Journal de Campagne (6)

Journal de Campagne (6)
Samedi 21 mars 2020 – 16h47

Je n’arrête pas de dire et de répéter : « Il y a le temps ».

Mais en fait, non. Il n’y a pas le temps. La preuve :

Dans notre fuite sur la route de Varennes, j’avais emporté quelques livres : Voyage au bout de le nuit, dont il me reste à lire le dernier tiers, depuis deux mois, Des Inédits de Proust, dont le titre exact m’échappe et dont le premier tiers ne m’a pas vraiment séduit, Une Machine comme moi, de Ian McEwan, en panne depuis le début de la seconde moitié, Intelligence artificielle, la nouvelle barbarie, de Marie David, au même stade que le précédent, La correspondance d’Albert Camus et Maria Casarès, non déballé, et Pourquoi écrire, de Philip Roth, oui au fait, pourquoi ?

Eh bien, depuis le 16 mars, aucun de ces livres n’a bougé de son étagère. Pas le temps, vous dis-je. Pas le temps ? Ou pas l’envie ?

*

Aujourd’hui, il pleut, mais il y a deux jours, j’ai profité d’une persistante et étonnante absence de pluie et de vent pour brûler quelques archives de mes parents et de mes beaux-parents. Des années de déclarations d’impôts et de correspondances avec les caisses de retraite. Ça m’a fait tout drôle de voir brunir, se tordre et s’enflammer des centaines de formulaires, de bordereaux, d’incompréhensibles notes manuscrites qui ont représenté tant de temps passé et de temps perdu. J’en ai profité pour brûler aussi un peu des miennes. Ça m’a fait encore plus drôle.

*

De temps en temps, je range une demi-douzaine de bûches. Mais, pour ça, il y a le temps.

 

 

 

*

Peut-être n’avez-vous pas vu mon commentaire de ce matin, posté sur le Journal de Campagne d’hier. A tout hasard, le voici à nouveau :

Six commentaires ! Suffisait-il donc de solliciter ? Merci à tous ceux qui ont pensé à nous donner à tous de leurs nouvelles, à nous faire part de leurs observations, à dire qu’ils lisent au moins ce journal-là.
Bonjour Lariegeoise, ça faisait un bail qu’on ne vous avait pas vue par ici.
Hi, Paddy ! toujours fidèle, actif et volubile.
Bienvenue Lorenzo ! Que tes vœux de partage soient exaucés. Il ne tient qu’à toi.
Ave ! Guy et tes commentaires avisés.
Hello Jim ! Nous sommes avides de nouvelles de Bretagne.
Hello myself !

Mais j’attends maintenant des nouvelles, des chroniques, des brèves, des flashs, des cartes postales venant des régions où sont actuellement les amis, les parents, la famille, ceux qui ne se sont pas encore exprimés… le Var, la Californie, le Cantal, Paris, la Marne, l’Espagne, l’Aisne, les Bouches du Rhône et pourquoi pas, oui pourquoi pas, le Canada…
Peut-être la prochaine édition du Journal de Campagne leur en donnera-t-elle l’occasion ?

Et pour finir :

— C’est chouette de savoir qu’en restant à la maison, je suis en train de sauver des vies ! 
Cartoon copié sur le site POLITICO
First published in Le temps, Switzerland, March 17, 2020 | By Chappatte

 

9 réflexions au sujet de « Journal de Campagne (6) »

  1. PS) en ce qui concerne ta proposition d’utiliser l’alcool à brûler pour allumer le feu, c’est strictement impossible : nous le buvons à l’apéritif.

  2. merci Philippe
    J’admire ton sens du bricolage et je comprends un peu mieux aujourd’hui les motivations surprenantes de ta compagne. Cela dit, il semblerait que les informations minimales n’arrivent pas dans ta retraite arriérée comme tu me l’as souvent rappelé avec une infinie tristesse. Apparemment, tu reçois internet mais tu n’as pas l’air de savoir que les plages de l’ouest de la France sont interdites exclusivement aux parisiens qui apportent du continent le virus maléfique (si, on peut le dire comme ça même si c’est désobligeant pour mes ancêtres). Afin d’apporter des informations contradictoires à certains iliens rétrogrades, j’ai constaté ce matin qu’au moins deux rétais volontaires pour le travail obligatoire, la caissière du Leclerc et l’assistant fort sympathique de la pharmacie, venaient de La Rochelle et apportaient aux aussi tous les jours leurs microbes du continent. Dont acte.
    Accessoirement, tes propositions de remplacement du petit bois par des objets non identifiés ramassés sur les plages revenues comme tu n’as pas l’air de le savoir à leur état primitif, c’est à dire envahie par des animaux dont je ne connais même pas le nom, n’est guère pragmatique. Mon épouse et moi-même, soucieux de maintenir une conversation constructive, avons décidé de te donner une deuxième chance.

    PS j’ai scié une bûche de 50 cm pour faire du petit bois. Non seulement c’est fastidieux et fatigant, mais en plus c’est vachement dangereux pour un natif du XIII eme arrondissement qui s’est juré de ne jamais recommencer.

  3. En réponse à Lorenzo : à ta place, pour le petit combustible, j’irais en douce sur la plage ramasser des épaves de palettes, des morceaux de filets en plastique, des pare-battages dégonflés, des morceaux de piquets ostréicoles, du bois flotté. Ça brule mal, (si ça ne brule pas du tout, en faire de très jolis objets décoratifs qui feront l’admiration des alentours et au delà), ça fait beaucoup de fumée, mais au moins ça a pour effet de nettoyer les plages. On peux aussi bruler ses archives, ses écrits, ses photos argentiques (ça, ça brule bien) ou même ses meubles cassés en petits morceaux tout comme M. Palissy aussi. On peut aussi bruler ses espadrilles (mais je ne sais pas si on porte des espadrilles à Ré) ou sa veste Barbour (Quand elle est huilée comme il se doit, c’est un très bon allume-BarBQue). Le breton prudent, lui, quand il fait ses courses pense aussi à rapporter au foyer (!) le plus de cageots de bois qu’il peut trouver chez Monsieur Leclerc ou Monsieur Auchan. Maintenant, le vrai secret, c’est d’utiliser au démarrage un quart de verre d’alcool à bruler. Pas de l’essence, hein, à moins d’être bien assuré et d’habiter près de l’Hopital des Grands Brulés de Lyon. J’ai bien dit de l’alcool à bruler.
    Question suivante ?

  4. Question intéressée. J’ai admiré le volume de ton stock de bûches. J’en ai hélas beaucoup moins que toi mais je te pose néanmoins la question la plus importante qui tombe chez nous quand la nuit tombe aussi : comment fais-tu, ou faites vous, pour allumer votre feu sans petit bois? Parce que nous, nous avons encore des bûches mais plus de petit bois. Si tu ne connais pas la réponse, j’espère que des participants au blog pourront m’apporter une solution rapide car il est déjà 19 heures et on commence à se les cailler menu.
    Merci
    Lorenzo dell’Acqua Gelata

  5. Mais non, le correspondant de la Marne (et non de l’Aisne, même si nous ne sommes qu’à un jet de stylo), ne souhaite pas de pseudo. Je voulais juste faire dès l’accroche une blague, visiblement ratée, sur la pénurie de masque qui allait constituer le fil blanc de mon commentaire…

  6. En voilà des commentaires ! Et des vrais !
    Bonnes nouvelles du Golfe du Morbihan et superbe plaisanterie bretonne !
    Retour aux sources rue de la Tour, mais défense d’y bruler des archives. Pour ce qui est des pourcentages par tranche d’âge, je ne sais plus quel anglais disait : “Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques”.
    Quant à mon correspondant de l’Aisne, s’il souhaite changer de pseudo pour être plus anonyme et libre de sa plume, c’est une chose que je dois pouvoir faire. Sur demande.
    Je ne sais pas pourquoi, mais de temps en temps, l’imprimeur du JdC supprime une image. Ce n’est pas de la censure, mais de la technique. Ça a été le cas quelques minutes pour cartoon publié. J’espère que vous ne l’avez pas raté. Il est maintenant rétabli.

  7. Impossible, nous ressasse-t-on sans cesse dans le ressac sans laisse de la TSF, d’avancer masqué : pas de pseudo, donc.
    Bien aimable à toi, cher Philippe, de nous inviter à combler par nos contributions, chroniques, nouvelles et autres calembredaines, ton stock aux marges de l’épuisement qui nous comble pourtant depuis tant et tant de matins et de soirs. Nous n’avons malheureusement ni ton imagination, ni ton talent, ni ta faconde, ni ces années de matinées calé dans les cafés, ni ces ateliers où l’artisan que tu es a façonné, semaine après semaine, sa pensée, son style et sa façon.
    Nous n’avons pas cette culture passée au tamis de ton œil avisé qui te fait considérer grandement par les professionnels dominicaux du (excuse-moi, il n’y en a plus) et la plume sur France Inter.
    Nous n’avons de commun que l’angoisse de la page blanche que toi seul sais surmonter (oserais-je écrire « masquer » ?) par des artifices de professionnels qui, épatés par le succès de leur premier livre (ou devrais-je dire opus ?) n’ont de cesse de solliciter des avances sur recettes comme des sucettes pour leur inspiration.
    Bon, j’en suis à combien de signes, là ? Ça devrait le faire, non ?
    Alors, je conclus : depuis le premier numéro de ton journal de campagne, je creuse, je racle, je gratte, je fouille, mais je te le dis sans masque : obéissant aux injonctions des plus hautes autorités de la République, mon cerveau est purement, simplement et servilement confiné.

  8. Bonjour à Tous,
    Ici en Bretagne, j’ai honte de l’avouer, le confinement est tout à fait supportable, « so far »! Hier matin, jour du marché sur la place du village, on aurait cru regarder une photo, la population totalement figée et dispersée avec chaque individu à une distance respectable des autres, tous s’observant le regard en coin, et devant chaque magasin autour de la place (maison de la presse, pharmacie, boulangerie, etc) une file indienne, étirée comme un élastique, avec deux personnes à la fois admises à pénétrer ces lieux devenus subitement tant désirés. Un sondage récent informait que 96% des français approuvaient les mesures de confinement imposées par l’exécutif. Je dirais volontiers que ce sondage s’applique aux bretons. Et pourtant, je l’ai écrit hier, le confinement n’est visiblement pas encore toléré à 100% ici en Bretagne, ni même à 96%, comme ailleurs d’où la frustration de l’exécutif et des professions médicales expertes en épidémiologie. Qui sont les contrevenants? Certains sont les habituels libertaires bretons. « Breihz Atao »! Mais il y a aussi les « visiteurs », certes amoureux de la Bretagne et de son air du large, mais devenus ici libertaires eux aussi. Attention! Ceux qui sont venus dare-dare de Paris, genre bobos écolos, envahir les îles bretonnes risquent fort de se voir rejeter à la mer. Les iliens bretons n’aiment pas partager leur confinement géographique. Un peu comme les corses.
    Notre femme de ménage, chère Morgane, bretonne, a adopté le télétravail. Elle nous appelle le matin de chez elle et nous dit ce qu’il y a à faire.

  9. i je confirme : la lecture est quasi tâche impossible eT si j en juge par les échanges avec mes filles, l activité ménagère eT cuisinière l emporté haut la main…avec des essais variés de tagliatelles maison , nécessitant un grand ménage après la machine ayant eu des ratés; de souffle au fromage tout aussi perilleux, bref on revient aux fondamentaux pour cette génération super diplômée , qui dans son grand desarroi me demande des recettes : pour qui me connaît….
    Le conjoint , a eu le même réflexe que toi Philippe : des sacs d archives familiales attendent le grand feu à la campagne .
    Mais j ai de la chance moi : j ai un mari curieux qui me tire régulièrement les pourcentages de décès dans notre tranche d âge… si j ai bien compris , j ai plus de chance que gagner au loto ..à demain ?

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