Les Chinois ne sont pas des cons

Vous qui suivez ce blog depuis presque deux ans, vous qui me fréquentez depuis plus longtemps, vous tous qui connaissez la suite dans les idées qui m’anime, qui admirez la persévérance qui inspire mes recherches, au point même d’être parfois agacé par l’obstination et l’audace qui me poussent toujours plus avant, vous vous demandez sûrement quelle mouche de la contradiction a pu me piquer et m’amener à dire aujourd’hui le contraire de ce ce que je prétendais hier, c’est à dire titrer ainsi mon article de ce jour : Les Chinois ne sont pas des cons !
S’agit-il là d’une nouvelle hypothèse, ou bien de nouvelles études m’ont-elles conduit à cette conclusion ? Aurais-je été soudainement pris de remords ? Voudrais-je oindre de baume du tigre la blessure que j’ai peut-être causée à mon ami Ching Chu ? Craindrais-je les foudres de l’Académie Française pour avoir imprimé un adjectif que toute la France prononce des millions de fois par jour ? Ou bien voudrais-je caresser les services secrets de l’Empire du Milieu dans le sens du poil qu’ils ont rare avant qu’ils ne me confient à leur service action ?
Et vous qui ne me connaissez pas, qui peut être ouvrez mon blog pour la première fois, et qui lisez Les Chinois ne sont pas des cons, vous êtes en droit de vous dire : mais pourquoi ce type nous assène-t-il une telle évidence ? Pourquoi juge-t-il nécessaire de confirmer par l’affirmation péremptoire et contraire l’intelligence de ce peuple éternel, et même plus que ça ?
Et tous à l’unisson de se poser cette brûlante question :
Enfin, oui, quoi ! Pourquoi ce titre ? Qu’est-ce que c’est encore que cette fantaisie ?

Hé bien, c’est un test.
Je m’explique :
Tout ceux qui ont un blog cherchent à avoir des lecteurs. C’est un penchant fréquent chez ceux qui se sont donnés la peine de construire un blog, de le maintenir en état et de le nourrir chaque jour en écrivant quelques lignes que de vouloir les partager avec le plus grand nombre possible de personnes.
Si je ne craignais pas les répétitions, je dirais qu’en tout cas, c’est mon cas.
Un beau jour, une âme bien intentionnée et familière des réseaux sociaux m’a suggéré d’ouvrir un compte Facebook et de connecter mon blog au réseau. Cela devait à coup sûr augmenter mon lectorat.
Ce fut facile, et depuis quelques mois, inévitablement, mon article du jour, qui paraît sur mon blog à 07h07, ne manque pas d’apparaître au faîte de mon mur vers les 07h14. La présentation n’y est pas très attrayante, mais elle est régulière. Quelques amis, qui de toute façon lisaient déjà mon blog, me font le plaisir de commenter ou d’aimer. Je ne pense pas que cette connexion m’ait rapporté plus de cinq lecteurs supplémentaires, mais la parution dans ce réseau est indispensable pour le standing.
Donc, chaque jour, j’ouvre mon Facebook, je lis quelques pensés profondes de Paolo Coelho, je suis invité à participer à divers jeux de société, j’admire quelques exploits de surfeurs vêtus de noir, de chats à poils et à bicyclette, ou de singes nus et farceurs, je lis quelques révélations sur la majorité actuelle, ou sur la majorité future, ou sur ceux qui ne seront jamais la majorité, j’apprends que les radars routiers sont cancérigènes, on me confirme que le jus de pomme guérit les ongles incarnés, je constate que le monde est constitué de gens hilares au bord de piscines de toutes formes, enfin tout un tas d’autres trucs super. Et puis, surtout, surtout, j’y trouve mon article quotidien. Ça ne manque jamais.
Sauf hier.
Car hier, c’est en vain que j’ai cherché mon article du jour, celui dont le titre contredisait celui d’aujourd’hui et que je ne répéterai pas, mais vous voyez ce que je veux dire.
Panne de réseau social ? Impossible, BFM ne l’a pas annoncé.
Mauvaise connexion entre mon blog et Facebook ? Impossible, tous les cadrans sont au vert.
Alors me vient l’horrible soupçon. Serais-je une victime de Sidonie, la dame aux grands ciseaux, la châtreuse d’idées, la blanchisseuse d’articles, la pilonneuse de textes ?
Impossible, le réseau est le royaume de la libre expression. Pourtant, pourquoi pas ?
Censure ! Le mot est lâché.
Dans un premier temps, celui de la fureur, je suis scandalisé comme un étudiant en lettres modernes : comment cela ? Nos ancêtres n’ont-ils donc tant vécu que pour cette infamie ? Dans un deuxième temps, celui de l’instinct, je me sens plutôt flatté : quelqu’un qui lit mes textes a attribué à celui-ci suffisamment d’importance pour le caviarder afin d’en priver le gentil peuple buveur de bobards. Que d’honneur ! Et dans un troisième temps, celui de la réflexion, je me dis que, en dépit de son titre, mon article était loin d’être critique envers les Chinois, qu’il était même plutôt flatteur, mettant en exergue l’efficacité asiatique en comparaison avec la gabegie française. Je me dis qu’il n’y avait aucune raison logique pour le censurer en raison de sa signification. Il ne pouvait avoir été censuré qu’en raison de son titre, sans qu’aucun compte ne soit tenu du deuxième degré qui le sous-tendait de façon évidente pour n’importe quel esprit tant soit peu évolué. Or même les bobos milliardaires californiens doivent posséder un brin de deuxième degré et le sens profond de mon article ne pouvait leur avoir échappé. La réponse devint alors évidente : j’avais été censuré non par un bobo mais par un robot.
Ayant lu mon affirmation, Robby le robot est allé consulter le 788ème article des sacro-saintes lois de la robotique d’Isaac Azimov, et a décidé que mon titre pouvait être blessant pour une partie importante de la clientèle de ses maîtres. Il a donc rangé ma gentille petite histoire africaine au rang des textes subversifs susceptibles de troubler la paix dans une région non négligeable du monde.
(Entre nous, quand même, je pense que Robby ferait mieux de s’occuper un peu moins d’un innocent conte africain et un peu plus des bouteillons lâchés sur internet, des âneries proférées du haut en bas des murs, sans oublier les éructations, fautes d’orthographe et platitudes d’innombrables commentaires.)

Hé bien, ce que je fais en écrivant ceci, c’est un test. Vous remarquerez que, dans ce long et fastidieux article, je n’ai pas reproduit une seule fois le titre de l’article suspect. Ceci bien évidemment pour ne pas déclencher à nouveau les ciseaux de Robby. Au contraire, j’ai écrit plusieurs fois le titre de cet article, à savoir LES CHINOIS NE SONT PAS DES CONS. On verra ainsi tout à l’heure sur le mur si Robby le robot sait ce que NE PAS ÊTRE veut dire.
A moins qu’il ne soit pas d’accord non plus avec cette négation.

4 réflexions au sujet de « Les Chinois ne sont pas des cons »

  1. Hé Ching Chu, tu déconnes ou quoi? rassures toi, il n’y a, je crois, aucune polémique entre Philippe et moi à propos des Chinois et des cons (tu remarqueras que les cons ne prennent pas une majuscule). On est bien d’accord quand il s’agit que de l’incommensurabilité de la connerie et cela n’a rien à voir avec les Chinois, surtout avec ceux qui sont nés à Baudeloque. Sacré François, je t’embrasse, mais j’aime bien quand même ton appellation d’origine, Ching Chu.

  2. Découverte du blog de ce matin.
    réponse à Philippe et patsue
    depuis le début de notre amitié c est la première fois que vous citez mon prénom chinois.
    je suis français par mon éducation scolaire et par mes amis . Je n’ai pas d amis chinois des vrais comme on pourrait définir le mot amitié .
    je suis chinois par l éducation qui a été donné par mes parents . Ma mère surtout.
    par ma vie professionnelle . Restaurants et mes voyages en Chine en tant qu interprète et correspondant .
    je suis étonné que les mots chinois et cons ont pu sucite une polémique entre deux de mes meilleurs amis.
    Philippe a raison son premier texte est plutôt flatteur pour les chinois
    Les commentaires de patsue ont bien remis les choses en.place
    amitié chingchu

  3. Un dernier mot à ajouter à mon commentaire précédent. Robby a osé. Mais comme on le sait, « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Donc Robby le flingueur est un vrai con. Ça c’est un vrai syllogisme.

  4. Je ne con-teste rien de la tribune qui précède, moi qui suis un fidèle lecteur du glob depuis sa parution. J’ai pu lire ainsi que les oiseaux sont des cons et que les Chinois sont des cons. Ching Chu, ne t’offusques pas, les syllogismes aristotiens ne marchent pas à tous les coups. Bof! Car un con tout court, dit comme ça, c’est pas un con. Un con doit être qualifié pour être un « vrai con ». On peut être riche et un pauvre con tout de même; propre et un sale con; l’adjectif qualificatif peut éventuellement être remplacé par une comparaison: con comme la lune. Pour ma part, je connais depuis longtemps ma destinée, elle est même liée à mon patronyme: plus je deviens vieux, plus je deviens… En conclusion, la connerie inéluctable, celle qui s’acquière de façon naturelle, ça c’est un privilège qui n’appartient qu’aux vieux, les jeunes n’y ont pas droit. Mais si on est con de naissance, on le reste malheureusement toute sa vie. Et puis comme le chantait si bien Georges Brassens: « quand on est con, on est con »!

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