Paris ! À nous deux (5) – Trekking sans arme ni bagage

Aujourd’hui c’est Montmartre.

Deux bus, trois même parce que le premier était en service partiel, une heure pour arriver à Lamarck-Caulaincourt grâce aux hystéries de la folle de l’Hotel de Ville, et puis vingt minutes à pied pour parvenir Place du Tertre. La côte est rude mais il fait beau et encore frais. Sur la place, tous les restaurants sont prêts, ceux des environs aussi, il y a même un peintre syndiqué qui est de service malgré l’heure précoce. Si l’on met à part les indigènes, aisément reconnaissables parce qu’il existe un Montmartre Touch, le quartier est désert. C’est ce que j’espérais. Pas de touriste grégaire et fatigué, pas de vendeur camerounais de tour Eiffel et de cannes à selfie, rien, personne. Pourtant, il onze heures moins le quart. Je cherche un café-terrasse à l’ombre qui puisse m’accueillir pour un café-croissant, mais tous ont leurs tables déjà dressées pour l’hypothétique déjeuner du japonais aventureux ou du hollandais volant. Rien, c’est le calme complet. Rue du Mont-Cenis, un peu à l’écart, un café m’accueille : croissant rabougri et café amer. J’appréhende déjà le prix.

Un couple de touristes, mais parisien, cela se voit, attiré par la seule terrasse où il y a déjà un client (moi) vient de s’asseoir au soleil. Il se lance dans une discussion désabusée avec le patron sur la crise du tourisme et en particulier de la fréquentation de la Butte Montmartre.

Rue Azais, au dessus du square Nadar, un accordéoniste voyant et âgé joue tout doucement « La Vie en Rose ». Un peu moins, on ne l’entendrait pas. C’est charmant. On a l’impression d’être entré par inadvertance dans le cadre d’Un Américain à Paris. En dessous, dans le square, c’est la foire aux chiens. Le jardin, tout petit, est rempli de chiens en liberté et de maitres en chemise. Les chiens ont oublié leur maitre et jouent entre eux tandis que les maitres parlent de leur chien. Enfin c’est le Parvis et le grand escalier. Peu de monde, vraiment très peu. Vu de là-haut, le spectacle des toits est toujours étonnant. Avec la brume et la distance, les toits de la vile passent de la couleur au noir, du  noir au gris foncé, puis à des gris de plus en plus clairs, jusqu’à se confondre avec le ciel à l’horizon.

Un moment de recueillement et puis c’est l’heure de repartir pour de nouvelles aventures.

Mon projet pour le trekking d’aujourd’hui, c’est de descendre le versant sud de la montagne avant les grandes chaleurs, traverser les territoires inconnus de ses contre-pentes, entrer prudemment dans la plaine et parvenir au fleuve à temps pour observer les grands troupeaux qui viennent y boire. À partir de là, on improvisera en fonction de la météo.

Parvenu au bas des restanques de la butte, je réalise que je me retrouve dans le territoire qui a vu la plupart de mes années de pleine activité, la jungle du square d’Anvers, l’abondance des pentes de la rue des martyrs, le désert de la place de la Bourse…  C’est de là que chaque jour ou presque je rapportais au gite familial l’entrecôte qui nourrirait ces chères têtes blondes.

Anciennement La Table d’Anvers, restaurant gastronomique, et accessoirement QG de la bande du Suédois.

Mes anciens bureaux sont aujourd’hui fermés, les Folies Bergères aussi.

Mais c’est la première fois aujourd’hui que je vais me lancer à pied de la calme clairière de l’avenue Trudaine vers les brumes enfiévrées des marais qui précèdent le fleuve.  Ce parcours, je l’ai déjà fait, mille fois, dix mille fois, mais avec le sentiment de sécurité, de confort et de supériorité que peuvent donner un moteur six cylindres, des vitres teintées et de l’air conditionné. Aujourd’hui, ce sera sans protection, sans armure, à pied, autrement dit quasiment nu. Différent, risqué peut-être, mais n’est-ce pas ce que je recherche à présent ? En avant, et à Dieu vat !

Finalement, je suis parvenu sain et sauf dans l’île de la Cité. Je n’avais plus qu’un pont à franchir et je serais en sécurité dans mon territoire de toujours,  lui que je connais comme ma poche et dont je sais éviter tous les dangers. Plus que deux cents mètres, trois cents peut-être. Mais au dernier moment, le cœur me manque : sait-on jamais ce qui peut arriver ? Les accidents ne se produisent-ils pas le plus souvent tout près du domicile ? Ce serait vraiment trop bête ! Une caravane passe, elle porte le n°38. Je la hèle. Elle me conduira jusque chez moi en toute sécurité.

— Et votre expédition ? me demanderez vous.

Voici déjà son titre : « Du sommet du mont Martre aux rives du fleuve Seine sans arme ni bagage »

Pour son récit, ce sera une autre fois.

 

5 réflexions sur « Paris ! À nous deux (5) – Trekking sans arme ni bagage »

  1. Non, non, il n’y a pas de censure. Les commentaires sont libres et, sauf raison grammaticale reconnue, ils n’entrainent pas de modification des textes publiés.
    Les commentaires ne font pas non plus l’objet de censure, sous réserve du respect des bonnes moeurs, de la civilité et de la règle de Troye.
    On a le droit de ne pas apprécier les critiques formulées à l’égard d’un personnage qui, après tout, a été élu démocratiquement, tout comme Trump, Erdogan et Maduro, mais qui utilise son mandat pour servir sans discernement ni mesure une idéologie préconçue (pléonasme volontaire).
    Ceux qui voudront dresser des couronnes à la folle de l’Hôtel de Ville sont les bienvenus, à condition bien sûr de rester dans la vraisemblance.
    Par ailleurs, je me sens autorisé à traiter la Maire de Paris de cinglée, ce qui après tout est assez amical, et de Drame de Paris, ce qui est plus grave, quand je me rappelle qu’elle a qualifié les opposants à ses projets circulatoires de fachosphère misogyne et réactionnaire, ou quelque chose comme ça.
    En dernier lieu, je ferai remarquer que les délais que les usages reconnaissent pour répondre à mon courrier relatif aux trottinettes ont été dépassés par Mme Hidalgo. Mme Hidalgo, définitivement n’est pas un gentleman. Tous les coups, ou presque, sont donc permis.

  2. Heureux ceux qui ne vivent pas sous le règne absolu de Notre-Drame de Paris !

  3. Magnifiques photos et descriptions.
    Dommage que l’effet de cette épopée soit amoindri par le qualificatif peu élogieux lâché au sujet de madame la maire de Paris. On peut approuver, ou pas, d’un élu, mais je crois beaucoup au respect de la fonction. De plus, je trouve dommage cet accès de militantisme qui, dès l’introduction, donne une fausse image de ce que sera le texte, par ailleurs fort bien écrit.

  4. J’apprecie et j’attends la suite de ton épopée avec impatience.

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