On dirait qu’on serait dimanche…

On entrerait dans une salle à manger désuète. Au milieu, il y aurait une lourde table cirée avec au centre une fleur en pot sur un napperon de dentelle. Autour, seraient disposées quatre chaises assorties tandis que, contre le mur de droite, deux autres encadreraient un buffet Henri III. Contre le mur de gauche, à coté d’une porte qui donnerait sur la cuisine, une commode de style picard supporterait un présentoir à liqueurs avec ses quatre petits verres colorés, une grosse TSF Radiola et cinq photographies encadrées d’argent. Sur les photos, un militaire avantageux, un couple de jeunes mariés, un déjeuner à la campagne, le pont du Gard et un premier communiant. Au milieu du mur du fond, celui qui fait face aux deux battants vitrés qui donnent sur l’entrée, il y aurait une fenêtre. Du haut du quatrième étage, à travers la dentelle de ses rideaux et les volutes de fer forgé de son petit garde-corps, on pourrait voir le Boulevard Beaumarchais. Si, malgré la pluie fine qui tombe depuis le matin, la fenêtre était ouverte, pour peu qu’on se penche sur la gauche, on pourrait voir la Colonne de Juillet et, tournant autour, quelques Peugeot 203, de rares Citroën Traction Avant et deux autobus à plateforme. En bas de l’immeuble, viendrait s’immobiliser une modeste SIMCA 8 noire. Alors, on se retournerait et derrière les petits carreaux de la porte vitrée de la salle à manger, on verrait passer une forme massive. Enveloppée d’un lourd manteau gris et d’un cache-nez en grosse laine tricotée main, surmontée d’un chapeau mou et suivie d’un léger tourbillon de fumée grise, s’adressant à une personne invisible dans la cuisine, on entendrait la silhouette qui dirait :
— Le petit Janvier est en bas. Je file à la P.J. Je ne suis pas sûr de rentrer déjeuner, mais je te téléphonerai. Oui, je sais, on est dimanche, mais qu’est-ce que tu veux… Non, non, je suis bien couvert… Oui, oui, j’ai pris ton cache-nez…

Curieux ce texte, non ? Sans queue ni tête… Mais qu’est-ce que vous voulez ?  Je viens de lire deux Maigret à la file.

 

3 réflexions sur « On dirait qu’on serait dimanche… »

  1. “Allez il pleut, pas de balade dans Paris, au clavier….”

    Merci pour cette impatience. Seulement voilà :
    Je suis comme un ordinateur : je me suis mis en veille, avec un économiseur d’écran qui, au lieu de repasser en boucle de vieilles photos de famille, tourne en rond au milieu de souvenirs de lectures anciennes, d’où ces tentatives d’occuper l’écran avec des pastiches sans queue ni tête et autres exercices d’assouplissement.
    Je n’arrive pas à dire : bon, il pleut, il fait 22° dans la pièce, Miles Davis joue en sourdine, c’est le moment de faire avancer le Cujas. Ça, ce serait bien, mais ça ne se fait pas comme ça. J’ai pris bonne note du précepte de Woody Allen que j’avais cité dans “Tout ce que vous avez toujours voulu savoir etc…”
    http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=24183
    : (…) ne jamais écrire quand on ne se sent pas bien parce que le texte reflétera le manque d’énergie.
    Et c’est tout à fait vrai, pour moi en tout cas. Non pas que je ne me sente pas bien au sens médical du terme, mais je ne suis pas « in the mood » comme aurait dit Glen Miller.
    En réalité, le chapitre 8 est terminé. Disons que l’interview de Georges se termine dans l’inachevé. On ne sait pas tout de Georges, rien de la mort d’Antoine, ni du sort final de Samuel, ni de celui de Casquette.
    Non seulement il faut trouver le moyen de dire tout ça, mais aussi inventer ce qu’il y aura à dire. Et ça, ce n’est pas fait. Donc je ne publie pas le Chapitre 8 pour le moment, pour ne pas me donner trop de contraintes pour écrire la suite.
    Il va donc falloir patienter encore un peu. Ou beaucoup.

  2. À l’époque, on appelait ça un cache-nez, aujourd’hui on appelle ça un masque. Autrefois un pardessus, aujourd’hui une doudoune. Etc. Les temps changent et les mots aussi, c’est pour ça qu’on aime relire les Maigret, les Exbrayat (pour certains), qui nous parlent d’une France que l’on connaissait, que l’on regrette aussi et pourtant il y avait des attentats, mais on disait les fellaghas, aujourd’hui les islamistes.

  3. Ah ben oui des le début je me suis dit mais c’est Maigret ça, et pourtant l intitulé nommait Philippe comme auteur….
    Bon si au lieu de tourner autour du pot ( à crayons) et de te livrer à des exercices stylistiques macédoniens ( Cf la salade du même nom et ses ingrédients variés), tu te remettais à nôtre Cujas….
    Allez il pleut, pas de balade dans Paris, au clavier….

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