Les Indésirables (Critique aisée 37)

Les emails d’alerte « Les nouveaux radars routiers sont cancérigènes« , les rumeurs « Sarkozy était le premier amour de Ségolène« , les bouteillons « Pour ne plus payer d’impôts, changez de nom« , les « Faites tourner, c’est important !« , les « Il faut que les gens sachent! » , les « Il est temps que ça cesse!« , les « on nous dit rien« , les « on nous cache tout« , les théories de complots des grands contre les petits, des brunes contre les blondes, de Paris contre la Province, des verts contre les bleus, des ronds contre les carrés, et autres perpétuelles, permanentes paranoïas pathétiques, je n’en peux plus.

Avec ce genre de produit, Internet a remplacé la conversation de café du commerce, la brève de comptoir, celle que l’on dégustait le matin au zinc entre un résultat de football et un avis météorologique. La brève de comptoir, si elle n’était pas toujours de bonne qualité, pouvait avoir pour excuse d’être spontanée, orale, éphémère.
Mais, la dernière idiotie que j’ai ouverte ce matin sur mon PC, je ne peux m’empêcher de penser qu’elle a été conçue, écrite et propagée par quelqu’un, ce qui la prive de l’excuse de la spontanéité et, pire encore, que l’ânerie en question, qui très vraisemblablement nous vient du passé, sera récurrente, car, produite il y a quelques années, oubliée le temps qu’elle fasse le tour du monde deux ou trois fois, elle nous reviendra bientôt réactualisée en plein dans l’écran.

Je me demande souvent quelle est la motivation des auteurs et épandeurs de « hoax« .
Le désir de faire le malin: « On ne me la fait pas à moi, je sais que rien n’est vrai ni ce qu’il parait être » ?
La paranoïa: « Rien de ce qu’on nous dit n’est vrai et tout est fabriqué pour nous exploiter » ?
La crédulité: « Je l’ai vu, (ou lu ou entendu) quelque part. Donc c’est vrai. » ?
Le désir de nuire à une personne, à un groupe: « Je sais bien que ce n’est pas vrai, mais j’y vais quand même, car il en restera toujours quelque chose » ?

Hier encore, je consacrais du temps à démentir les rumeurs les plus idiotes. En fait, c’est assez facile: quelques coups de Google suffisent généralement à démonter le hoax le plus tenace. Mais, vu la quantité, ça finit par prendre du temps. De plus, comme dit Brandoloni, cité récemment par je ne sais qui dans Causeur, un blog qu’en passant je vous recommande, « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter une connerie est sans commune mesure avec celle qui a été utilisée pour la produire.« 

Alors, j’arrête. Dorénavant, j’accepterai sans réagir toutes les absurdités, bêtises, boniments, calembredaines, fakes, hoaxes, on-dit, potins, quonneries, révélations, sornettes, stupidités, secrets, zidioties que l’on voudra bien m’envoyer. Je ne maudirai plus ceux qui bouchent ma boîte avec leurs résidus. Je ne leur donnerai plus de leçon de scepticisme. Je n’irai pas jusqu’à participer à la propagation de la pandémie, non, pas encore, mais je cesserai de tenter de la ralentir.
Je les ferai passer directement dans la petite case de ma boîte email que Outlook a poliment appelée « Indésirables« 

3 réflexions au sujet de « Les Indésirables (Critique aisée 37) »

  1. Quoi?
    Cela ne t’intéresse pas de savoir que Zahia a encore prise trois tailles de soutien gorge, que la France est sûre de gagner la champion’s league (si, si, juré), que Michelle Obama est ma maîtresse de Brad Pitt, ou qu’il existe un moyen de perdre 18 kgs en 4 jours sans jamais les reprendre?
    Honte à toi!!!

  2. Chouette ,je savais que tu n’appréciais pas tous ces bouteillons qui servaient de défouloir aux mécontents du suffrage universel et autres (temps,grèves,etc….)tu vas donc en faire une compilation dans une rubrique de ton blog,ou l’on pourra y trouver substance pour combler nos frustrations.
    Merci

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