Exposition Triple Tour. Critique aisée (5)

Triple Tour
Collection Pinault, Conciergerie
 
Dimanche 5 Janvier 2014.
Ce matin, c’est ouvert, il n’y a pas de queue, c’est gratuit (1er Dimanche du mois ). Alors nous entrons, vite, car ça ferme, demain.
Les lieux, que je ne connaissais pas, sont splendides. Je recommande en particulier un escalier de pierre en colimaçon d’une légèreté magnifique. Quant à l’exposition, c’est une autre affaire, une affaire très personnelle. Le thème, celui de l’enfermement, est prétexte à bien des lourdeurs et des banalités, sans parler de la volonté fréquente de choquer le bourgeois, ce qui est, je l’admets volontiers, l’une des raisons d’être de l’art. On appréciera en particulier une cage à oiseau de taille moyenne dans laquelle une face humaine grisâtre et  partiellement déchiquetée mange des excréments que l’on est en droit de supposer être les siens (1). Cherchez le symbole.
Une installation, plus spectaculaire, attire plus de chalands que les autres: des mannequins de vieillards, extrêmement réalistes, sont installés sur des fauteuils roulants dans diverses poses très représentatives du naufrage dont parlait De Gaulle. Sans doute pour rendre le spectacle plus gai, certains de ces fauteuils se déplacent seuls, apparemment au hasard, en plein milieu de l’exposition (2). L’idée qui est censée vous venir immédiatement à l’esprit et vous faire hocher la tête avec gravité est bien entendu celle de l’enfermement, de l’isolement lié à l’âge, prison vers laquelle nous nous dirigeons tous.  Subtile, non?
Fatigué, je m’affale sur un banc, et je pense que je ne vois pas beaucoup d’art dans ce Musée Grévin motorisé.  L’idée me vient que l’attitude d’observation attentive que prennent beaucoup de visiteurs devant cette installation traduit davantage leur interrogation quant au système de guidage qui contrôle la circulation des fauteuils qu’une cynique ou pessimiste réflexion sur la vanité de l’existence humaine. À moins que çes visiteurs n’espèrent secrètement voir tout à coup les fauteuils jouer les autos tamponneuses.
Soudain, je réalise qu’il faudrait que je bouge de mon banc pour éviter d’être pris pour l’un des mannequins. Je me lève donc et continue la visite de cette exposition pleine de charme.

(1) Tetsumi Kudo
(2) Sun Yuan & Peng Yu

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