Un couple inachevé (3)

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Aujourd’hui, il passera sa journée à trainer avec sa femme, les Puces peut-être, ou alors un film, et demain Dimanche, après une grasse matinée et peut-être un brunch du côté de la Place d’Aligre, il prendra son 4×4 Mitsubishi Outlander PEHV hybride rechargeable — Patrick est éco-responsable — pour rejoindre le Novotel de Limoges où devrait l’attendre Aurélie.

3 – Elle

Elle, elle s’appellerait Céline. Elle ne peut que s’appeler Céline, le prénom féminin le plus attribué — douze mille cent trente-trois fois exactement — aux petites filles nées en 1978, année de sa venue au monde. Depuis qu’elle a atteint l’âge de quatorze ans, Céline s’ennuie. Son adolescence à Bordeaux, elle l’a trouvée ennuyeuse ; ennuyeuses les soirées des rallyes bordelais, les vacances familiales dans la maison d’Arcachon, les virées nocturnes dans les dunes du Cap-Ferret ; ennuyeuse sa première expérience sexuelle, ses études de pharmacie à Paris, ennuyeuse la ville, ennuyeuses les filles de son année, ennuyeux les professeurs, les dragueurs de la Fac, ennuyeux, ennuyeux, ennuyeux… En fait, il serait juste de dire qu’elle s’emmerdait continuellement. Pourtant, dans la bonne société bordelaise, elle était très appréciée, Céline, ne serait-ce que pour sa silhouette irréprochable, son visage de madone et son excellente éducation. Mais l’ennui restait son univers. Ça lui allait plutôt bien d’ailleurs. Les commissures tombantes de ses lèvres à la Jeanne Moreau lui donnaient un air blasé de bon aloi. Son sourire rare et résigné à la Marie Laforêt semblait dire : “Si vous saviez ce que je suis lasse de tout cela…” Les garçons ne savaient jamais si le regard qu’elle leur jetait par-dessous ses paupières à demi baissées leur disait : “Vous, là, faites donc quelque chose, amusez-moi …” ou bien “Allez ! Vous êtes bien tout aussi ennuyeux que les autres…” Pourtant, malgré la solide réputation d’enquiquineuse qu’elle s’était ainsi construite, elle se voyait toujours entourée d’une ribambelle de garçons, car son attitude avait tout pour impressionner les naïfs ou pour motiver ceux pour qui les challenges sont le moteur de la vie. Selon leur tempérament, les uns voulaient “séduire la jolie fille triste” et les autres “faire rire l’emmerdeuse ” ce qui, on le sait bien, revient au même.

A SUIVRE

Note de l’Éditeur : aujourd’hui 3123ème numéro du Journal des Coutheillas

 

1 réflexion sur « Un couple inachevé (3) »

  1. À propos de l’amour, ou plus exactement du succès en amour, Talleyrand disait : “La beauté fait gagner quinze jours”. Moi je dis que, par rapport à ce que fait gagner le rire, la beauté est une perte de temps.

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