Retour au Ferret

Premier dimanche de septembre.

Dans la région par obligation pour quelques jours, nous n’avons pas pu résister à l’élan qui nous poussait à revenir au Cap Ferret.

Nous avions passé là nos meilleures vacances.

Nous louions une maison, jamais la même, mais presque toujours dans les « quarante-quatre hectares ». Maisons sommaires, maisons sonores, vétustes et ensablées, merveilleuses maisons. Nous vivions là tout un mois, entourés d’enfants, d’amis et de chiens. Il faisait beau, il pleuvait, il faisait lourd, il faisait froid, il faisait chaud, qu’importe. On allait au marché acheter du vin, des fruits ou des nattes de plage. On allait chez Boulan acheter des huitres, ou chez Total acheter des pains de glace. On allait à la plage aux Caillebotis ou au Shadocks, parfois au Truc Vert, rarement au Mimbo. On étalait nos toiles multicolores, nos parasols délavés, nos serviettes rayées et nos lourdes glacières. On lâchait les chiens et les enfants. On mangeait du poulet froid au sable, des saucisses tièdes au sable, des tomates fraîches au sable et des olives vertes à l’ambre solaire. On buvait du rosé glacé ou du Graves blanc sec. On sautait dans les vagues, craignant les vives et les baïnes. On démêlait des cerfs-volants, on pommadait des coups de soleil. On cherchait des enfants. Les soirs se passaient au frais sous les pins, chez l’un, chez l’autre. Deux ou trois fois dans la saison, on dansait.

Nous avions passé là nos meilleures vacances.

Alors, par ce très beau dimanche de septembre, nous sommes revenus au Ferret. Nous avons retrouvé notre place aux Caillebotis. Bien sûr, la dune avait un peu reculé, les blockhaus s’étaient enfoncés un peu plus, mais pour le reste, rien n’avait changé. Le même vent, les mêmes vagues, les mêmes gens, les mêmes enfants, les mêmes chiens, les mêmes cris, le même sable. Non, rien n’avait changé. Sauf nous. Sans enfants, sans chien, sans amis, sans maison, nous n’avions plus rien à faire ici. Ce n’était plus notre plage.

Alors, après nous être allongés sur nos petites serviettes blanches de l’hôtel, après avoir, le nez dans le sable, agité les mêmes pensées sans nous être concertés, sans nous concerter, au même moment, nous nous sommes levés, un peu assommés par le soleil, un peu abasourdis par notre découverte, un peu attristés par notre déception et nous avons gravis une dernière fois les caillebotis de la dune. Nous avons passé le reste de la journée dans le jardin de l’Hôtel des Pins en nous forçant à nous raconter des souvenirs heureux.

Un peu plus tard, devant un plat d’huîtres, nous regardions la marée descendante emporter l’eau du Bassin. Et l’un de nous deux, je ne sais plus lequel, a dit: « Tu sais ? On n’aurait pas dû ! »1037-SALE TEMPS

 

8 réflexions au sujet de « Retour au Ferret »

  1. Ces vacances ensemble ont toujours gardé pour moi un parfum spécial , de sel et de nostalgie mêlé, avec des relents de crème solaire…

    Ces journées sur la plage, à lancer dans l’eau des bâtons aux chiens ou se dorer la pilule (et accessoirement se brûler le dos), ces soirées avec concours de cuisine entre messieurs, ces verres de Lillet bien frais, que de souvenirs!!

    J’y retourne, un jour par-ci, un jour par là, lorsque je vais voir Marie-Catherine, cette amie qui m’est une soeur et qui habite toujours sur le Bassin.
    Les parfums demeurent, mais ce sont d’autres bras et dos qui se font tartiner de crème, ce sont d’autres familles qui occupent les maisons de bois toutes de guingois, ce sont d’autres hommes qui jouent aux boules.

    Pourtant, j’éprouve toujours autant de plaisir à y revenir, et à me promener aussi bien le long de la plage de l’océan que de celle du Bassin, voire remonter plus haut, au Crohot, ou plus bas, à Arcachon.
    Lorsque j’en trouve, et c’est rarissime, ici, j’achète volontiers une bouteille de Lillet, dont le goût sucré rappelle les soirées entre amis.

  2. Un peu triste ce récit mais comme je comprends. Je ne veux plus y aller même quand je me trouve à proximité. Ce n’est plus mon lieux après plus de cinquante années de vacances passées là-bas, un peu comme si on me l’avait volé, un peu présomptueux non ? sûrement du dépit…. jeunes c’étaient les flirts qu’on ne reverrait que l’année d’après, les chaussures qu’on oubliait pas pendant deux mois, plus tard comme tu dis avec les enfants, quelle nostalgie ! Du coup on reste de l’autre côté du bassin et plus bas sur l’océan….

  3. Le cap ferret,que des bons souvenirs .Les grandes ballades très tôt le matin sur la plage avec sari et Joy. Les dîners trop gras chez hortense , les excursions en bateau ou le chef de bord nous tyrannisait . Gilbert a raison . Mais ce retour nous a permis d avoir des souvenirs très biens racontes .

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