Première année – Critique aisée N°131

Critique aisée 131

Première année
Thomas Lilti – 2018
Vincent Lacoste, William Lebghil

 Je constate à nouveau qu’il est bien plus difficile de dire du bien d’un film que d’en dire du mal. D’ailleurs, d’une manière générale, il est bien plus facile de dire du mal de quelque chose que d’en dire du bien. Mais je ne vais pas me laisser aller à la facilité : Première année, quatrième film du Docteur Lilti, est une vraie réussite.

A la fac de la rue des Saints-Pères, deux étudiants entament la première année de médecine, l’un pour la première fois, Benjamin, l’autre, Antoine, pour la troisième. Antoine est un bûcheur, inlassable, obstiné, organisé. Il veut être médecin. Benjamin est à l’opposé, incertain, indécis, il n’est même pas sûr de vouloir vraiment être médecin. Antoine et Benjamin se lient pourtant d’amitié et s’entraident tout au long de l’année pour survivre et arriver à ces quelques heures cruciales, le concours qui décidera s’ils pourront continuer à étudier pour devenir médecins.

Guidé par Antoine, triplant, le spectateur et Benjamin découvrent en même temps l’enfer de cette année d’étude, les amphis, les concours blancs, les heures de bachotage, les boules au ventre, l’épuisement, le concours de fin d’année. Peu de joies, peu de fêtes, du travail, du par cœur, des moyens mnémotechniques stupides, du par cœur, des connaissances inutiles, encore du par cœur.

Quelques répliques sont significatives :

-Le Doyen :
« Pour ceux qui n’ont pas eu de mention au bac S, vos chances sont de 2%. »

-Benjamin :
« Trois heures pour répondre à 72 questions avec 5 réponses au choix, ça fait environ 2 minutes par question, et là c’est impossible de réfléchir, soit on répond par reflexe reptilien, soit au hasard… Ceux qui deviendront médecins se rapprochent plus du reptile que de l’être humain. »

-Le frère de Benjamin :
« Demande à un étudiant en prépa et à un étudiant en médecine d’apprendre par cœur le bottin. L’étudiant en prépa te demandera : « Pourquoi ? » et l’étudiant en médecine : « Pour quand ? »

Benjamin :
Allez, on fait une pose ? Je suis cuit !
Antoine :
“D’accord, on fait une pose. Allez, des maths ! Dérivées ? Équations différentielles ? Intégrales ?”

Ceux qui ont connu ça, ou quelque chose d’approchant, le reconnaissent : tout ça est très réaliste. Le Docteur Thomas Lilti, médecin généraliste, sait de quoi il parle. Il l’a vécu au milieu des années 90. Mais la connaissance du sujet ne suffit à expliquer ni la réussite du film ni l’émotion qu’il provoque. Docteur L. a su trouver deux jeunes acteurs, Vincent Lacoste et  William Lebghil, littéralement entrés dans leur personnage. Les figurants qui les entourent, véritables étudiants dit-on, sont parfaits. Les scènes intimes – révisions forcenées à deux – sont souvent drôles.  Les scènes de foule – concours, tableaux des résultats – paraissent tellement vraies qu’elles vous fichent l’angoisse au ventre.

Vous entendrez probablement ici ou là une réserve relative à la fin du film. Je ne vous en dis pas plus. Sachez seulement que je la comprends mais que je ne la partage pas. Ce film est parfait. Allez-y, même si vous envisagez de faire médecine.

 

ET DEMAIN, LE PETIT LORENZO PART EN VACANCES

 

 

Une réflexion au sujet de « Première année – Critique aisée N°131 »

  1. Je n’ai pas vu le film donc je ne commenterais pas. Mais le « par-coeur » je connais, pas en fac pour devenir médecin, mais en » prépa agro » au Lycée Saint Louis, où, en plus des maths, de la physique et de la chimie, il y avait la biologie végétale et la biologie animale, les sciences nat quoi, et ça c’est du par-coeur intense mais captivant si on s’intéresse à la nature, tout court ou la nature des choses. Le concours passé, ça ne m’a plus servi, ma mémoire a fait le tri, mais quand même, quand je voit un papillon (lépidoptère), mange un escargot (gastéropode hermaphrodite) ou bien admire les clématites de mon jardin (renonculacée), ou même écoute des bobos écolos pérorer sur la biodiversité, tout ça me parle et je ne regrette rien.

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