L’Homme qui aimait les femmes (suite) – Critique aisée n°208 bis

Le 11 novembre dernier, je publiai une “Critique aisée” du film de Truffaut “L’Homme qui aimait les femmes”. Vous pouvez la relire et accéder aux commentaires qu’elle a suscité en cliquant sur ce lien :

CRITIQUE AISÉE N°208

Critique aisée n°208 bis

Il y a plusieurs choses qui me gênent dans les d’épithètes injurieuses qui ont été lancées contre le réalisateur et son film dans les commentaires qui ont suivi cette critique.

Tout d’abord, je ne pense pas qu’il faille utiliser les mêmes critères pour porter des jugements sur des objets artistiques (romans, tableaux, films, par exemple) d’une part et sur des positions ou des actions politiques d’autre part.

En politique, il y a une éthique et chacun peut juger un objet politique en fonction d’une morale (la sienne forcément, dont, à l’instar de l’intelligence, chacun estime se trouver suffisamment pourvu) : telle action politique est moralement juste ou non (Je prie les cyniques de ne pas faire semblant de ne pas comprendre en reprenant le cliché de l’absence de morale des politiciens : je veux parler de la politique en tant qu’organisation d’un état et exercice du pouvoir, et d’ailleurs ils le savent bien).

En matière artistique, il n’y a pas de morale, pas d’éthique (par contre, il y a ou il peut y avoir une esthétique). On ne devrait donc pas juger d’un objet artistique (je dis objet et non œuvre pour ne pas restreindre mon commentaire aux œuvres d’art véritables ou reconnues et l’étendre aux tentatives) au moyen d’une morale quelle qu’elle soit. Sinon, on se retrouve rapidement dans le type d’erreurs que l’Histoire nous a rapportées si souvent (Molière et l’École des femmes, Nabokov et Lolita, Manet et le Déjeuner sur l’Herbe, …) et que nous perpétuons régulièrement, par exemple à l’encontre des films de Woody Allen.

Je ne pourrais pas considérer qu’un film est machiste seulement parce qu’il raconte l’histoire d’un homme qui rencontre et séduit de nombreuses femmes. La bonne littérature est remplie de personnages de ce type. Pour qu’un tel film (ou roman) soit scandaleux et à la rigueur condamnable, il faudrait qu’il satisfasse simultanément à deux conditions : que les femmes séduites soient contraintes d’une manière ou d’une autre ET que le film présente une apologie de la conduite de l’homme en question. Ce n’est pas le cas de l’Homme qui aimait etc.

Ensuite, je ne crois pas non plus qu’il faille juger un objet artistique d’après ce qu’a pu dire, écrire ou faire son auteur, surtout s’il l’a fait des années auparavant. Dans son jeune temps, Truffaut, avec son talent littéraire, a voulu renverser quelques idoles, mais on dit que les jeunes gens, parfois, sont comme ça. Certains brûlent ce qu’ils adorent ou ont adoré, un prof, un maître, un père.

Ce faisant, il a appris énormément de choses du cinéma de papa dont il s’est servi ensuite dans ses films de maturité tout en y ajoutant sa propre patte. Oui, il a fait des films bourgeois, conventionnels, oui, il a raté des films, mais l’Homme qui aimait ne figure pas parmi ceux-là. Mais oui aussi, il a tourné des grands films dont les 400 coups le premier, certains Doinel, La Nuit américaine et j’en oublie.

A l’opposé, son ex-ami Godard, dont l’A bout de souffle me l’avait coupé tout autant que les 400 coups, s’est enfermé dans un cinéma théorique et vindicatif et, à part un ou deux de ses films qui ont suivi A bout de souffle, il m’a bien ennuyé.

Forcément, en matière d’art, en matière d’art contemporain et peut être aussi art moderne, il est parfois difficile de ne pas laisser ses sympathies et antipathies personnelles envers l’artiste influer sur le jugement que l’on porte sur ses œuvres (objet artistique, c’est trop long, mais c’est ce que je veux dire)

En ce qui me concerne, je lutte (un peu) contre l’influence que la vive antipathie que j’éprouve par exemple à l’égard de Godard, de Bedos-le-fils, de Depardieu, pourrait avoir sur mon jugement de leur travail. Et c’est comme cela qu’il m’arrive de reconnaître une certaine qualité à certaines de leurs productions, par exemple A bout de souffle, La Belle époque, Uranus

Et comme, finalement, on en revient toujours au petit Marcel, je reste résolument rangé rangé derrière Proust contre Sainte-Beuve.

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