Frankie – Critique aisée n°170

Critique aisée N°170

Frankie
Ira Sachs – 2019
Isabelle Huppert, Pascal Greggory, Brendan Gleeson, Jérémie Renier, Marisa Tomei, Greg Kinnear

Vous connaissez l’importance que j’attache aux critiques du Masque et la Plume. Ça fait maintenant des années que je vous en rebats les oreilles. L’avantage de cette réunion hebdomadaire de journalistes spécialisés, c’est que les avis s’y confrontent, qu’ils s’y opposent, parfois vivement, et qu’avec un peu d’habitude, cela vous permet de faire votre marché. Par exemple, une analyse rapide des avis de Xavier Leherpeur, Eric Neuhoff, Jean-Marc Lalanne et Pierre Murat sur le dernier film de Xavier Dolan suivie d’une subtile synthèse vous permettra de vous décider à aller le voir ou non. Alors quand ces quatre-là sont unanimes, vous vous dites que vous pouvez y aller de confiance. C’était le cas pour Frankie, le dernier film dans lequel apparaît notre Isabelle Huppert. Le fait que Télérama ait apposé à côté du titre son petit bonhomme tout sourire ne m’ayant pas dissuadé, je suis retourné dans la salle de mon enfance, l’Escurial, pour voir Frankie, ce « magnifique film choral« , tout en « délicatesse » et en « mélancolie » et tout à la gloire de notre plus grande actrice nationale, « magistrale » comme souvent.

Françoise (Frankie) est une star française du cinéma international. Malade et condamnée à court terme, elle réunit autour d’elle à Sintra quelques proches pour y passer ses dernières vacances. Il y a là un mari et un ex-mari, tous les deux éplorés, un fils insatisfait, une belle-fille en rupture de couple, une coiffeuse affectueuse, un opérateur de cinéma amoureux, une jeune fille afro-britannique à la découverte des garçons, un jeune et beau guide et un adolescent musclé, tous les deux portugais. Il y a aussi un bel hôtel, une ou deux belles maisons, de très beaux paysages, le tout très bien photographié. L’histoire, s’il y en a une, se disperse en scènettes indépendantes où le scénario rassemble les différents personnages, en général deux par deux selon toutes les combinaisons possible : Frankie et son ex, Frankie et son mari, Frankie et son fils, le mari et l’ex, la coiffeuse et le chef opérateur, le chef opérateur et Frankie, le guide et l’ex-mari, la jeune-fille et sa mère, sa mère et son mari, Frankie et sa coiffeuse, sa coiffeuse et son fils, la jeune fille et le petit musclé… A part le plaisir de quelques rares moments émouvants et de quelques belles photographies, on s’ennuie assez vite.

Depuis Coup de torchon (1981), je suis un admirateur presque inconditionnel d’Isabelle Huppert. Mais ici, la double star du film — car Huppert est une star et joue une star — donne dans un registre sobre, tellement sobre que l’on peut se demander si son personnage n’est pas déjà mort. Elle a — ou bien Sachs lui permet — quelques éclairs : l’éclair hollywoodien de la scène d’ouverture, et l’éclair d’émotion et de réserve dans une scène — trop longue par ailleurs — d’anniversaire. Le reste du temps, pâle, monocorde, figée, elle n’est presque plus là.

Cette coproduction franco-portugaise, tournée au Portugal avec des comédiens français, américains, portugais, irlandais, anglais m’a fait réaliser une fois de plus l’énorme différence qui existe entre les comédiens anglo-saxons et les comédiens européens, surtout quand ils tiennent des seconds rôles. Sauf exception, et il n’y en a pas dans ce film, les comédiens européens ne possèdent ni cette nonchalance dans les mouvements ni ce naturel dans l’incarnation de leur personnage qui semblent constituer le minimum syndical chez leurs confrères américains ou britanniques. A côté de Marisa Tomei, de Brendan Gleeson et de Greg Kinnear , Pascal Greggory et Jérémie Renier semblent terriblement appliqués, empruntés. Du coté portugais, on a rarement vu un adolescent jouer plus mal ni marcher plus crispé que le petit musclé. Du même côté, le guide s’en sort très bien. Beau gosse en plus.

3 réflexions au sujet de « Frankie – Critique aisée n°170 »

  1. J’envisageais de voir Frankie mais je n’en ai plus envie. Merci! Par ailleurs, je partage ce que dit Jean Antolinos à propos des acteurs français sans diction qui susurrent, surtout dans les séries TV, et j’ajoute que les preneurs et arrangeurs de bandes sons, aussi bien pour les films français que pour les films étrangers en VF, sont eux aussi particulièrement mauvais, privilégiant la couverture musicale (?) et autres effets sonores à la compréhension des dialogues.

  2. Si les acteurs français n’ont pas le naturel de leurs homologues anglo-saxons, ne parlons même pas de leur diction. Ils susurrent, ils mégotent, couverts par le bruit de musiques idiotes et de circulation. Il faudrait les sous-titrer, les doubler d’un « keskidi ? », si bien qu’on parvient à la fin du film dans un état d’énervement exigeant une barrette de « Lexomil ».
    Non, merci, les films français, je les contourne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *