Le canard : 3-Couac, couac, couac !

Résumé des chapitres précédents : notre héros craignait de s’ennuyer dans cette belle maison d’Eygalières, mais voilà qu’il doit repousser à lui tout seul l’invasion d’une flottille japonaise déguisée en escadre de canards.

3 – Couac, couac, couac 
Le canard de tête a pris un air offusqué mais il garde toute sa dignité. Il modifie légèrement son cap et reprend sa progression vers le rivage, aussitôt suivi par les autres canards. Une deuxième bombe explose cette fois-ci au beau milieu de l’escadre. Les trois canards les plus proches de l’impact s’envolent en protestant.

— Ils font décoller leurs chasseurs !

Ils se reposent aussitôt quelques mètres plus loin. Les autres s’écartent en nageant. Le bombardement s’intensifie. C’est maintenant une pluie de pommes de pins et de bouts de bois qui s’abat sur cette partie de l’Océan Pacifique, mais sans véritable effet, car l’ennemi a parfaitement exécuté sa manœuvre de dispersion et les coups tombent à l’eau. De plus, les munitions commencent à manquer : il n’y a plus de pommes de pin et les morceaux de bois qui restent sont bien trop petits pour avoir une réelle efficacité. Il va falloir changer de munitions et de tactique : cailloux et tirs tendus.

Ente le pouce et l’index arrondi, le commandant en chef de l’île attaquée saisit un beau caillou noir et lisse. Sa forme et son poids sont parfaits pour tenter un premier ricochet. Il vise le destroyer le plus proche et, dans un large mouvement du bras suivi d’un mouvement sec du poignet, il lance le galet. Le tir est impeccable. Parti du ras de l’eau, le projectile s’élève à peine, perd doucement de l’altitude, frappe la surface de l’étang, rebondit et s’élève à nouveau légèrement. Arrivé au sommet de sa deuxième trajectoire, il frappe sèchement le canard au niveau de la tête, juste derrière l’œil: « Couac ? »

« Couac, couac, couac ! »

Le canard blessé se met à battre de l’aile droite et à palmer du même côté, ce qui lui fait décrire obstinément des ronds dans l’eau au milieu des autres canards qui restent perplexes et immobiles.

Tout d’abord très satisfait de la précision de son tir, le commandant en chef réalise peu à peu la situation dans laquelle il va se trouver au retour de sa tante. Il n’y a plus d’escadre, plus d’invasion japonaise ni de commandant en chef des forces de résistance. Il n’y a plus que cet imbécile de canard qui fait bruyamment des ronds dans l’eau et un jeune garçon impuissant qui ne va pas tarder à avoir des ennuis avec certain membre de la famille proche. Il faut faire taire ce canard, le faire disparaitre. Quelques cailloux lancés sans conviction le ratent de beaucoup. Une seule solution : aller le chercher et l’achever proprement. Le canard agonisant n’est qu’à une douzaine de mètres, l’étang ne parait pas profond et il fait chaud.

Faire taire définitivement ce traître qui met en danger toute l’Opération X23 ne devrait pas poser de problème au Navy Seal expérimenté qu’il a toujours été. Après avoir renoncé à s’enduire de graisse noire, il se déshabille entièrement et entre dans l’eau. Les premiers mètres parcourus sur le sable en pente douce sont faciles. Sans être transparente, l’eau est propre et tout juste fraiche. Quand elle arrive à sa taille, le sol change de consistance. Avec dégout, il sent la vase molle et froide qui s’infiltre entre ses orteils. Il avance à présent avec un peu de crainte, car chacun de ses pas est retenu par la succion de la vase dans laquelle il s’enfonce jusqu’aux chevilles. Des bulles nauséabondes montent à la surface. Mais il doit continuer ! Jusqu’à présent, il n’a rencontré aucune de ces bêtes visqueuses qui nagent et rampent dans ces marais de la jungle tropicale. Heureusement ! Car alors, il aurait probablement déserté sa mission.

Pendant ce temps, l’infatigable canard continue sans ralentir à décrire ses petits cercles en jetant au ciel des cancannements de plus en plus pathétiques.

ET DEMAIN, LA FIN : LE NAVY SEAL

 

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