L’Homme qui aimait les femmes – Critique aisée n°208

Critique aisée n°208

L’Homme qui aimait les femmes 
Francois Truffaut – 1977 -Charles Denner

Truffaut, cinéaste nul !

En des termes vifs et quasiment comminatoires, un ami m’a demandé de faire une « critique honnête » de « L’Homme qui aimait les femmes », ce film de « cette ordure de Truffaut », film « nul à chier et dont le titre est déjà en soi insupportable », « nul sur le plan cinématographique et encore plus nul sur le plan moral » et pourtant défendu par Télérama alors qu’indéfendable car lamentable de machisme (sic, sic , resic et presque sic))

Je n’épiloguerai pas sur la précision apportée à la demande pour une critique “honnête”. Cette exigence de sincérité me rappelle cet extrait de dialogue :
— Voulez-vous que je vous parle franchement ?
— Parlez-moi donc comme d’habitude !

Ce film, je l’avais vu a sa sortie et j’en avais gardé, je crois, un bon souvenir. Mais pour faire une critique digne de ce nom, il faudrait que je le revoie et je n’en ai ni l’intention ni le temps, bien trop occupé que je suis avec les séries télévisées. Par contre, si mes lecteurs veulent écrire eux-mêmes des critiques raisonnées de films, de pièces de théâtre ou de romans, elles seront volontiers accueillies dans le Retour de Campagne.

Donc, je n’écrirai pas de critique honnête de  L’Homme qui aimait les femmes , mais je ferai quand même un commentaire.

Je ne suis pas un inconditionnel de Truffaut, comme le croit cet ami.  Il se trouve seulement que j’ai aimé beaucoup de ses films.
Son œuvre, car c’en est une, au même titre que celle de Claude Sautet, de Woody Allen ou d’Ingmar Bergman, est à la fois historiquement importante, nombreuse et structurée. Quand l’auteur l’a développée sous nos propres yeux au cours des années, quand il l’a ponctuée de trois ou quatre coups de maitre, quand on l’a suivie, quand on l’a aimée, on  passe sur quelques faiblesses, et on se dit que, oui, Truffaut est un grand cinéaste, comme Howard Hawks ou Franck Capra, qui n’ont eux-mêmes pas commis que des chefs d’oeuvre.
A l’époque où je l’avais vu, le machisme du film en question ne m’avait pas frappé, mais ces temps étaient plus doux et plus tolérants qu’aujourd’hui envers ceux qui aiment ne serait-ce que regarder les femmes et, surtout, le dire. (Ah ! Les yeux des femmes au dessus  du masque !)
De ce film, j’avais apprécié le côté littéraire de la narration, la légèreté du style et le parti-pris esthétique de l’obsession du héros pour les jambes des femmes. Je suis persuadé que si L’Homme qui aimait les femmes était un roman, la question de son éventuel machisme ne se poserait pas, même aujourd’hui, même en ce siècle de puritanisme renouvelé.

Je ne lis pas Télérama et je ne sais pas comment ce magazine défend  cet Homme qui aimait les femmes et je ne tiens pas à le savoir. Si, moi, j’avais à le défendre, s’il y avait lieu de le faire, je le ferais peut-être comme un amateur de Toulouse-Lautrec défendrait ses femmes surprises dans leur intimité. En peinture, les possibilités de comparaisons de ce genre ne manquent pas. Encore une fois, pour moi, le sujet n’est pas l’essentiel, c’est la façon de le traiter qui l’est.

C’est connu, Truffaut aimait les femmes. On dit qu’il a couché avec la plupart de ses premiers rôles. La plus grande partie de son cinéma tourne autour des femmes. Je ne me souviens pas d’un seul film de lui où l’une d’entre elles ait été présentée de manière ridicule ou dégradante. C’est pourquoi, sans l’avoir revu, je doute que « l’Homme qui etc… » puisse être  machiste. Par ailleurs, je préfère ne pas le revoir et rester sur ma première impression. Comme disait , je crois, Guitry : “Méfiez-vous de la première impression. C’est souvent la bonne.”

 

15 réflexions sur « L’Homme qui aimait les femmes – Critique aisée n°208 »

  1. Critique de ta critique de ma critique
    Après cinq nuits d’insomnie à ruminer ma défense, et malgré mes réticences à attaquer un homme de ta générosité, je vais quand même le faire. Non, ta réponse à ma critique volontairement outrancière du film de Truffaut, « L’Homme qui aimait les Femmes », n’est pas acceptable. Démolir ma réflexion au prétexte que tu avais bien aimé ce film jadis, il y a plus de cinquante ans, n’est pas un argument recevable. Et en plus, ce film, tu ne l’as même pas revu depuis cette époque où ta jeunesse et ta candeur te donnaient de multiples excuses. Quand tu avais été sensible à cette histoire de maniaque sexuel psychiatrique, rappelle-toi que tu avais une vingtaine d’années et que tes références étaient alors : Tintin et Milou en littérature, Ben Hur au cinéma et, en cachette de tes parents, les Mémoires de Casanova. Alors, oser dire aujourd’hui : « Contrairement à ce que prétend Lorenzo, j’affirme, sans avoir besoin de le revoir (alors que ma mémoire déficiente commence à me jouer des tours) que c’était un bon film », parce qu’à cette époque de ton adolescence tardive tu l’avais bien aimé, relève d’une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle ou d’amnésie complaisante quand bien même Lariégeoise serait d’accord avec toi, ce qui soulève bien des interrogations. Tu as le droit en toute honnêteté de dire que tu avais aimé ce film à une autre époque, mais tu as maintenant le devoir de le juger avec ton expérience d’aujourd’hui.

  2. Je ne suis pas du tout d’accord avec Lariègeoise : en matière intellectuelle, pas plus qu’en matière politique, on est autorisé à dire des horreurs. C’est notre devoir de les dénoncer comme cela a été fait avec raison sur ce blog pour Trump.

  3. Les 400 coups, c’est comme le Onze mille verges ? C’est un film sur le sado-masochisme ?

  4. @Lorenzo Dans Rencontres du troisième type, de Steven Spielberg, Truffaut est acteur.

  5. @Lariégeoise : Truffaut, Truffaut, c’est le pépiniériste ? Il offrait des fleurs aux femmes ?

  6. @lorenzo: mon exil en Argentine touche à sa fin , je vais vous révéler la vérité sur la dame en noir….
    Pour l heur , je n en reviens pas de la violence des propos relayés par Philippe , d’un ” ami””
    Comment oser être aussi péremptoire ?
    En politique , on peut ne pas être d accord avec l équipe au pouvoir surtout si on n’a pas voté pour elle…. mais en matière intellectuelle, chacun est libre de voir ce qu il veut , de lire ce qui lui plait , d écouter la musique qui lui chante….
    Comment se permettre de clouer au pilori une œuvre quelle qu’elle soit?
    J avais laissé ce commentaire en plan ; retrouve avec surprise le cercle des confinés déchaînés : j ai beaucoup aimé les films de Truffaut à leur sortie, et puis il est mort , j ai vieilli et je suis moins touchée en les revoyant.Mais il aimait les femmes, les valorisait et prétendre le contraire serait un contre sens.

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  8. Merci Edgar pour ton honnêteté et ta lucidité …. Pourrais-tu développer un peu, ne serait-ce que pour me soutenir dans cette terrible épreuve qui m’oppose à notre vénérable Rédacteur en Chef ?
    PS : n’y aurait-il pas d’autres craintifs parmi les lecteurs qui n’oseraient pas s’exprimer ? On aimerait bien connaître l’avis de Lariégeoise, une féministe de la première heure, à qui ce film honteusement sexiste ne devrait théoriquement pas avoir beaucoup plu.

  9. Moi je n’ai aimé aucun film de Truffaut sauf Rencontres du troisième type !
    Oups ! J’ai dit une bêtise ?

  10. L’homme qui n’aimait pas Truffaut

    Une fois n’est pas coutume, très cher Rédacteur en Chef, mais je ne suis pas d’accord avec vous et permettez-moi d’apporter mon soutien à votre ami qui a détesté ce film. Il n’est pas dans mes habitudes de m’exprimer en termes aussi vulgaires que lui et je vous conseille, à l’avenir, de mieux choisir vos amis en leur demandant de vous adresser une lettre manuscrite au stylo plume dans laquelle ils devront exprimer leur sentiment, admiratif ou non, pour madame Anne Hidalgo, un exemple pris au hasard.
    Moi qui ne vais plus au cinéma depuis mon mariage (ne cherchez pas, il n’y a aucun rapport de cause à effet), on ne pourra pas contester mon objectivité. François Truffaut a fait un grand film, Les 400 Coups, parce qu’il « innovait » avec une manière de « raconter » que nous ne connaissions pas. C’est vrai.
    L’ensemble de votre propos serait recevable si vous aviez revu ce film, ce qui n’est pas le cas. Comme vous le répétez souvent, est-ce le film qui a mal vieilli ou vous ? Nous ne le saurons pas. L’œuvre d’un artiste est un tout avec des hauts et des bas, c’est indéniable et l’histoire le prouve. Comme vous le dites, vous n’aurez pas le temps de revoir ce film et encore moins celui de relire les articles critiques de François Truffaut dans les Cahiers du Cinéma. Et en cela vous auriez bien raison, le niveau d’agressivité, certes en termes plus châtiés, est aussi disproportionné que celui de votre ami. Ce qui est décevant chez lui, c’est cet abîme entre ses critiques des autres et son indulgence à son égard.
    Ses écrits sont un torrent animés du sentiment le plus vil et le plus dangereux que l’on rencontre chez les hommes et les femmes : la méchanceté, partiale, injuste, mensongère, qui est le prélude à la dictature. Le rôle d’un critique n’est pas d’assassiner les auteurs, comme il le deviendra lui aussi plus tard, non, le rôle d’un critique est de donner envie d’aller voir le film.
    Le comble, c’est que Truffaut a fini par faire des films strictement identiques (voire inférieurs) à ceux qu’il avait traînés dans la boue trente ans plus tôt. Faire passer les sentiments avant la réalisation, c’est-à-dire le fond sans la forme, est un mépris pour le spectateur. Le thème du Dernier Métro est sans aucune originalité, une histoire banale d’adultère comme dans les romans de gare, à laquelle Truffaut n’apporte rien de nouveau : ni sur le fond, ni dans la forme. Aucune innovation. Faire du déjà vu est à mon sens la négation de l’œuvre artistique. Imaginez aujourd’hui un peintre qui ferait du très bon « Monet » ? Bon, on ne peut pas innover non plus sans arrêt, mais quand même … L’artiste a le droit de se copier lui-même, à condition qu’il copie du « nouveau ».
    Cette polémique soulève la question de savoir s’il faut toujours séparer l’œuvre et la personnalité de l’artiste (typiquement, dans le cas de Céline) à laquelle la réponse est évidente. Donc, même si Truffaut était dans ses propos venimeux une « ordure », comme le dit avec délicatesse et justesse votre ami, il n’en a pas moins été un très grand artiste, auteur d’au moins un grand film. Vous aviez donc raison.
    Pour conclure, je citerai un auteur abhorré de Truffaut, le très sympathique Philippe de Broca : « Soit, mais c’est lourd …, mais soit » (Le Diable par la Queue, 1969).

  11. Truffaut aimait les femmes comme Julien Clerc dans la chanson “Femmes, je vous aime”.

  12. C’est vrai que Truffaut aimait les femmes, comme on doit les aimer, et s’il a couché avec la plupart de ses premiers rôles féminins, belles et intelligentes, je veux bien le croire, je remarque qu’aucune n’a porté plainte pour harcèlement et encore moins pour viol.

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