Get your facts !

En 1889, alors qu’il avait 23 ans, Rudyard Kipling obtint de Mark Twain, qui en avait alors 54, une interview. Kipling avait lu Twain tandis qu’il était aux Indes et l’écrivain américain était son idole. Il fut tellement bouleversé par cette rencontre que c’est ainsi qu’il commença son article :

« You are a contemptible lot, over yonder. Some of you are Commissioners, and some Lieutenant-Governors, and some have the V.C., and a few are privileged to walk about the Mall arm in arm with the Viceroy ;  but I have seen Mark Twain this golden morning, have shaken his hand, and smoked a cigar—no, two cigars—with him, and talked with him for more than two hours! . . .Understand clearly that I do not despise you, indeed I don’t. I am only very sorry for you, from the Viceroy downward … »

« Vous êtes une bande méprisable, vous là-bas. Certains d’entre vous  sont des Préfets, et certains des vice-gouverneurs, certains ont la Victoria Cross et un petit nombre a le privilège de se promener bras dessus bras dessous avec le Viceroy ; Mais moi, j’ai vu Mark Twain en ce matin béni, je lui ai serré la main, et j’ai fumé un cigare — non, deux cigares — avec lui, et nous avons parlé pendant plus de deux heures. Comprenez bien que je ne vous méprise pas, assurément non. Je suis juste vraiment désolé pour vous, depuis le Viceroy jusqu’en bas… »

Voici ce que Twain dira de Kipling un peu plus tard :

« He is a stranger to me but is a most remarkable man — and I am the other one. Between us, we cover all knowledge; he knows all that can be known, and I know the rest. »

« Il est pour moi un inconnu, mais c’est un homme des plus remarquables — et je suis l’autre. A nous deux, nous couvrons toute la connaissance ; il sait tout ce qu’on peut savoir, et je sais le reste. »

Pour moi, qui tente désespérément d’écrire depuis quelques années, je retiendrai le conseil que, ce jour-là, Twain donna à Kipling sur l’écriture :

« Get your facts first, and then you can distort them as much as you please. »

« Procurez-vous d’abord vos faits, et déformez-les ensuite autant qu’il vous plaira. »

2 réflexions au sujet de « Get your facts ! »

  1. Facts! D’abord, les deux cigares fumés ensemble par Twain et Kipling n’étaient pas gros! Je plaisante bien sûr. La rencontre entre ces deux grands écrivains très différents, par leurs origines et par leurs éducations surtout, l’un l’auteur des Aventures de Tom Sawyer, l’autre du Livre de la Jungle (les aventures de Mowgli) et du célèbre poème If, n’a certainement pas dû être triste mais j crois empreinte probablement d’une certaine réserve au départ, un peu comme un premier round entre deux boxeurs, l’un noir issu du Bronx et l’autre blanc issu d’Eton. Enfin, je ne résiste pas à une petite remarque tout à fait personnelle: au cours de l’été de 1891, mon grand-père Elton Edward Parsons Baker, anglais bien entendu avec un nom comme ça et servant comme jeune officier marinier à bord du vapeur Arcadia de la P&O sur la ligne de Bombay, connut Rudyard Kipling sur la route du retour. Celui-ci embarqua à bord de l’Arcadia de Aden à Brindisi (port dans les Pouilles de l’Italie), au travers de la Mer Rouge, du Canal de Suez et de la Mer Méditerranée. Ce fut d’ailleurs le dernier voyage de Kipling de l’Inde vers l’Angleterre.

  2. La hardiesse de l’imagination n’est pas un moindre détail dans le succès commercial d’un auteur. Mais je n’en démords pas : si la voix, la tonalité, le style, le son personnel en sont absents, ça ne vaut pas grand chose. Le roman à thème est au roman de style ce que le casse-croûte est au repas de fête. J’aime bien les deux, mais le second est plus roboratif.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *