Le style ou l’étincelle ?

L’écriture uniforme, horizontale, coulant sans heurt, de celui qui a un style, ne procure jamais la perle. Mais l’écriture de, je ne sais pas, moi, Racine ou Malherbe, écriture droite, diamantée, est constellée, c’est ça, est mouchetée d’étincelles car il y a là, en abondance, les silex, les galets, d’humbles clichés, d’humbles lieux communs. Ils n’ont pas de style, ils écrivent sans style, c’est ça, et eux sont capables de la phrase, de l’étincelle, de la perle précieuse.

Samuel Beckett – Interview

Moi qui ai passé pas mal de temps à déclarer ici, ailleurs et sur tous les tons que « l’histoire on s’en fout, c’est le style qui compte », me voilà bien embarrassé. Parce que Beckett, tout de même …

2 réflexions au sujet de « Le style ou l’étincelle ? »

  1. Oui mais, des perles, des étincelles, on en trouve aussi chez n’importe quel illettré : « à l’insu de mon plein gré »…
    Je maintiens que l’essentiel est le style : le style est aussi ce qui permet à un auteur de créer son propre univers, aussi invraisemblable soit-il, et d’y entraîner le lecteur par imprégnation psychique au bout de cinquante pages, comme si cet univers si peu crédible était devenu celui du lecteur.
    Je re-cite le cas de « La pierre et le saguaro », d’Yves Berger, une sorte de fou de désert américain, qui ne raconte absolument rien, qui n’est qu’une longue description de 150 pages, mais dans une perfection stylistique à laquelle on ne résiste pas longtemps.

  2. Embarrassé, je comprends! Et pourtant, écrire, j’ose croire, n’est pas simplement enfiler des perles.

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