Paris ! À nous deux !

Couleur café n°37

C’est la rentrée. Pour moi aussi. Comme un gamin à la rentrée, heureux de découvrir sa nouvelle école. J’ai repris mes traversées de Paris et la découverte de ses cafés et, sans être infidèle à mes lieux favoris, je procède plus systématiquement à la visite d’établissements qui me paraissent mériter un coup d’œil.

Café Delmas
Commençons par ce qui a été pour moi une inauguration après une longue fermeture qui ne doit rien à « la maladie » comme dit mon petit-fils.
Le bruit a donc couru que Le Delmas avait ré-ouvert. C’était vrai. Je me suis installé à sa désormais superbe terrasse qui fait face à la place de la Contrescarpe.
Le café a été rénové de fond en comble. Il a gagné en confort ce qu’il a perdu en charme exotique de vieux bistrot de la rue Mouffetard. Dais bleu marine somptueux qui abrite bien du soleil cette terrasse exposée plein sud et qui l’abritera de la pluie cet automne. Pour l’hiver, ce sera autre chose car les appareils de chauffage tout neufs installés en nombre au-dessus de ma tête devront rester éteints, parait-il. Décision de la Mairie, qui ne fait quand même pas que des conneries. Les tables, les chaises, les plantes vertes et les appliques, tout cela est de bon aloi. C’est un peu dommage quand même : on n’est plus dans le bistrot parisien mais définitivement dans le café chic de la Côte d’Opale. Après tout, pourquoi pas ? Ça change des fausses restaurations à l’ancienne, dont le léché fait plus penser à Disneyland qu’au Tord-Boyaux (dont le patron s’appelle Julot). La vue sur la place de la Contrescarpe, elle, est toujours typiquement locale, avec sa petite fontaine traditionnelle, ses deux réverbères, ses quatre marronniers et son clochard qui somnole sur une borne. Il n’y a que le panneau municipal qui dépare cette carte postale de Paris : un panneau jaune, bien jaune, couverts de graffitis, de deux mètres sur deux, qui annonce en noir aux piétons qu’ils sortent de la zone qui leur est réservée. La Mairie est de retour.
Je vous avais fait part un jour de mon inquiétude de voir se prolonger la fermeture de Delmas. J’anticipais une faillite, un rachat par une agence immobilière, le pire quoi ! Mais non, la serveuse m’apprend qu’au cours des travaux de rénovation qui étaient prévus pour trois mois, l’immeuble s’est affaissé. Il a donc fallu le conforter, ce qui a pris 18 mois de plus. Mais ça y est, c’est fini, c’est ouvert. Vous pouvez venir y repenser votre argent. Je vous aurai bien donné une photo du nouveau Delmas, mais j’ai préféré vous montrer celle-ci, celle de deux sœurs dégustant une glace au bord de la fontaine. J’ai trouvé que c’était plus joli.

La Tartine
Mon bistrot d’après, ce sera La Tartine. Malgré cette enseigne qui sent sa fin de XXème siècle, l’adresse, le décor, la patronne, tout cela semble parfaitement d’avant-guerre ou juste après. Ne vous y trompez pas, je ne veux pas dire que la femme au comptoir a mon âge, non, mais elle est parfaitement conforme à son environnement. De cet environnement, pas de la patronne, vous pouvez en juger par les photos ci-dessous.

Au Petit Suisse
Voilà pour La Tartine. Passons maintenant au Petit Suisse. Peut-être la clientèle de cet établissement est-elle plus intellectuelle que celle de la Tartine, mais le décor est tout à fait semblable et tout autant d’origine. Cela faisait des années (une soixantaine) que je passais devant le Petit Suisse sans y entrer : la terrasse trop étroite et bondée par beau temps, la salle trop sombre en contrebas, la mezzanine si étroite qu’on dirait un décor de théâtre. Vous souvenez-vous de ce film des années 60 de René Clément : « Paris brûle-t-il ? ». Le 25 août 1944, le jeune et beau G.I. Anthony Perkins venait y mourir sous une rafale allemande, ébloui de bonheur de se trouver enfin dans ce quartier latin de la ville de ses rêves. Et c’est en pensant à ce G.I. que je suis venu au Petit Suisse consommer un café-croissant.

Le Nemours
Pour une fois, me voici rive droite et voici pourquoi : j’ai décidé d’incorporer dans mon huitième chapitre du Cujas une scène qui se passe au Chabanais, la maison close la plus chic de Paris et des environs pendant trois quarts de siècle. Tels Fréderic Moreau et Deslauriers, mes héros Antoine et Georges parcourent Paris la nuit et font la fête. Un jour, ils se retrouvent devant le Chabanais et… enfin, vous verrez bien. J’ai donc voulu voir à quoi ressemblait ce Chabanais et sa rue du même nom. Oui, je sais que les maisons closes ont été fermées peu de temps après ma naissance, mais c’est l’immeuble que je voulais voir. J’ai vu. Ou plutôt, j’ai vu ce qui l’a remplacé. Sans intérêt…
Mon but était aussi de parcourir le quartier à la recherche d’une brasserie d’époque où mes deux héros pourraient étancher leur soif d’après Chabanais. Alors, j’ai traversé les Jardins du Palais-Royal, négligeant le Grand Vefour, trop chic et trop cher pour ce que j’envisageais comme rencontre. J’ai passé les colonnes de Buren et leur lot de touristes (il en reste) perchés dessus pour la photo, et me voici devant la Comédie Française, en plein soleil. Et si vous faites comme moi, vous y trouverez Le Nemours, dont voici la photo. Décor parfait pour la scène que j’envisageai. Vous verrez. J’ai donc adopté le Nemours, sans pouvoir m’y arrêter : aucune table libre.

Le Fleurus
Et maintenant, il est 11h30 (du matin) et j’achève mon deuxième café au Fleurus. Café-tabac que j’ai fréquenté un temps pour son billard électrique aujourd’hui disparu (que sont mes amis devenus ?). Son décor des années 50 vient d’être repeint à l’identique, tout beau, tout clinquant. La clientèle est faite d’habitués qui semblent être de la même époque que le décor. 1952, me confirme le patron. On y est bien pour écrire. C’est ce que je viens de faire pendant une heure.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.

Ah, si ! J’allais oublier :

Le Procope
Peut-être le plus ancien restaurant de Paris, un des plus jolis.
Peut-être aussi le plus mauvais.

Café Delmas – 2 place de la Contrescarpe
La Tartine – 24 rue de Rivoli
Au Petit Suisse – 16 rue de Vaugirard
Le Nemours – 2 place Colette
Le Fleurus – 2 rue de Fleurus
Le Procope – 13 rue de l’Ancienne Comédie

 

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