Journal de Campagne (7)

 Journal de Campagne (7)
Dimanche 22 mars 2020 – 16h47

Hier, temps de chien : pluie à l’aurore, froid et vent tout le reste de la journée. C’était le moment d’essayer d’arriver avant la nuit à ce fameux bout du Voyage, mais non. A part la rédaction de ce billet, je n’ai pas fait grand chose : j’ai vu pour la deuxième ou troisième fois quelques épisodes de la série « The Big Bang Theory » qui me fait toujours autant rire à chaque fois, et j’ai commencé sur Netflix le visionnage (?) du film Troie. Grand spectacle, grands mouvements de nefs et de guerriers dès le début. Bien fait, tout ça. Mais Achille se bat un peu trop comme on le fait dans ces détestables films de combat chinois. De façon originale et intéressante, les hommes, et surtout Achille, n’y sont pas montrés manipulés par les dieux comme dans Homère, mais mus (mému ?) par le souci de leur gloire : laisser un nom pour l’éternité. Ceux qui se souviennent de l’Énéïde se rappellent aussi qu’Achille aux enfers regrettera beaucoup de s’être laissé emporter par sa Colère. Comme pour mes livres en cours, je n’en suis qu’à la moitié de Troie (un virgule cinq ?). Mais déjà, j’ai pu me rendre compte combien Brad Pitt est un mauvais acteur, avec ses narines de petit cochon et sa moue supposément sensuelle.

*

Avant-hier, nous sommes allés faire des courses au Leclerc du rond-point. Par ici, à la Campagne, on ne dit pas qu’on va au Leclerc du coin (il n’y a pas de coins) mais au Leclerc du rond-point.
Le parking était vide aux deux tiers. Y aurait-il eu plus d’une caisse ouverte qu’on aurait même pas attendu. Les courses de tous ces gens paraissaient à peine plus importantes qu’en un vendredi ordinaire. Au milieu de rayons normalement fournis, de calmes clients poussaient calmement un seul caddy. Nul regard anxieux vers les rayonnages de pâtes ou de course effrénée vers ceux du papier toilette. Nulle dispute devant les étals de café, nulle bousculade devant les produits laitiers.
Très peu d’entre les chalands étaient équipés de masques. Quelques élégantes avaient remonté leur foulard devant leur visage. (Non, Madame, ce que j’ai dit l’autre jour quant à l’utilisation des foulards Hermès pour confectionner des masques de protection, c’était une fake-news. Vous n’aviez pas vu la note de bas de page ?)

N.B. D’après les témoignages entendus et vus, il semble que ce calme et cette distanciation sociale ne soir pas respectés partout, loin de là. Le problème, c’est que le nombre de non-comprenants reste constant quelles que soient les conditions de température et de pression.

*

Ces derniers jours, il s’est mis à faire beau. Et aussitôt, l’on a entendu rugir les tondeuses autotractées, tousser les tondeuses autoportées, hurler les débroussailleuses à fil, grincer les taille-haies à moteur thermique et aboyer les chiens que ce tintamarre énerve.
Parce que c’est aussi cela la Campagne. Ce n’est pas que le merle moqueur, le geai sarcastique, l’âne brailleur, la taupe sournoise, la vache mugissante et le vent dans les branches de sassafras. C’est aussi l’herbe qui pousse, les orties qui prolifèrent, les thuyas qui exultent, les tracteurs qui tractent et les tondeuses qui tondent. Faut s’y faire. Mais pour ça, il y a le temps.

Et puis hier, il a plu. Alors, avec le temps (qu’il fait) tout cela s’est calmé.

*

Et le bûcher ? Ça avance ?
Voyez vous-même:

*

Et demain matin, à 7h47, nous recevrons tous une belle lettre de Venise

EN ATTENDANT, NOM DE DIEU, RESTEZ CHEZ VOUS !

 

Et je rajoute cette image en illustration du commentaire de Paddy qui vient d’arriver :

 

4 réflexions au sujet de « Journal de Campagne (7) »

  1. Journal de PAris
    Silence sépulcral ( si si) les deux églises, la catholique et la protestante sont closes, les fidèles sont confinés et seuls les toutou promènent leur maître.
    Chez nous grosse animation informatique pour installer Zoom une version snob de Skype, le Rv de 16 hà foire au début car nous les parents , objets de la sollicitude de nos chéries , étions muets et invisibles : enfin la liaison fut établie : mines blafardes, mais échange fructueux sur la campagne normande déserte, PAris sans vélo , et les areuh ar euh d Irene hilare( (a 6 mois, le confinement n est pas anxyogene).
    On a disserte sur les courbes, avec 2 hyper matheux dans la famille , on ne plaisante pas avec les stats!.
    ET puis la bientôt le rituel : apéro et clap clap sur le balcon à 20h pour la catharsis nationale.
    Voilà une journee bien remplie…
    6 jours seulement…

  2. A tout hasard, je me risque à quelques recommendations de lecture, ou de relecture plutôt compte tenu du haut niveau culturel prouvé des lecteurs du JDC.

    La première, présentée sur un mode culinaire (très à la mode!) avec un chef, mais quel chef! Gabriel Garcia Mãrquez, prix Nobel de littérature tout de même (un Nobel viendra aussi un jour pour un chef cuisinier, vous verrez!), avec au menu, un plat du jour et surtout de saison qui serait « L’amour au temps du choléra », magnifique roman plein de finesse, d’amour et d’optimisme. L’incipit de ce roman, car les incipits de Garcia Mãrquez sont réputés (j’en connais un au moins qui est amateur d’incipits): « C’était inévitable: l’odeur des amandes amères lui rappelait le destin des amours contrariées ».

    Par ailleurs, du même Garcia Mãrquez, un roman très court et haletant: « Chronique d’une mort annoncée ». Son incipit est d’une pressante invitation: « Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s’était levé à cinq heures et demi du matin pour attendre le bateau sur lequel l’évêque arrivait. » Dès la première ligne, on sait donc ce qui arrivera au héros. C’est pas grave, le suspense est ailleurs.

    Enfin, si vous n’êtes pas rassasiés de Mãrquez, je suggère un roman plus ancien, un peu anachronique en comparaison des deux autres mais passionnant autant que je m’en souvienne: « Cent ans de solitude ». Et encore un incipit comme il en faut: « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’avait emmené découvrir la glace ».

    Peut-être aurais-je dû présenter ces trois romans dans l’ordre inverse: solitude, amour et choléra, mort annoncée. Après tout, non! Trop défaitiste!

    Une autre recommendation serait pour Albert Camus, d’abord parce que cette année est le soixantième anniversaire de sa mort en 1960, ensuite parce que ses romans sont à relire régulièrement et dans l’air du temps actuel, au moins les classiques, L’étranger, La peste bien sûr, La chute, et surtout Le premier homme, chef d’oeuvre littéraire, autobiographique, inachevé au moment de sa mort et dont la partie publiable ne le sera qu’en 1994 par sa fille. Je lui emprunterai ici une phrase dont j’ai changé un mot pour l’adapter à la situation présente: « le confinement (en remplacement de la misère) est une forteresse sans pont-levis ». Et à propos de pont levis, voici une citation du poète René Char, grand ami de Camus il se trouve, qui dit « L’esprit du chateau fort, c’est le pont-levis ». À méditer!

  3. Dans ton bestiaire tu as oublié le coq Maurice, si cher aux parisiens, que la justice a récemment autorisé à continuer de chanter …

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