5 réflexions au sujet de « Juste avant le 15 avril »

  1. Je revois ce matin cette photographie de Notre Dame, récente mais d’avant Lundi 15 avril 2019, et elle suscite beaucoup d’émotion. Elle est prise de trois-quart arrière, ma vue préférée avec celle d’un quart-face. L’une et l’autre révèlent toutes les caractéristiques architecturales de l’édifice mais bien plus encore car elles sont dynamiques. C’est comme pour les photographies des bateaux. Celles prises d’un quart-avant montrent la vague d’étrave qui est esthétique certes, mais qui révèle surtout l’élan et la détermination du navire en route vers sa destination, ou sa destinée parfois! Les photographies de trois-quart arrières montrent le sillage, le chemin parcouru, l’héritage du passé! Notre Dame de Paris m’inspire les mêmes sentiments. « Fluctuat nec mergitur », c’est la devise de Paris symbolisée par une nef, une nef qui pourrait être sa cathédrale. Je suis né à Paris où j’ai grandi. Je passai souvent devant la cathédrale sans trop réfléchir à sa signification. J’y suis souvent « allé » depuis, pour y mener des touristes, pour des messes ou pour des concerts, d’orgue en particulier. Il aura fallu cet incendie de Lundi dernier pour que je pense significativement à elle, à sa représentation, à son histoire, à sa destinée, à ce que nous lui devons tous, parisiens ou pas. Elle n’est pas la seule cathédrale en France mais elle est emblématique par sa position centrale. Elle est le porte-parole de toutes les cathédrales qui, après la conversion et le baptême de Clovis vers l’an 500, puis les abbayes romanes, incarnent les origines chrétiennes de la France, d’autant plus du fait de leurs constructions transcendantales. Et puis les siècles sont passés, apportant leur cortège pêle-mêle de nouveautés, de pensées, de religions réformées, de créations, d’innovations, de révolutions, de coutumes et de moeurs, de croyances philosophiques, de régimes politiques et gouvernementaux, d’évolutions sociétales, bref, de changements que certains appellent progrès et d’autres décadence, mais elles, les cathédrales, sont restées, par forcément immuables dans leurs formes imposantes mais immuables dans leur symbolique que je résumerai par le mot foi, non pas la foi catholique, rassurez-vous les athées de ce monde, mais la foi en l’espérance. Notre Dame se moque de toutes les polémiques, des critiques, des insultes même qu’elle suscite aujourd’hui et singulièrement depuis mardi dernier. Elle en a vu d’autres. Je ne prendrais qu’un seul exemple pour évoquer le paradoxe de Notre Dame, celui de son orgue monumental. Il ne date pas du moyen âge, ni même de l’époque baroque et classique, il date du 19ème et il bénéficie aujourd’hui de toutes les avancées techniques qui améliorent son rendu de la musique classique ou moderne. Mais ce qui m’interpelle surtout c’est que dans ce temple soit-disant symbole du catholicisme on y interprète les oeuvres magnifiques de Jean-Sébastien Bach, compositeur clé du protestantisme! Allons! Notre Dame est bien le symbole de la réconciliation. Je ne sais pas si Johny Hallyday n’a jamais chanté dans Notre Dame, lui qui portait ostensiblement une croix. J’aurais volontiers aimé l’entendre y chanter « On a tous quelque chose en nous de Tennessee », en remplaçant Tennessee par Notre Dame et il par elle. Belle chanson!
    Je me suis bien éloigné de ce que je voulais dire au départ. L’émotion, oui! mais surtout la tristesse, celle de penser qu’en dépit du volontarisme du Président Macron, je me demande si je reverrais de mon vivant Notre Dame de Paris restaurée.

  2. Il y aurait tant de choses à dire.
    Juste celle-ci : j’ai passé mon enfance à l’ombre des échafaudages ceinturant la cathédrale de Reims, dont le reconstruction était pourtant achevée depuis longtemps, et revoir les images de son état en septembre 1914 ne fait que renforcer son incomparable beauté d’aujourd’hui. Seuls les vitraux n’ont pu retrouver leur lustre, mais Chagall ou Viera da Silva, grâce à la famille Simon, se sont employés à éclairer à leur tour la lumière.
    Les cathédrales sont à l’origine les témoins d’une foi collective peu commune, elles sont restées de merveilleuses aventures humaines. Celle de Paris, quasi sécularisée, ne fera pas exception : il suffit de voir nos deux milliardaires en chef faire assaut de générosité pour savoir qui a la plus grande (!) et tant mieux.
    Pour un (très) bref rappel de ce qui s’est passé à Reims :
    https://www.lepoint.fr/societe/notre-dame-comment-la-cathedrale-de-reims-a-ete-reconstruite-16-04-2019-2307909_23.php

  3. A chaque fois que je passe devant Notre Dame, toujours avec émotion, je me rappelle cette petite histoire qui m’arriva il y a très exactement 800 ans, c’était sous le règne du bon roi capétien Louis VI le Gros, en 1219. Voici l’histoire. Je me promenais alors sur l’Ile de la Cité pour voir l’avancement du chantier qu’avait entrepris notre évêque Maurice de Sully quelques 50ans plutôt. Je m’arrêtais devant trois hommes en train de tailler des pierres. M’adressant au premier, je lui demandais:
    – Dis-moi brave homme, que fais-tu là?
    – Ça se voit non, je taille une pierre.
    M’adressant au deuxième:
    – Et toi, que fais-tu?
    – Moi, je gagne ma croûte.
    M’adressant alors au troisième, tout à son affaire comme les deux premiers:
    – Et toi enfin, que fais tu là?
    – Moi, je construit une cathédrale.
    Cette histoire m’a enseigné le principe de la transcendance dans la contribution que chacun peut avoir dans sa participation à une oeuvre collective. Je l’ai souvent évoquée dans des cours de management, notamment en Chine, pour motiver des cadres sur la finalité de leur travail dans l’entreprise.

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