Pan!

Pan! Un coup de fusil, mortel. Le lièvre qui détalait en zigzaguant à travers le sous-bois est mort. Le chien, qui le talonnait, a pris la même décharge dans la tête au moment où il attrapait le lièvre dans sa gueule. Le chien a roulé au sol, stupéfait. Maintenant, il est couché sur le côté, haletant. Celui qui a tiré s’est figé. Il observe malgré lui tous ces détails: le ventre blanc du lièvre, le buisson qui lui a caché le chien, le sapin sous lequel le chien a roulé, le soleil à travers les arbres, le silence après le coup de feu, et maintenant le chien, le chien magnifique, couleur feu, setter d’Irlande, avec son collier en cuir rouge ouvragé, avec ces drôles de bulles roses qui lui sortent du cou, avec sa langue pendante, avec sa tête dressée et son regard borgne qui ne comprend pas. Celui qui a tiré n’y croit pas encore. Ce n’est pas lui, ce n’est pas vrai.
Le maître arrive, s’agenouille quelques instants auprès de son chien, le caresse, se relève, bouleversé, en larmes.
-Hé bien, achevez-le maintenant!
Celui qui a tiré, toujours dans son état second, s’approche, recharge son fusil, épaule et tire, deux fois.
La masse fauve recule sous l’impact, la tête s’abat au sol.
Celui qui a tiré ouvre son fusil, le laisse tomber par terre et traverse sans le voir le groupe des autres chasseurs qui se sont rassemblés.

Plus tard au pavillon, le garde parle au président.
-J’y suis retourné tout à l’heure. Il était encore vivant. J’ai dû l’achever. J’irai l’enterrer demain matin.
Celui qui a tiré a entendu. Il pense:  « J’ai blessé ce chien. Ma faute est impardonnable. Il aurait peut être pu être soigné, guéri. Mais j’ai perdu toute volonté, j’ai obéi à ce que je croyais être un ordre et qui n’était qu’un cri de douleur du maître. J’ai encore tiré deux fois sur cette pauvre bête. Je l’ai tué deux fois, peut être trois. Il aurait pu être sauvé. C’est possible. C’est probable… »

2 réflexions au sujet de « Pan! »

  1. C’est là que l’on apprécie les paroles de la chanson un peu niaiseuse de Chantale Goya (si mon souvenir est bon): « Ce matin un lapin a tué un chasseur! »

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