Trois femmes – Critique aisée n°191

Critique aisée n°191

Trois femmes
Catherine Anne
Catherine Hiegel, Clotilde Mollet, Milena Csergo
Théâtre Le Lucernaire (dernière représentation le 5 Janvier 2020)

 Comment ? Dernière représentation le 5 janvier 2020 ! Mais nous sommes déjà le 6 ! Alors à quoi bon nous donner la critique d’une pièce que nous ne pourrons de toute façon pas voir avant son hypothétique reprise en novembre 2023 à l’Alcazar de Rodez ou à l’Espace André Lejeune de Guéret (dans la Creuse) ?
C’est la question que vous vous posez probablement en ce moment même.

Ma réponse pourrait être : « Oui ! À quoi bon ? » ce qui permettrait au moins d’arrêter là la discussion. Mais moi, j’ai un article à faire. Il fait bien que je publie quelque chose en ce lundi matin. Alors pourquoi pas la critique d’une pièce que personne ne verra probablement plus ? Et puis, moi, j’ai investi dans l’achat d’une place de théâtre, en fait deux. Il faut bien que j’en sorte quelque chose. Vous croyez peut-être que je vais au théâtre pour mon plaisir !

Et n’oublions pas le texte d’hier « Au Lucernaire » qui, il faut bien l’avouer, ne présente pas d’autre intérêt que celui d’annoncer cette 191ème Critique aisée.

Donc, Trois femmes.

La première (Catherine Hiegel), c’est Madame Chevalier. Elle a sans doute plus de 80 ans. Elle est fatiguée et marche difficilement. Elle vit seule dans un grand appartement dans un beau quartier de Paris. C’est une bourgeoise, peut-être même une grande-bourgeoise. En tout cas, les moyens ne lui manquent pas.

La deuxième (Clotilde Mollet), c’est Joëlle. Je n’ai pas retenu son patronyme, si elle en a un. Elle doit avoir une petite cinquantaine. Veuve, elle vit en banlieue dans un pavillon, avec son compagnon, Ahmed, qui travaille sur les chantiers, avec sa fille, qui s’appelle aussi Joëlle, et avec sa petite fille (Chloé, je crois, mais vous savez, moi, les prénoms…).

La troisième (Milena Csergo), c’est Joëlle, la fille, enfin la mère de Chloé, la fille de sa grand-mère Joëlle. Joëlle, elle, elle est au chômage. Ça ne l’empêche pas de chercher du travail, désespérément. Mais elle a du mal et se révolte, parfois, contre son sort et contre la société. Elle a 28 ans, sans doute.

Joëlle, la mère de Joëlle, longtemps au chômage, vient d’être embauchée comme auxiliaire de vie par la fille de Madame Chevalier, Geneviève Tricard-Chevalier, héritière et présidente du Groupe Chevalier. Geneviève est aussi la mère d’Amélie, jeune femme de 28 ans, probablement. Mais Madame Tricard-Chevalier est fâchée avec sa mère, Madame Chevalier. Elle lui a interdit de voir sa petite-fille Amélie depuis vingt ans. Alors Madame Chevalier est fâchée contre sa fille, amère. Elle ne veut pas de l’aide de cette aide parce qu’elle vient de sa fille. Mais tout ça va s’arranger quand Joëlle, la fille, va se faire passer pour Amélie auprès de sa grand-mère, Madame Chevalier ! Suivez, bon sang !

Bon, j’ai l’air de me moquer comme ça, mais c’était juste pour jouer avec les mots. Je vous assure, c’est une bonne pièce, et je ne dis pas ça tous les jours. C’est une bonne pièce, tout d’abord grâce à l’interprétation. Catherine Hiegel, plus de trente ans de Comédie Française, est à la fois drôle et méchante, émue et glacée, généreuse et pusillanime, sympathique et détestable dans ce rôle taillé à la mesure de son âge (bien que Catherine n’ait que 73 ans, mais vous savez, les comédiennes…).

C’est, je crois, le premier rôle de Milena Csergo. C’est une jeune actrice solide et puissante, certainement capable de jouer des tragédies. Dans cette comédie dramatique, elle campe très bien un personnage un peu convenu de jeune mère célibataire raisonnablement révoltée.

Dans cette pièce, les trois rôles sont d’égale importance, mais celui qui m’est apparu comme le plus original et paradoxalement le plus fort, c’est celui de Joëlle, l’auxiliaire de vie. Dévouée envers sa fille, son « homme » et sa patronne, courageuse, meurtrie, gaie, heureuse de son sort, capable de violence, le personnage est d’une telle humaine banalité qu’elle est en fait, sur le plan théâtral, le personnage le plus original de la pièce. Il est fortement interprété par Clotilde Mollet.

Si le fil de la pièce est à peu près prévisible, cela ne gène en rien l’intérêt que l’on prend à la suivre. Intrigue prévisible sans doute, mais sans jamais tomber dans le cliché ni les stéréotypes que l’on pouvait craindre avec de tels personnages.

En bref, c’était bien. Dommage que vous ne puissiez plus la voir. Un jour, à Guéret, peut-être…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *