La parole est à Tom Wolfe

Morceau choisi

En 2012, Everett publie Language : The Cultural Tool, une présentation du matériau linguistique glané en Amazonie qui a la forme d’une étude scientifique rigoureuse et met les points sur les i : la parole, le langage n’est pas le fruit d’une « évolution » de l’Homo Sapiens à l’instar de celle qui a permis à l’espèce de développer la dextérité de ses extrémités supérieures ou une anatomie presque dépourvue de poils. La parole est une fabrication de l’homme, et celle qui explique le triomphe de l’Homo Sapiens sur le reste des créatures vivantes avec une pertinence dont les évolutionnistes ne peuvent même pas rêver.

Extrait de  » Le règne du langage – Enquête sur les origines de la langue » par Tom Wolfe -2016.

Et pan sur le bec à Darwin !

Ma critique aisée de cet essai est faite. Vous pourrez la lire un de ces jours, et là, vous saurez qui est Everett.

ET DEMAIN, DU BON USAGE D’UNE PHOTO DE VACANCES

13 réflexions au sujet de « La parole est à Tom Wolfe »

  1. Mon dernier commentaire a été commencé vers 19h15 puis terminé vers 20h45, avant que je n’ai pris connaissance du dernier de Philippe. Je pense qu’on dit à peu près la mem chose.

  2. « En matière de musique classique, la plupart des grands solistes sont très souvent issus de parents eux-mêmes musiciens professionnels ». JIM.

    C’est ce que l’on appelle « l’imprégnation ». Y compris chez l’animal, entre le nouveau-né et sa mère, ou même avec un nouveau-né d’une autre espèce. Mystère de la nature…

  3. L’idée était dans l’air du temps, et les deux hommes se connaissaient, c’est certain. Mais je trouve rigolo d’apprendre que Darwin a plus ou moins roulé Wallace pour la postérité. L’important sans doute c’est qu’ils aient été tous deux anglais.
    En tout cas, beaucoup plus rigolo et plus scientifique que le film de JJ Anaud, le livre de Roy Lewis :
    The evolution man or How I ate my father
    Pourquoi j’ai mangé mon père

  4. Retour ce soir sur le blog. Je n’entrerai pas dans le débat. Tout d’abord, je me fous de savoir si c’est Wallace ou Darwin qui est légitimement à l’origine de la théorie de l’evolution. L’idée était dans l’air du temps, les deux hommes se connaissaient, communiquaient, et n’étaient vraisemblablement pas dans une course à l’oscar. Ce qui m’interesse est que Darwin s’interessait avant tout à la sélection naturelle, seule cause de l’evolution. Ça, ça me parle (ma formation et mes affinités naturalistes que voulez-vous). J’ai le souvenir d’un film de Jean-Jacques Annaud, “La guerre du feu”. À l’epoque j’ai connu J-J Anaud pour le tournage de trois films publicitaires et nous avons discuté de son film. Il me disait que dans ce film il ne souhaitait pas porter à l’ecran le roman de notre enfance de J-H Rosny mais d’évoquer une évolution de l’homme, passant même de la position animale de la levrette à celle du missionnaire dans les ébats procréatifs, devenant eux-mêmes par là des ébats amoureux. Mais aussi, dans l’evolution de la communication passant des éructations animales à des sons articulés, une ébauche de langage. Une chose me frappe aujourd’hui. En matière de musique classique, la plupart des grands solistes sont très souvent issus de parents eux-mêmes musiciens professionnels. Tout ça me suffit pour dire que l’evolution d’une espèce, home sapiens par exemple, a d’abord commencé avec le développement du cerveau puis a été le résultat de la combinaison des croisements. Ça s’appelle la génétique.

  5. Certains sont seulement plus rapides que d’autres ou ont eu un peu plus de chance.

    Voilà. Chance, et à propos. Ou perspicacité. Ou intuition. Ou un mix des 3 derniers. Va savoir.

  6. « nul n’invente rien, tout traîne dans l’air du temps collectif »
    Il me semble à moi que cet air du temps ne règne que sur un milieu restreint composé d’un petit nombre d’individus.
    Ces individus, partant d’une base de connaissances acquises à peu près semblable (l’état de la science à un moment donné), travaillant à des recherches sur des terrains semblables et communiquant volontiers entre eux, il est normal et même inévitable que certains d’entre eux parviennent à des trouvailles, découvertes ou théories à peu près semblables. Certains sont seulement plus rapides que d’autres ou ont eu un peu plus de chance.

  7. Il faut admettre que Darwin ne soit que le père putatif de sa théorie, tout comme Einstein l’est de la sienne. Comme je le soutiens mordicus, nul n’invente rien, tout traîne dans l’air du temps collectif.
    Cela dit, je doute que l’homme s’invente une capacité langagière s’il n’a pas la capacité phonatoire adéquate préalable. Un peu comme il inventerait la musique en étant sourd. Ou qu’il inventerait son cerveau en pensant – ce qui d’une certaine façon n’est pas à exclure si la fonction crée l’organe, l’oiseau ayant inventé l’aile à force de se casser la gueule.
    Plus sérieusement, je crois que la nécessité de s’adapter à son biotope est pour beaucoup dans l’expression génique, qui favorise celui qui phonétise en société, même si cette capacité phonatoire est accidentelle ou résulte d’une erreur de transcription s’étant consolidée. Tout avantage génétique se conserve et en principe se transmet, ne serait-ce que par l’interaction perpétuelle entre la fonction et l’organe. La poule et l’oeuf.
    Dans tous les cas, le débat reste passionnant, comme tout ce qui touche à la morphogenèse.

  8. En réponse aux commentaires de Jim et Jean :
    La réaction de méfiance que vous éprouvez d’instinct à l’égard d’une théorie de l’évolution du langage qui entre en contradiction avec la théorie de l’évolution de Darwin et les critiques que vous émettez à son encontre sont parfaitement compréhensibles. (Ça, ça veut juste dire que, moi, je les comprends). En effet, on a vu depuis quelques années remettre en cause des tas de choses que l’on prenait pour acquises. « Ce n’est pas Shakespeare qui a écrit les pièces qu’on lui attribue mais le 6ème Comte de Derby en association avec Christopher Marlowe » « La guerre de Troie n’a pas eu lieu sur la cote turque de la mer Égée comme le laisse croire Homère, mais pas très loin de Cambridge en Angleterre » « L’univers n’est pas le résultat du Big Bang comme le racontent tous ces abrutis de scientifiques, car en fait il a été créé en sept jours en son état définitif » « Contrairement à ce que prétendait Galilée, ce n’est pas la Terre qui tourne autour du Soleil, mais le Soleil qui tourne autour de la Terre ».
    Justifiées ou non, ces remises en cause des connaissances acquises assurent en général le succès à leur auteur, alors qu’autrefois elle leur assurait plutôt le bûcher. Pourquoi ? Parce que nous sommes en pleine période de critique systématique de ce qu’ont pu nous apprendre les scientifiques, les experts, les intellectuels… Cette désagréable tendance générale au déboulonnage des élites s’inscrit très nettement dans la ligne du conspirationisme ambiant où il est admis que l’ignorance d’un individu vaut tout autant que toutes les connaissances des scientifiques.
    Personnellement moi-même, comme on dit quand on a des convictions, je suis très mal disposé à l’égard de ces présentations biaisées qui remettent en cause ce que j’avais appris distraitement et qui faisait de ma culture générale. Et c’est pourquoi j’ai dit que je comprenais vos réserves et vos réticences devant l’essai de Wolfe.
    Je n’ai bien sûr pas la compétence requise pour affirmer que ce que Wolfe présente constitue l’état réel actuel de cette science molle qu’est la linguistique. Par ailleurs, et d’une manière générale, je me méfie des innombrables références, des abondantes notes de bas de page, des partiels opus citatum dont sont en général farcis les ouvrages de ce type. Je m’en méfie parce que personne, en tout cas pas moi, ne se donne jamais la peine d’aller vérifier ces références, notes et opus à qui il est facile de faire dire ce que l’on a envie qu’ils disent.
    Mais le cas de cet essai de Wolfe me semble différent. Tout d’abord son côté ironique et humoristique exclut pour moi le coté paranoïaque qui affecte généralement ce genre de contestation de théories établies. 1 point pour Wolfe.

    J’y ai tout d’abord appris dès les premières pages que Darwin n’avait pas été le premier à énoncer la théorie de l’évolution. Ayant eu connaissance du brouillon de la publication que Wallace aurait projeté de faire sur cette théorie, Darwin se serait dépêché d’achever la sienne et de la publier avant Wallace. Bien que n’ayant pas d’ancêtre anglais, j’ai été tout d’abord choqué par cette nouvelle, mais quelques vérifications m’ont rapidement montré que le consensus était aujourd’hui fait sur le rôle de Wallace dans la théorie de Darwin. 2 points pour Wolfe.

    Je crois que les linguistes des 100 dernières années n’ont jamais considéré comme une théorie valable que le langage humain puisse provenir de l’évolution des cris des animaux. Je ne suis même pas certain que, chez Darwin et les Darwiniste, le langage soit considéré comme tel, c’est-à-dire comme issu d’une évolution.
    Dans les années 70 du siècle passé, le pape de la linguistique, le linguiste à la mode qu’était Noam Chomsky avait établi une théorie, adoptée par tous à l’époque, selon laquelle le langage était un organe de l’homme, comme le foie et les reins. Ceci jusqu’à ce qu’un certain Everett déniche en Amazonie une exception à la règle, ce qui mit Chomsky en rage et sa crédibilité par terre, au point qu’en 2016, il écrivit avec 7 autres spécialistes qu’ils s’avouaient incapables d’expliquer la naissance et l’évolution du langage (sous-entendu : y compris par la théorie de l’évolution.)
    Or, à mon avis, dans l’éthique scientifique, identifier une exception à une théorie n’est pas un évènement anodin et conduit souvent à réviser ou tuer ladite théorie
    Je crois que, dans vos deux commentaires, il y a une confusion qui explique au moins en partie vos désaccords et vos objections. Cette confusion c’est celle qui apparait entre, disons, « langage en tant que fruit de l’évolution (de l’animal vers l’homme) » et « évolution du langage chez l’homme (après qu’il soit né chez lui) »
    La théorie actuelle soutenue par Wolfe n’est pas que le langage n’a pas évolué, que la parole est innée, mais que dans le processus évolutionniste de sélection naturelle qui a conduit des animaux à l’homme, il n’y a pas de continuité sur le langage.
    Wolfe termine son essai par sa propre théorie que je dévoilerai dans ma critique à venir et dont je vous laisserai juges. Vous pouvez tout aussi bien en prendre connaissance en lisant ce petit bouquin.

  9. Après la publication de ce morceau choisi de Tom Wolfe, j’ai reçu deux intéressants commentaires l’un de Jim et l’autre de Jean Antolinos.
    Y répondre de façon si possible aussi intéressante me demandera un peu plus de temps que celui dont je dispose à l’instant, avant de prendre mes compléments alimentaires, descendre la poubelle, me rendre chez mon ostéopathe et en revenir. Donc, je répondrai plus tard.
    En attendant, et pour mieux connaitre Wolfe, Jean, tu peux aller lire les ciritques que j’ai déjà écrites sur les livres de Tom Wolfe :
    Bloody Miami
    Embuscade à Fort Bragg
    Moi, Charlotte Simmons
    Il suffit de cliquer sur le titre pour atteindre la critique.
    Je n’ai pas écrit de critique sur Le Bûcher des Vanités car je l’ai lu avant de me mettre à écrire.
    A tout à l’heure.

  10. Tom Wolfe, plus connu pour ses livres à succès et adaptations cinématographiques comme “L’étoffe des héros” et “Le bûcher des vanités”, s’aventure là dans un essai à mon avis contestable, par volonté de provocation?, même si je n’ai aucune qualifications pour entrer dans ce débat anthropologique. Déjà dans l’extrait précédent j’avais des doutes. Oui les animaux communiquent, peut-être pas avec des mots répertoriés mais par des sons, ou par des gestes significatifs. La parole n’est pas vraiment nécessaire comme ce fameux ver que Racine fait dire par Néron dans Britannicus: “J’entendrai des regards que vous croirez muets”. Il ne faut pas confondre parole et communication. Je dirai même que Tom Wolfe se contredit dans ce court paragraphe au-dessus. D’une part il dit que la parole, le langage, n’est pas le fruit de l’evolution de l’Homo sapiens, d’autre part il dit deux lignes plus loin que la parole est une fabrication de l’homme. Bizarre! Faudrait tout de même qu’il s’explique là-dessus Tom. Bien sûr que l’homme a fabriqué sa parole, son langage, ses mots, au fur et à mesure du développement de sa créativité, de ses besoins, de ses inventions ou de ses découvertes, et ceux-ci sont incontestablement le fruit de son évolution, de celle de son cerveau surtout. Non, je pense que Tom Wolfe s’est égaré, mais, après tout, ce n’est qu’un essai. Aujourd’hui je pense même que l’homme ne fabrique plus sa parole mais plutôt qu’il la rafistole, un constat pessimiste sur son évolution.
    PS: par souci de la défense de l’honneur familial, je me dois de défendre les théories de Darwin. Sa mère, Anne Waring, était l’arrière-petite-fille de mon aïeul Thomas Waring of the Lea.

  11. Hâte de lire ta critique aisée sur Tom Wolfe que je ne connais guère hormis « Le bûcher des vanités.
    Je suis tout de même un peu perplexe sur sa théorie sur le langage qui ne tiendrait qu’à une fabrication humaine. En effet, la capacité phonatoire humaine me semble participer des nombreuses interactions qui jalonnent son évolution, la station debout notamment qui dégage son larynx. Mais surtout, il faut noter que nous disposons également d’une capacité de langage subvocal par laquelle nous sommes en mesure de prononcer des phrases inaudibles, qui donc n’empruntent pas la voie phonatoire, mais qui montrent sous observation IRM des circuits neuronaux communs avec la même phrase prononcée en vocal. Il faut donc que le langage, à mon humble avis de profane, ait évolué de concert avec le cerveau, qui lui n’est pas une fabrication humaine, ou si peu. Qu’en penses-tu ?

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