Les pastiches de Lorenzo – 3

C’est le troisième pastiche de Lorenzo dell’Acqua que je publie ici. Vous avez déjà eu droit à Philippe Delerm et à Michel Houellebecq. Si vous les avez ratés, vous pouvez toujours cliquer sur les liens qui suivent.

http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=14280

http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=14301

Je vous laisse deviner qui est pastiché aujourd’hui. Ce n’est pas difficile, on s’y croirait.

 

Ernest Mallemingway

 Le soleil se lève aussi … à Evora.

Chapitre I : L’art culinaire au Portugal à la fin du XX ème siècle

Lisbonne, mardi 22h50.

 « Il fait une chaleur pas croyable dans ce bled » s’exclama Chris en cherchant désespérément une terrasse de café à cette heure tardive. « La tiédeur méditerranéenne donne soif » en conclut astucieusement ce bon vieux Richy. Ce qui ne l’empêcha pas, lui, de partir à la recherche de son imperméable égaré à Paris dans un bus surchauffé alors qu’il était strictement à jeun d’après des témoignages dignes de foi. Par contre, personne ne savait vraiment combien il avait éclusé de canettes de Champagne offertes gratis dans l’avion ! « Pourvu que le vin soit compris dans le prix de la Pension Fernanda » questionna avec une certaine inquiétude ce gamin de JFK (Jeune Francis Kermanac’h)

Lisbonne, mardi 23h42.

« Eh, les gars, venez voir; j’ai trouvé un véritable trésor dans le frigo ! Trois bouteilles de vinho verde glacé abandonnées là comme par enchantement ». Ce dur à cuire de Chris commençait à revivre. « Faudra essayer le rouge aussi » insista Laury qui avait exploré tous les placards. « Le Champagne, malheureusement; il est naze » annonça avec désolation JFK qui avait déjà commencé la dégustation en solitaire car il était coutumier du fait.

Monsaraz, mercredi 12h50.

On attaque sur un mélange rouge-blanc très prometteur puis on termine, résignés, par cinq bouteilles de blanc assez moyen.

Evora, mercredi 21h15.

« Un vinho verde juste à la bonne température qui me rappelle mon enfance » éructa Claudy après la première gorgée. « Je ne sais pas très bien pourquoi, nous confia Richy, car, là où elle a grandi, il n’y avait que des moutons ». Richy se consola de ces incohérences psychanalytiques en terminant tous les fonds de verre.

Evora, jeudi 13h01

« Une chaleur à faire flasher un photographe » aima à plaisanter Ann M. en s’effondrant à la première terrasse ! « A boire, n’importe quoi et plutôt du blanc » hurla-t-elle dans un anglais approximatif au garçon fasciné par tant d’élégance verbale. Bien, le blanc, et pas cher du tout, constata Chris en exhumant de son jean troué une carte de crédit déjà passablement usagée.

Quelque part sur une côte massacrée par le béton, jeudi 20h32.

On attaque à la bière par demi-litre car ce bled infâme nous évoque les faubourgs de Munich avec la mer en plus, et on termine en beauté par du vinho verde à volonté grâce à Brett K. qui avait sympathisé avec le garçon, un semi-breton originaire de Noyal. JFK, un peu irrité tout de même, déglutit bruyamment trois digestifs de suite avant de se remettre au volant.

Sagrès, vendredi 13h15

Après avoir réglé (aux poings) son compte à Richy qui voulait déjeuner dans un fast food minable dont il connaissait (trop) bien la patronne, on a atterri sur du blanc imbuvable que l’on se serait empressé d’oublier s’il n’y avait pas eu les brûlures d’estomac. Pour la première fois depuis notre arrivée, quelqu’un a demandé s’il y avait de l’eau minérale dans ce pays. JFK a montré l’étendue d’eau salée à Richy, et, croyant bien faire, l’a poussé dedans ! Chris a failli en avaler son cigare. Un bon moment que je mettrai surement dans un prochain roman.

Carvoero, vendredi 22h02

On finit les restes de la cave dans une bicoque style Nouvelle Orléans perchée en haut d’une falaise. Comme à tous les repas, ce rabat-joie de Laury essaie de prendre des photos en posant son appareil en équilibre sur une pyramide de verres. Résultat: impossible de boire pendant la durée interminable de l’opération. A table, personne n’ose plus prendre du rouge et on finit au baba au rhum.

Palmela, samedi 13h45

Après avoir réglé son compte à Richy qui voulait déjeuner dans une poussada sinistre dont il connaissait (trop) bien la patronne, on a fini dans une gargote de première bourre avec les portugais du coin. Un vrai régal. Richy avait remonté la pente et Claudy ne parvenait pas à l’empêcher de boire. Le vinho verde lui ressortait par tous les pores de la peau et maculait ses vêtements du dimanche. « Il ne reconnait plus personne, même pas la cinquième symphonie » constata avec amertume celle qui lui avait consacré les plus belles années de sa jeunesse. Le patron offrit les digestifs qu’aucun d’entre nous n’était en état de juger objectivement. JFK en avait oublié qu’il conduisait mais il le fit quand même un peu par habitude, un peu pour nous faire plaisir, et un peu approximativement. Heureusement, ce jour-là, le pont était beaucoup plus large que les autres fois.

Lisbonne, samedi 21h22

Chris nous avait prévenu car il connaissait bien les filles d’Alfama: « Faut boire pour qu’elles chantent le Fado, ces chiennes !». Richy qui avait la gueule de bois ne voulait pas le croire et réclamait son lit. Ca a fini avec de curieux mélanges : vinho verde, un autre vin blanc infâme que Richy avait choisi pour se venger et du Porto blanc. On a réussi à éviter le vin rouge.

Lisbonne, dimanche 12h01

Le départ approche et l’ambiance tombe un peu. On se rabat sur huit bouteilles de vinho verde mélangées à de la bière mais plus personne ne rigole. Même pas Richy qui connaissait pourtant (trop) bien la patronne du musée des Azulejos. Anne Hemingwrimar, qui tient bien l’alcool d’habitude, a le mot de la fin dans son style raffiné et synthétique :

« Quand le vinho verde est tiré, il faut le boire tout de suite »

 

2 réflexions au sujet de « Les pastiches de Lorenzo – 3 »

  1. Hemingway a bien mérité son Prix Nobel de Littérature, reçu notamment et pas que pour Le Vieil Homme et la Mer (à boire..).

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