Paris ! À nous deux (4) – Revisiter le Musée d’Orsay

Mercredi 16 septembre, 16h30… L’esplanade du musée est presque déserte. Deux jeunes filles assises en tailleur face à face sur un socle de statue discutent en mangeant un sandwich. Elles sont jolies et presque parfaitement symétriques. On dirait que l’une est le reflet de l’autre. Je n’ose pas les photographier mais je le fais quand même, de loin, hypocritement, en faisant semblant de photographier une façade. C’était de trop loin : la photo ne présente aucun intérêt.
Les autres êtres humains qui peuplent l’esplanade, à peine une dizaine, sont un jeune couple asiatique et des gardiens, préposés, vigiles, sapiteurs, employés du Musée d’Orsay.
Plusieurs longs chemins zigzaguant entre deux cordons grenats portés par des piquets rutilants conduisent jusqu’à l’entrée tournoyante du Musée. Il y en a un pour les groupes,  un pour les membres de l’Association du Musée et un pour les visiteurs ayant réservé par Internet (car la réservation est obligatoire). . Tous ces chemins sont déserts. Je ne fais partie d’aucune de ces catégories, mais la troisième me parait défendable en cas d’enquête indiscrète. Au bout de cette troisième voie, un gardien m’assure que je vais pouvoir entrer quand même. « Guichet n°6, monsieur, je vous en prie ». Mises à part les quatre guichetières qui occupent les six guichets, le hall d’entrée est désert. J’hésite, mais la guichetière n°4, tout aussi inoccupée que ses collègues, me fait signe. C’est avec elle que je vais faire affaire. Quatorze euros cinquante, s’il vous plait. Ah ? Quand même. Eh oui !, Mais c’est air conditionné ! Ah bon ? Alors…

Finalement, j’ai bien fait. Une heure trente de repos, dans le calme et l’air frais. Si, malheureusement, tous les cafés du Musée semblent fermés, il y a quand même de quoi s’asseoir : de drôles de banquettes doucement ondulées en une matière plastique claire comme de l’eau de roche et douce au toucher comme la coque d’un MacBook Air. Les escaliers mécaniques et les ascenseurs fonctionnent tous. Ils fonctionnent tous, et à vide. Ah non ! Pas tout à fait : il y a un gamin qui tente de remonter l’escalier qui descend. Dans l’espace, il reste immobile et ça l’amuse beaucoup, plus que sa mère qui l’attend en bas de la volée — et je n’utilise pas ce mot au hasard. Tiens, les impressionnistes ont été déplacés. Tant mieux. L’immense maquette de l’opéra Garnier aussi, mais ça, c’est dommage. Dommage aussi, il y a toujours deux ou trois japonais devant l’horloge qui donne sur le quai : impossible de photographier les Tuileries entre ses deux aiguilles. Dans un coin, sous un gigantesque Courbet, un cadre en costume sombre fait une séance de formation à quelques préposées à Talkie-Walkie crachotant et uniforme bleu. C’était donc elles que j’entendais rire depuis la salle des classiques. Nouveau : au dernier étage, il y a un ensemble de petites salles qui présentent une exposition sur la naissance du cinéma. De temps en temps, il y a une salle obscure qui donnne un film en boucle. Les extraits sont  courts. On a à peine le temps de s’asseoir que c’est déjà fini. De toute façon, on est très mal assis et il est impossible de s’appuyer contre un dossier. Pourtant, j’arrive à rester suffisamment longtemps pour voir trois fois un  Charlot fait du cinéma  vraiment drôle. Un génie, ce type ! Quel dommage qu’il soit mort.

Bon, la boutique : pas mal, propre, fraiche et déserte, mais ce qu’elle vend c’est du déjà vu : le jeu de carte Toulouse-Lautrec, le porte-clés Origine du Monde, les sets de table Nymphéas, le foulard Déjeuner sur l’herbe et le slip de bain Autoportrait de Van Gogh. J’ai déjà tout ça.

Je n’ai plus qu’à rentrer chez moi, doucement, lentement, en pensant à toutes les belles choses que l’on peut voir à Paris.

Trois ou quatre jours plus tard, je suis allé au Louvre. Je vous le recommanderais  bien : il y a assez peu de monde, personne à l’Islam et si peu à la Grèce, et guère plus de soixante personnes à faire la queue pour se prendre en selfie devant la Joconde. Mais,  franchement, l’air conditionné, c’est pas ça !

Bon, à plus tard pour d’autres aventures…

 

Une réflexion au sujet de « Paris ! À nous deux (4) – Revisiter le Musée d’Orsay »

  1. Et oui c ´est le côté plein du verre: les chinois ont déserté Paris, l esplanade du Trocadéro est aussi déserte que pendant le confinement,les vendeurs à la sauvette ont disparu au pied de la dame de fer, les musées sont à nouveau accessibles…Pédalez vers celui de l architecture voir l exposition sur les trésors du fond photographique A.Kahn.
    Ce blog ayant dévie de sa trajectoire toute littéraire, je félicite notre diariste émérite pour sa conversion réussie en citoyen courroucé : nul doute que sa prose accablante de rigueur ait affole les édiles interpellés!Je sais d expérience que l espèce politique est très sensible au courrier des é- lecteurs.La bonne surprise c’est qu il reste donc des attachés qui savent lire plus des 140 signes formatés!
    Continuons le combat : chacun son feu rouge!
    À Montmirail c est comme d hab : lent et paisible…Mais j attaque l avenue P Doumer des mon retour à PAris…

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