¿ TAVUSSA ? n° 49 : L’Amérique et son mur

Sous la houlette d’un président indécent sous tous rapports, les États-Unis vont dans le mur.

Les divisions partisanes y sont exacerbées comme jamais depuis la fin de la ségrégation. L’Amérique saisit maintenant la moindre occasion de se déchirer : la cause des femmes, celle des noirs, des immigrants, le charbon, l’écologie, la presse, l’assurance maladie, la nomination d’un juge à la Cour Suprême, un cyclone à Porto-Rico, la parole d’une star du porno, celle d’un General Attorney, celle d’un Deputy General Attorney, sans oublier ce mur frontalier ni les autres innombrables pommes de discorde. Chaque décision devient partisane, chaque évènement doit être classé pro-Trump ou anti-Trump, Républicain ou Démocrate, campagnard ou citadin, red-neckien ou élitiste. Les rodomontades ridicules, les mensonges éhontés, les grossièretés quotidiennes du Donald sont devenues insupportables. Les critiques incessantes et sans nuances du Washington Post sont devenues agaçantes, et les louanges permanentes et aveugles de Fox News, risibles. « Ce chaos quotidien est fatiguant » vient de dire Michelle Obama.

Chez les supporters de Trump, on parle désormais couramment et ouvertement d’un État profond, de conspirations contre l’Amérique, d’une élite illégitime, d’un ennemi de l’intérieur, d’une clique démocrate dont il faudra se débarrasser un jour, au besoin au moyen d’un coup d’état… Les prochaines élections américaines seront ravageuses pour l’unité du pays, et si, j’ose à peine le dire, par bonheur la majorité s’inversait, on pourrait craindre le pire. Le pire, parce que les Fronts de Taureau auront tellement été abreuvés de Fake News, de Fox News, de Faits Alternatifs, d’excitation à la haine, de racontars simplistes et de conspirations compliquées que le jour où leur président-idole devra partir, que ce soit au terme de son mandat ou avant, ils auront beaucoup de mal à l’admettre car ils ne sauront l’expliquer que par un nouveau complot. Et rappelez-vous que l’Amérique est une démocratie, mais que c’est une démocratie violente.

Heureusement, parfois un signe, un faible signe apparait : jamais avare de rebondissements hollywoodiens, à un moment, l’Amérique bascule dans la compassion et la décence, tout ça grâce à une séquence à la Frank Capra, la rencontre dans un ascenseur d’un sénateur et d’une femme en pleurs. Mais cela durera-t-il ? Probablement pas, et même si le juge Kavanaugh, ultra-conservateur, n’est finalement pas agréé par le Sénat, la loi du plus fort, les intimidations mafieuses et le cynisme continueront à régner à la Maison Blanche.

De ce côté-ci de l’Atlantique, dans la vieille Europe, chez nous, chez les intelligents, les cultivés, chez nous qui avons inventé les droits de l’homme et les terrasses de café, on rigole, on analyse, on suppute. On dit finement :  « C’est plus compliqué que ça ». On déclare avec confiance que les Contrepouvoirs vont se réveiller. On se rassure et on passe à autre chose. Pourtant, par moment, on s’inquiète un peu, quand on se demande si une partie de la vieille Europe ne serait pas en train de suivre le même chemin que l’Amérique vers l’isolationisme, le protectionisme et l’unilatéralisme ? Et si la Russie, la Chine, l’Inde ne courent pas devant ?

On pourra dire ce qu’on veut du récent discours de Macron aux Nations Unies : qu’il ne sert à rien, car désormais,  il est à peu près le seul à le tenir, qu’il ne sera pas entendu par le groupe des absentéistes que forment la Chine, l’Inde et la Russie, qu’il ne pèse rien devant leur puissance,  que c’est un discours à usage interne, qu’il est trop rempli de bonne volonté, farci d’angélisme, irréaliste et inapplicable, qu’il est en contradiction avec les actions ou les inactions de son gouvernement. On pourra dire tout ça, et davantage encore. Et on n’aura pas forcément tort. Mais pour autant, fallait-il qu’il se taise, Macron ? Fallait-il qu’en se taisant, il avalise, cautionne, accepte et même encourage ce qu’on peut maintenant considérer comme l’amorce d’une décomposition de l’occident et de l’équilibre mondial ?

A cela, Macron ne peut rien, ou si peu… Mais j’aime qu’il se soit opposé point par point à la politique extérieure de Donald Trump, qu’il ait rappelé ce à quoi risque de conduire la loi de la jungle. Quoi qu’il advienne dans les années à venir, il fallait que ce qu’il a dit soit dit.

ET DEMAIN, L’ATELIER

2 réflexions au sujet de « ¿ TAVUSSA ? n° 49 : L’Amérique et son mur »

  1. Yes. Homo hominis coyotus est. Et encore je suis gentil. Même les hyènes….
    « Parlez de moi en bien, parlez de moi en mal, l’essentiel est que vous en parliez ». Et Trump n’est évidemment pas le dernier, il semble que ce soit son unique ambition dans la vie.
    Conne-Bendit en est un autre : Bendit, l’homme sans qualités, est le chouchou des média depuis 5O ans dès qu’il ouvre sa gueule. Il n’a même plus à se forcer. Bon mais c’est un autre sujet.

  2. L’Amérique va dans le mur! Tu parles! c’est le mur du son qu’elle a déjà franchi en piqué vertical et elle fonce tout droit vers le sol où elle y fera un « incredible » (langage trumpien) cratère du fond duquel s’échappera une fumée nauséabonde, à moins que par une chance inespérée il se trouve dans l’engin Amérique un.e pilote providentiel.le, un robot asexué ou une délégation, voire même une révolution (impensable ni souhaitable vu le nombre d’armes en circulation), peu importe, capable de se saisir du manche à balai et s’en servir pour redresser miraculeusement la course effrayante. Mais j’en doute. Je ne vois pas qui ou quoi dans l’état actuel de l’Amérique pourrait opérer l’inversion de la dégringolade. La force des institutions, si bien conçues pourtant au départ il a quelques 240 ans, la sacro-sainte force de la loi qui régit la conduite de ces institutions, tout ça est devenu corrompu, hypocrite, nauséabond, écoeurant et inefficace. Et surtout qu’on ne vienne pas me dire ici que l’Amérique trumpienne va bien comme en témoigne son économie, son taux de chômage, son Dow Jones, son dollar, son gros bouton atomique, sa néo-grandeur ( « America is great again »), c’est de principes moraux, d’éthique, d’exemple, dont je vous parle. Le dernier épisode concernant la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour dite Suprême, cette mascarade que j’ai suivie de bout en bout la semaine dernière, ses suites actuelles, cette affaire nauséabonde m’a convaincu s’il en était besoin de ce que je viens d’écrire. Les loups sont entrés dans Washington! Les loups, les loups… Mais oui, ça ne va pas mieux ailleurs. Les loups, les loups… Macron est vraisemblablement sincère. Mais que peut-il espérer dans un monde composite de plus en plus individualiste et égoïste? Homo homini lupus est…

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