Dernière heure : BFM  a mal au coeur

Dernière heure : BFM  a mal au coeur
Lundi 3 décembre

Ce matin, BFM se désolait de la tournure des évènements lors des manifestations de samedi dernier. Le présentateur parlait d’images « qui font mal au cœur ». Il commentait tristement les caillassages des CRS par les porteurs de l’uniforme jaune à la mode. Il était sobrement scandalisé par les dégradations de l’Arc de Triomphe.

C’est donc la deuxième fois que BFM change de ton dans ses commentaires sur le mouvement.

Au début du mouvement, pendant environ un mois, BFM et (mais dans une moindre mesure) ses consorts  ont surmédiatisé les Gilets Jaunes. Ils leur ont donné une importance sans commune mesure avec leur véritable nombre, emportant le soutien d’une incroyable proportion de Français. Après la première manifestation à Paris, celle du 24 novembre, après les premières destructions que l’on sait aux Champs Élysées, BFM leur a donné une plateforme revendicative, dont ils ne savaient d’ailleurs que faire.

Et puis, il y a eu un premier changement de ton très net : deux ou trois jours avant la manifestation de samedi dernier, les reporters de BFM, Alain Marshall en tête, se sont répandus sur les ronds-points, les péages et les marchés, questionnant les porteurs de gilets sur la « colère du peuple », la « surdité du gouvernement » et autres syntagmes figés. Aucun commentaire critique, ou seulement objectif, sur l’incohérence des revendications, l’absence de représentativité des délégués invités, l’aspect irréaliste de certaines exigences. Rien, rien que du positif, du justificatif, rien que de l’exaltant.

Et puis, ce matin, deuxième changement de ton : on déplore, on commence à montrer le vrai coté des choses, les voitures incendiées, les vitrines brisées, les magasins pillés, les monuments tagués, on commence à révéler que parmi les casseurs, il n’y a pas que des blacks blocs, pas que des nervis de l’extrême droite/gauche. On révèle, bien obligé, qu’il y aussi une bonne part de véritables Gilets Jaunes, des radicalisés ceux-là. Radicalisés ! Quel euphémisme ! On avoue aussi que quand un Gilet Jaune ne casse pas lui-même, il lui arrive de soutenir et même d’encourager les « radicalisés ». On sait aussi maintenant que les braves délégués (élus ? désignés ? comment ? )

Bien sûr, je sais qu’il n’est pas recommandé d’accuser la presse de causer les problèmes, et ceci pour plusieurs raisons :
-quand on le fait, on est aussitôt soupçonné de populisme.
-et on est aussitôt accusé en retour de vouloir casser le thermomètre pour faire baisser la température
-et de toute façon, c’est toujours le journaliste qui a le dernier mot, tout simplement parce que c’est lui qui tient le micro.

Bien sûr, je ne dis pas que c’est  BFM qui a créé les Gilets Jaunes ou les conditions de leur mécontentement, mais c’est bien BFM qui a augmenté et galvanisé leurs troupes, sans jamais commenter leur faible nombre ni dénoncer l’amalgame de leurs revendications.

Je ne dis pas non plus que les reportages et analyses de BFM sont engagés politiquement ou idéologiquement derrière les populistes, anarchistes ou jaunistes de tout poil. Mais ce que je crois depuis que j’ai commencé à analyser leur traitement des évènements, c’est que cette chaine d’infos permanentes a trouvé là un sujet porteur : »T’as vu, Coco. Ça fait de l’audience, le catastrophisme. Allez, zou, on met le paquet ! »

La solution pour sortir de là ? Moi, je ne la connais pas. Mais j’aimerais bien que BFM réalise que tenter de concurrencer les réseaux sociaux dans la surenchère n’est pas digne de journalistes et qu’elle revienne à des analyses plus réalistes. Mais il est probablement trop tard. Nous sommes entrés dans un sacré tunnel.

Macron arrivera-t-il à nous en faire sortir ? En tout cas ce ne sera surement pas M.Wauquiez, qui demande un réferendum-piège, ni M.Melenchon ni Mme Le Pen qui soufflent sur les braises, ni Faure qui est inaudible. Il est quand même surprenant pour des gens de ma génération de constater que les seules paroles à peu près censées et équilibrées viennent de Danny le Rouge, Daniel Cohn-Bendit !

Rappelons-nous quand même que :
le 17 novembre, il y avait 285000 manifestants en France
le 24 novembre, 106000
et le 1er décembre, 75000

ET DEMAIN, SI LES GILETS JAUNES N’EXIGENT PAS SON SILENCE, LA PAROLE SERA A TOM WOLFE, ENCORE UNE FOIS.

5 réflexions au sujet de « Dernière heure : BFM  a mal au coeur »

  1. La question des chaînes d’info “en continu” est a rapproché de celle des “réseaux sociaux”, et donc de celle du langage (rubrique Tom Wolfe de ce matin), autrement dit de la communication, dont ces moyens de notre époque excluent tout sens du discernement, de la réflexion, de la responsbilité pour ne garder que l’inflamabilité. Je ne dis pas que ces chaînes diffusent des fake-news, non, elles préfèrent diffuser le spectacle et des analyses à chaud immédiates sans recul, sans comprehension, lesquelles, amalgamées aux fausses rumeurs qui se propagent par Facebook entre autres, enflamment les esprits de la foule. Il s’agit bien du problème du langage de notre époque. Depuis des années je suis le spectacle sur CNN, l’inventeur! Ce que j’y trouve devient caricatural, et BFM leur emboîte le pas médiocrement faute de trouver sa propre originalité. CNN par exemple, dans tous ses commentaires de l’actualité, et il y a de quoi faire, un mot a disparu: le mot “preuve”. On l’a remplacé par le mot issu du western: “smoking gun”. Obsession du problème des armes aus USA? Je ne sais pas. Même la CIA y va dans sa conclusion à propos du meurtre du journaliste saoudien Khashoggi disant que ce dernier a bien été assassiné sur les ordres de MBS mais “without the smoking gun” (sans la fumée du pistolet). Je suis pour l’nformation bien faite, honnête, responsable, mais je pense ne jamais voir le jour où un commentateur ou sa chaîne d’info admettra avoir commis une erreur de diffusion ou de commentaire.

  2. La question des médias, donc.

    Constatons quand même que toutes les revendications disparates se résolvent en une seule : « Du pognon ! » La preuve, on a entendu une casaque jaune se plaindre de ce que le peuple ne pouvait plus mettre d’argent de côté et se payer des vacances. Tout plutôt que de travailler.

    Mais ce que les historiens écriront, plus tard : « La semaine de 35 heures a abouti à ce qui devait arriver : une révolte de la misère ».

    Et c’est pas fini, ça ne fait que commencer ! (« Que ceux qui ont des biens, les mettent à l’abri, que ceux qui n’en ont pas, s’apprêtent à souffrir ». L’Ecclésiaste. Non je déconne).

  3. Ces chaines dont nous parlons se sont construites à l’image de CNN et comme CNN, des débats, des analyses, des interviews d’experts, elles en font tous les jours, toute la journée et sur tous les sujets. Ces débats permettent vraisemblablement à BFM, LCI, CNEWS, etc… d’occuper l’antenne à moindre frais ou en l’absence d’autres informations à se mettre sous la dent. Avec les Gilets Jaunes, les débats se sont multipliés sur toutes les chaines d’info, tous les jours, toutes les heures, mais c’est sur BFM que j’ai vraiment senti ce changement de tonalité dont j’ai parlé tout à l’heure. Les « éléments de langage » se sont transformés, et les journalistes, pas les experts, n’ont plus hésité à parler de foule immense, de colère légitime du peuple, et autres expressions toutes faites. Pourquoi ? Je crois profondément que c’est pour l’audience, comme je l’ai dit plus haut dans ma « dernière heure », l’audience commandant le prix de la minute de publicité.

  4. Une télé ou radio d’information continue comme BFM ou France Info n’a pas pour mission de se prêter à des analyses mais de dévider (et répéter jusqu’à la prochaine) de l’info au kilomètre. Au mieux peut-elle à titre d’information, prêter son micro à un analyste, pourvu qu’il soit bref, concis et si possible simpliste.
    Il faut donc aller chercher ailleurs, mais c’est tellement plus amusant de voir des images avec des bandeaux plutôt qu’un casse-pieds qui donne un avis argumenté.

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