Journal de Campagne (17)

Journal de Campagne (17)
Mercredi 1er avril 2020 – 16h47

Favorisée par cette période de crise et par l’anxiété qui en découle, cette année, on peut craindre que des poissons d’avril contaminés n’arrivent en masse sur les étals de nos marchés et que, pour ceux qui les ingurgiteront, le goût n’en soit amer.

Attention, ne pas confondre — NPC ! écrivait en gros sur le tableau vert mon prof de mathématiques, qui aimait bien les acronymes — ne pas confondre un poisson d’avril et une blague.

Depuis des semaines, les blagues sur le Coronavirus foisonnent et circulent librement. Et c’est un bien, parce que, qu’elles soient drôles ou minables, les blagues sont nécessaires pour traverser les temps difficiles. Tant que des blagues tournent, tant que l’on fait preuve d’un peu d’humour en les racontant ou en en souriant, c’est que le fond n’est pas atteint. Je ne crois pas du tout à cet aphorisme, attribué à une bonne demi-douzaine de personnalités, selon lequel L’humour est la politesse du désespoir. C’est une jolie sentence, bien équilibrée, avec juste ce qu’il faut d’oxymore pour paraitre pleine de sens. Mais allez donc demander à un vrai désespéré s’il lui reste de l’humour. « Allons, allons, mon vieux. Ne vous jetez pas dans la Seine ! Prenez donc la vie avec un peu d’humour, que diable ! » Il semblerait que Charlie Chaplin ait dit que l’humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d’esprit. Cet aphorisme un peu laborieux n’est ni élégant ni drôle — le talent de Chaplin était ailleurs — mais pour moi il exprime bien la fonction de l’humour ou plus exactement l’un de ses effets : la survie, la santé mentale. En des jours comme aujourd’hui, l’humour, les blagues sont d’utilité publique. Elles sont un traitement de l’anxiété, et sans contre-indication qui plus est. Leur absorption n’est pas dangereuse car elles ne cherchent pas à être prises pour la vérité.

C’est tout le contraire pour le poisson d’avril, où l’art de son concepteur consiste à créer une information qui soit à la fois crédible par le premier imbécile venu — vous, moi — et comiquement fausse, de manière à faire rire de ce même premier imbécile. Dans des temps normaux, ceux où nous sommes entrés depuis quelques années et où il est interdit par le nouveau consensus de dire ou faire quoi que ce soit qui puisse heurter les sentiments ou les croyances — don’t hurt my feelings — de qui que ce soit sur cette terre, il est même étonnant que cette coutume subsiste et qu’elle n’ait pas été proscrite au même titre que le bizutage et les histoires de blondes. Donc le poisson d’avril reste autorisé. Mais, dans le cadre de l’État d’Urgence Sanitaire, je trouve que nous serions bien avisés de l’interdire.

On a bien assez de fake news comme ça ! Même si c’est pour rigoler. Car il y aura toujours des gens pour les croire.

Et maintenant, en passant, une petite nouvelle véritable, tirée de l’excellent TTSO :

L’Imperial College de Londres publie une étude quantifiant l’impact en termes de vie sauvées par les mesures de confinement. En France, le « on-reste-à-la-maison » aurait déjà permis d’éviter 2 500 morts et en Europe son impact sur les onze principaux pays est évalué à entre 21 000 à 120 000 vies sauvées. On a tous besoin de se remotiver en ce début de 3e semaine… on s’est dit que ces chiffres pourraient aider.
Selon la même source, près de 3% de la population française a déjà été infectée par le virus, soit plus de 2 000 000 personnes vs 45 000 cas positifs reportés.

 

5 réflexions au sujet de « Journal de Campagne (17) »

  1. Que nenni!
    Bizarre cette impression de participer à un bal masqué…
    Cette remarque trahit mon peu d usage des réseaux dits sociaux, chantres du pseudo!
    Mais c est bien aussi cette partie de colin maillard.

  2. Bien sûr que non chère Lady Lariégeoise, votre cas ne saurait être aggravé car tout est pardonné à une Lady, en tout cas par un gentleman, une autre gentlelady (ça c’est moins sûr) ou un roi, tout comme par Racine très susceptible quant à l’usage fait de ses vers.
    J’espère ne pas vous avoir offensée.

  3. Pour qui Sont ceS SSerpentSq qui Sifflent Sur noS têteS…!
    La Lady rétoquee!( un accent intempestif échappé du clavier .aggrave t il mon cas cher Jim?

  4. Oh la la la, Oh my God chère Lariégeoise! Une ou un George anglais ne prend pas de S à la fin de son nom. George Eliot ou n’importe lequel des King George seraient offusqué par cette francisation de leur nom, mais ils vous pardonneraient certainement parce que vous êtes une Lady.

  5. Pile à l heure aujourd hui le JDC
    Qui à ma grande surprise devient un atelier d écriture , sous la férule ,de notre Maître à tous Philippe; le thème du mois étant « à la recherche du temps qui reste… »
    Mais deux observations : ces commentaires avisés gagnent en intensité dramatique et leur lecture assidue reduit drastiquement le temps consacré à la préparation d un repas mitoné;
    Surtout je me fais l effet d etre une intruse dans un club anglais par la qualité de ses intervenants et leurcaractère très majoritairement masculin.
    Où sont les femmes?
    Certes je lis un roman de Georges Eliot :LA Georges Sand anglaise géniale de l époque victorienne.
    Mais que diantre Marlène est la qui veille sur notre feminitude: alors les filles demain à vos claviers…

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