¿ TAVUSSA ? (82) : La contagion

L’Amérique est mal partie ! J’ai déjà écrit ça au moins deux fois ici, la première sans doute à propos de l’élection du Donald à la présidence des USA et la seconde à propos du développement d’une milice, la NFAC (Not Fucking Around Coalition), bras sur-armé du mouvement Black Lives Matter. Depuis un an ou deux, je le pense et l’ai peut être déjà dit a propos de la Cancel Culture et du Wokisme. 

Ces deux modes de pensée et d’action, assimilables sur beaucoup de points au McCarthysme, au terrorisme intellectuel stalinien, chinois ou khmer rouge, s’est propagé un peu partout dans les milieux intellectuels américains. La bataille est déjà perdue dans les universités, en passe de l’être dans la presse (les légendaires New York Times et Washington Post sont déjà des adeptes convaincus du Wokisme), chez les intellectuels, les artistes, et chez une grande partie des Démocrates. Elle s’étend aux entreprises et jusque dans les familles.

La libre expression de positions qui ne soient pas en accord avec la ligne du Wokisme n’est pratiquement plus possible, et quand je dis pratiquement, ce n’est pas pour atténuer cette impossibilité, mais pour préciser que c’est en pratique qu’on ne peut plus s’y opposer, même avec modération. La sanction, c’est la mise en œuvre de la Cancel Culture : l’annulation, l’interdiction d’accès, l’imposition du silence, l’obligation à la confession publique. 

Pour ceux qui ont su raison garder mais qui ne se sentent pas de s’opposer à cette déferlante, la solution, c’est le silence ou la plus grande prudence dans le choix des mots. La moindre erreur, le moindre écart et c’est la condamnation sans procès.

Nous pourrions nous dire qu’après tout, l’Amérique nous a habitué à ces poussées puritaines, par exemple avec les procès en sorcellerie au Massachusetts, le puritanisme bostonien, la prohibition, le McCarthysme, et que ces folies totalitaires n’ont jamais connu un grand essor chez nous.

Mais ce n’est plus le cas. Cette folie est contagieuse et nos chères têtes blondes, toujours prêtes à adopter les Kentucky Fried Chicken, Starbuck et McDonald se sont précipitées tout d’abord sur la Cancel Culture puis sur le Wokisme. Il y a déjà plusieurs années, ces modes de pensée tordus et puritains se sont développés dans les Universités bien de chez nous sans qu’on y prête plus d’attention qu’à une mode vestimentaire. Un des premiers foyers et des plus actifs fut Sciences Po. 

La politique n’est pas exempte. L’islamo-gauchisme subissant apparemment quelques revers de popularité, c’est l’écolo-Wokisme qui recueille les faveurs des plus jeunes sympathisants d’une gauche désorientée.

Et voilà Rama Yade, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, qui nous dit depuis Washington où elle vit désormais que la seule vision de la statue de Colbert est pour elle une micro agression ; et voilà Sandrine Rousseau, écologiste radicale et racialisée, qui déclare ne pouvoir vivre qu’avec un homme “déconstruit” ; et voilà Jean-Luc Mélanchon qui dit tout le lundi et son contraire le mardi…

Le New York Times, qui n’a pas tardé à remplacer Le Monde en tant que bonne conscience sociale des humanistes autoproclamés, nous traite de racistes, pour la raison que nous sommes ou nous efforçons d’être universalistes, en d’autres termes color-blind. Et ça, pour les Woke, être color-blind, c’est le pêché mortel, le privilège du suprémaciste blanc, c’est ne pas être conscient de cette réalité indiscutable que les races existent (sans toute fois exister) et que la race blanche (mais surtout l’occidentale) discrimine et opprime selon les cas ou mieux, tout à la fois, les femmes, les noirs, les indiens, les gays, les trans…

Mais qu’est-ce que le Wokisme ? 

Je ne vais pas vous infliger une énième édition des définitions que vous pouvez trouver dans tous les journaux. Mais je peux vous dire ce que moi, je crois que c’est, le Wokisme.

Le Wokisme est une posture intellectuelle qui consiste à rechercher le racisme là où il n’est pas. Il s’accompagne d’une intolérance radicale à l’égard de toute pensée non conforme. Il utilise comme moyen la déconstruction de l’histoire, la destruction, l’interdiction ou la modification des œuvres d’art et, plus généralement, de toute production intellectuelle, pour les rendre conformes au dogme.

Le brevet de conformité au Wokisme exige la repentance, la contrition, la confession publique.

Souvent par le truchement des réseaux sociaux, le Wokisme  utilise comme bras armé la Cancel Culture, l’interdiction de parole aux conférenciers, la démission des universitaires récalcitrants, la disqualification  morale.

Le Wokisme dénonce, dénonce et dénonce encore, mais avec certaines limites : il se garde de dénoncer par exemple le sort fait aux femmes dans certaines sociétés islamiques. Et pourquoi donc, s’il vous plaît ? C’est simple : c’est à cause de l’intersectionalité. Et c’est quoi, ça, l’intersectionalité ? Vous allez comprendre. Les femmes en général sont considérées comme une minorité, d’accord ? Les femmes dans les sociétés islamiques sont également une minorité. A ce titre, leur condition devrait être dénoncée par les Woke. Eh bien, non ! Parce que le woke considère les musulmans aussi comme une minorité et que la dénonciation des conditions qu’ils font aux femmes (minorité de niveau 2)  risquerait de nuire aux musulmans (minorité de niveau 1). Alors, silence ! C’est ça, l’intersectionalité. Du moins, c’est ce  que j’ai compris. Remarquez, ce n’est pas nouveau. Ça rappelle un peu le refus de Sartre de dénoncer l’invasion de la Hongrie par les chars soviétiques pour “ne pas désespérer Billancourt“.

Le Wokisme a une odeur. Il sent un peu l’hypocrisie, pas mal le totalitarisme, assez le puritanisme avec une touche d’obscurantisme, et fortement la bêtise.

Son bouquet vous le rendra facilement reconnaissable en société, mais, quand vous le croiserez, faites bien attention, il est contagieux.

En attendant que ça passe (?!), relisez donc La Tache de Ph. Roth (2000) et lisez Le Voyant d’Étampes d’Abel Quentin (2021).

 

 

2 réflexions sur « ¿ TAVUSSA ? (82) : La contagion »

  1. wake, woke, woken…
    Infinitif, prétérit et participe passé de “to wake”, réveiller
    Dans l’esprit du temps, woke signifie “éveillé” ; est woke celui qui est et reste éveillé aux traces du racisme et tout le toutim. Ça me fait penser au “Be aware” de J.C. Vandamme.
    Les adeptes devraient donc dire “woken” plutôt que “woke”, mais on ne va chipoter la-dessus, pas vrai ?

  2. Une fois de plus, la proclamation de Winston Churchill “la démocratie est le pire des régimes…” s’avère avoir été visionnaire.

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