El Reino – Critique aisée n°158

Critique aisée n°158

El Reino
Rodrigo Sorogoyen – 2018
Antonio de la Torre, Luis Zahera, Ana Wagener…

La corruption du monde politique est un des grands sujets de cinéma. Parmi les films du genre, beaucoup ont donné dans le cliché et la démonstration, montrant avec complaisance la noirceur d’âme des corrompus, leur cynisme et leur mépris des autres et démontant avec délectation les mécanismes financiers des détournements de fonds et autres trafics au profit des méchants profiteurs. C’étaient en général des films assez manichéens, plutôt engagés, souvent sincères, parfois utiles mais, sur le plan cinéma, rarement passionnants. Ce n’est pas le cas d’El Reino.

La corruption du monde politique, c’est le cadre du dernier film de Sorogoyen,  El Reino (Le Royaume) : dans une Région du beau Royaume d’Espagne, Manuel Lopez-Vidal, cadre du parti dominant, est impliqué dans une grosse affaire de corruption et de prévarication, ce qui risque de ruiner son avenir politique pourtant prometteur et il va tenter de s’en sortir.  

Mais on ne saura rien ou presque de la nature ni des détails de la corruption, on ne nous montrera pas comment Manuel Lopez-Vidal et ses amis ont monté leurs escroqueries, on ne verra pas davantage les lamentables conséquences de leurs détournements sur les finances publiques de la Région. Il n’y aura ni dénonciation d’un système, ni jugement des hommes. Ce n’est pas l’objet du film. Tout juste verra-t-on au tout début un joyeux déjeuner de compères dans un grand restaurant et une après-midi de fiesta sur un beau bateau, évocateurs de luxe et de complicité. Et puis, un beau martin, l’un des amis de Manuel est arrêté chez lui pour corruption et détournement de fonds. Et puis Manuel reçoit un coup de fil : « Tu es le suivant, Manuel ». Et puis le film commence vraiment.

A partir de ce moment, on ne fait plus que suivre Manuel Lopez-Vidal dans sa course effrénée pour arrêter la machine. On le voit courir partout, solliciter ses amis du parti, de la presse, du monde des affaires, utiliser des moyens de plus en plus désespérés pour récupérer les preuves qui lui permettront d’impliquer et donc de faire chanter la hiérarchie de son parti.

Le personnage est impressionnant d’énergie, de persévérance et d’obstination. Il n’est jamais battu. Après chaque rebuffade, après chaque trahison, il encaisse le coup et repart dans une nouvelle direction, vers un autre ami politique, un homme d’affaire, une journaliste susceptibles de pouvoir l’aider. Tous ses déboires arrivent à nous faire éprouver pour lui, sinon de la sympathie, du moins de la compassion devant tant d’acharnement si mal récompensé.

Le film est haletant, rythmé, tendu et servi par des comédiens exceptionnels, en particulier par Antonio de la Torre, le héros corrompu, et Luis Zahera en homme d’affaires complice.

Dépêchez-vous d’aller voir ça avant que le prochain Avenger ne vienne prendre sa place dans les salles.

Bientôt publié

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Une réflexion au sujet de « El Reino – Critique aisée n°158 »

  1. En matière de corruption et notamment de financement de partis, nous fûmes aussi pas mal servis dans les dernières décennies du siècle passé. Le plus insupportable dans ces pratiques, c’est qu’elles obligeaient, tout comme le héros du film semble-t-il, des entreprises honnêtes à manger de ce pain-là afin d’assurer un volant d’affaires suffisant pour n’avoir pas à licencier du personnel.
    Et comme tout homme a son prix, la corruption a de beaux jours devant elle car il faut alors s’estimer suffisamment cher soi-même pour ne pas y céder.
    C’était le quart d’heure moralisateur de sortie de film.

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