Le beau nom grave de tristesse

« Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres.

Cet été-là j’avais dix-sept ans et j’étais parfaitement heureuse. Les « autres » étaient mon père et Elsa, sa maîtresse. Il me faut tout de suite expliquer cette situation qui peut paraître fausse. Mon père avait quarante ans (…) »

En ce début d’été, replongez-vous de toute urgence dans ce roman écrit par une jeune fille de dix-sept ans, dans cette tragédie douce et sophistiquée, cette comédie grave et amère, ce style pur et clair, replongez-vous dans « Bonjour tristesse » dont vous venez de relire l’incipit.

 

3 réflexions au sujet de « Le beau nom grave de tristesse »

  1. On ne peut être d’accord sur tout.
    Outre ses trois ou quatre romans majeurs et une ou deux de ses pièces de théâtre, ce que j’ai aimé aussi chez Sagan, c’est le personnage. Par son élégance morale, son détachement, sa nonchalance, son mépris de l’argent, son humour, son amour du luxe, ses élans, son désespoir, et surtout sa facilité — on pardonne difficilement à la facilité — elle était pour moi le dandy au féminin. Et je ne parle pas de la pureté, de la précision et de la concision de son style. Alors qu’importe qu’une partie de son œuvre soit bâclée, ça fait partie du personnage. Je crois bien que tout son personnage est résumé dans l’épitaphe qu’elle avait écrite pour elle-même. Suivre le lien :

    http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=8786

  2. Le talent littéraire se paie parfois d’un tel malheur qu’il ne faut pas regretter de ne pas en avoir.
    Je ne résiste pas au plaisir malsain de citer une critique d’Angelo Rinaldi, l’homme qui tue à la dague, dans l’express :

    « Le succès commercial de Madame Sagan est à ce point automatique désormais que la critique en vient à ne plus examiner ce qu’elle publie. Elle jouit d’une rente de situation. On dirait que le personnage malin et subtil qu’elle présente à travers ses interviews dispense à jamais de prendre connaissance de ses écrits. Il est entendu qu’elle bâcle — elle-même en convient. Et, c’est universellement admis, si elle voulait vraiment, quelles merveilles ne renouvellerait-elle pas ! Le dernier livre est-il exécrable ? Attendons le suivant. Et ainsi passent les années. Cependant, un jour on se décide à y regarder de près. Un jour, on se souvient qu’en littérature comme en amour, ce sont les actes, les preuves qui comptent, et non les virtualités… »

    Sagan m’a beaucoup agacé.

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