’abord, je m’étonne de la double présence dans cette courte phrase du pire où, de surcroît, LE pire l’emporte sur LA pire.

    Philippe, devenu prof. de lettres sur le tard, nous adjoint d’éviter les redondances et donc de ne pas user du même terme dans la même phrase voire, si possible, dans le même paragraphe.

    Les Anglais, qui souvent inspirent Philippe, ne semblent pas avoir ce souci!

    Ayant passé l’essentiel de ma vie active en Amérique du Nord, où cette langue est omniprésente, je ne m’en offusquerai pas plus!

    Par contre, là ou Sophocle reste neutre, « La langue est la pire ET la meilleure des choses, » Philippe, tout en lui donnant raison, fait triompher la langue au concours des meilleures choses.

    Dans l’absolu, il n’y aurait donc rien de mieux que la langue! C’est donc qu’elle n’est pas ‘si pire!’ comme on dit au Québec. L’équilibre de Sophocle est donc rompu!

    Et pourtant, les banquiers suisses – qui ne sont pas si mal placés dans les concours du capitalisme global – n’ont-ils pas pour adage, « Si la parole (produit de la langue) est d’argent, le silence est d’or! »

    Pour les Suisses – qui parlent lentement – il y a donc mieux que la langue!
    Et, effectivement, comme dans l’affaire des ‘Panama papers’ c’est le silence qui a été le secret de la réussite même chez ceux qui ont recours à la langue pour se faire élire! Snowden et les autres initiateurs d’alertes vous le confirmeront! Pour les évadés du fisc, le déliement de la langue est définitivement la pire des choses!

    Tout cela est relatif! Si nous sommes de bons citoyens – non pas de nations en compétition ou en guerre – où la pratique du secret est nécessaire – mais de bons citoyens de la Terre Patrie, parler comme l’ont fait Snowden et les journalistes d’enquête du Monde et d’autres quotidiens similaires est bien la meilleure des choses à faire. Finis les secrets d’initiés!!!

    Mais je vois encore un autre problème dans cette conclusion.
    Il m’est indirectement suggéré par les propos de Barthes ici rapportés. Ceux-ci rejoignent ce que tout un chacun peut constater en feuilletant un dictionnaire.

    Les mots s’inscrivent dans les phrases construites autour d’eux par les auteurs que célèbrent les membres d’une communauté d’interprétation localement reconnue comme l’Académie Française en France. Autrement dit, ces auteurs célèbres inscrivent leurs propos dans les sillons langagiers qu’ils ont le privilège de creuser entre les lignes des dictionnaires et d’où il est fort difficile de s’exfiltrer par la suite.

    Ici, il est évident que la formule de conclusion employée par Philippe lui vient tout droit du sillon creusé par Churchill à propos de la Démocratie confrontée au Nazisme et alors alliée au communisme soviétique.

    Ce type de phrase où l’on s’affuble de tous les péchés du monde pour conclure qu’en fin de compte on est le moins pire de tous… est typique, voire l’archétype de la formule magique des défenseurs du système de domination contemporain!

    Le capitalisme global est, certes, amoral, comme le soutient André Comte-Sponville, mais il n’en est pas moins, comme il conclut, le plus efficace. Inutile de chercher dans l’histoire ou de faire travailler notre imagination créatrice, aucun autre système ne saurait le surpasser…

    Résultat, ses ‘laissés pour compte’ (50% de l’humanité) n’ont pas d’autres espoirs que l’esclavage, le ‘tockenisme,’ (au foot ou dans l’humour à condition de renier leur identité) la drogue, la petite puis grande criminalité couronnée par le terrorisme!

    Quant aux ‘serviteurs volontaires’ (40%), ils sont maintenus dans leur condition (14% du revenu planétaire) par la peur du terrorisme ou de l’esclavagisme (travail sous payé des ‘laissés pour compte’ dans le tiers monde et les banlieues des mégapoles du Nord).

    Il faut donc d’urgence trouver mieux que ce régime catastrophique qui prétend ne pas avoir de rival et se prétend ‘insurpassable!’

    Pour cela, il faut donc sortir des ornières accidentelles dans lesquelles les oligarques dominants (10% de l’humanité ayant confisqué 86% de sa fortune) ont enfermé les langues occidentales inculquées aux rejetons des serviteurs volontaires par les profs. du primaire dont la prime vient de passer de 400 à 1200€!

    À bientôt pour la suite! Ce n’était que le gras, reste le maigre!

    Plutôt que de m’acharner sur la langue… je m’en prendrai à l’esprit qui l’agite et oriente les oreilles qui tentent de capter les sons ou phonèmes qu’elle produit!

  7. Il faut faire attention, car  » il y en a plus qui sont tombés par le tranchant de la langue que par le tranchant du glaive » (Esquiros )
    Et je suis tout à fait d’accord avec Voltaire, pour qui « apprendre plusieurs langues, c’est l’affaire de peu d’années; être éloquent dans la sienne, c’est l’affaire de toute une vie. »
    Ou encore avec ce sage Roi Salomon, dans la Bible, qui affirme que « la langue des sages orne les sciences, la bouche des insensés se répand en folies. »

    Mais, malheureusement pour nous, c’est Pennac qui clôt le débat, en affirmant que « la langue évolue dans le sens de la paresse. » Ô combien il a raison!

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