Ne me parlez pas de la Piazza del Popolo !

Ne me parlez pas de la Piazza del Popolo ! C’est la seule grande place du Centro Storico de Rome que je n’aime pas vraiment. Large, claire, symétrique, presque froide, sa rigueur relative ne va pas avec le désordre de la vieille cité.

Parlez-moi plutôt de la chaleur de la Piazza della Rotonda, avec ses bâtiments aux couleurs de Rome, imageavec toutes les nuances de patine ancienne, du jaune au marron, en passant par le bleu ciel de la façade du Rienzo, avec ses cafés tous différents, dont l’un s’appelle même Scusate il ritardo, mais dont pas une enseigne ne vient déparer l’harmonie, avec sa modeste fontaine et ses pavés noirs dont la pente mène tout droit au colosse d’Agrippa, le Panthéon.

Parlez-moi aussi de la Piazza Navona et de sa longue perspective, où les processions saccadées d’asiatiques en visite ont remplacé les courses de chars et les batailles navales de l’antiquité.

Parlez-moi, s’il vous plait, de la Piazza Farnese, sévère rectangle gris où, pour un euro par an, la France loue le plus beau palais de Rome pour y loger son ambassadeur.

Parlez-moi encore de la Piazza di Spagna au crépuscule, quand du parvis de la Trinità dei Monti, du haut de l’escalier monumental, sous le ruban ondulé des crêtes bleues du Gianicolo, vous voyez s’étaler devant vous la ligne crénelée des toits rouges ponctuée des dômes gris des églises, au-dessus des façades XVIIIème, des pavés toujours noirs et des calèches étincelantes qui entourent la Barcaccia, délicate petite fontaine baroque.

Parlez-moi toujours de la Piazza del Campo dei Fiori, avec la statue de son triste moine sans visage, ses façades disparates, ses cafés à forains et ses restaurants à touristes qui entourent les étals du marché aux fleurs, aux épices, aux fruits, aux légumes et aux souvenirs.

Vous pouvez même me parler de la Piazza Venezia, malgré son gigantesque hommage blanc à Victor-Emmanuel II, mais à cause de son Palazzo di Venezia, de sa colonne de Trajan et de ses pins parasol.

Mais ne parlez pas de la Piazza del Popolo.

5 réflexions au sujet de « Ne me parlez pas de la Piazza del Popolo ! »

  1. Comme quoi un film, un livre, une chanson parfois, peut changer le regard ou le souvenir. Et pourtant, pourtant, …tralala… comme le chantait Aznavour.

  2. C’est vrai que je n’aime pas beaucoup cette Place du Populot. Elle est maintenant envahie de petits orchestres électrifiés, ses cafés sont trop touristiques et faussement luxueux, elle est trop proche de cette bruyante sorte de voie express qu’est la Viale del Muro Torto (le boulevard du Mur Mal Fichu ?).
    Pourtant, à chaque fois que je vois cette place, je pense à ce film de Scola « C’eravamo tanto amati » (Nous nous sommes tant aimés). Une des dernières scènes se passe à cet endroit. A l’époque ( les années 70), la place était autorisée pour le stationnement. Quelques « abusivi » vous aidaient à vous y garer moyennant un péage non autorisé mais inévitable. Nous sommes vers la fin du film. Vittorio Gassman est un avocat qui a très bien réussi. Il ne voit plus depuis longtemps ses amis de jeunesse fauchée, qui eux sont restés pauvres. Gassman descend de sa grosse voiture en manches de chemise. Une jolie femme a du mal à garer sa petite voiture et Gassman la guide galamment. A ce moment, son vieil ami de jeunesse misérable le voit . Ils se reconnaissent. Gassman demande des nouvelles à son ami qui lui dit en substance qu’il est toujours dans la panade. Quand son ami lui demande à son tour ce qu’il devient, Gassman réalise qu’il le prend pour un abusivo. Il ne fait ni ne dit rien pour le détromper. Ils se séparent sur ce qui pro quo. Scène subtile et délicate, dans la veine de ce joli film. Pour moi, la Piazza del Popolo, c’est ça.

  3. Et puis, c’est généralement dans les Places du Peuple, partout dans le monde, que germent les révolutions. Snob, va!

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