¿ TAVUSSA ? (47)  Le QAnon, qu’es aquò ?

Au début, j’avais décidé d’écrire cet article sur le mode humoristique. Vous savez, le genre  » Le QAnon, qu’es aquò ? » ou bien « Le QAnon est-il contagieux ?« , le truc habituel, quoi ! Parti sur cette voie, j’ai peiné pendant deux jours sans arriver à rien que de très laborieux ni même qui dépasse le stade des préliminaires. J’ai donc finalement opté pour un traitement sérieux. Vous allez voir.

On savait déjà qu’il est des sujets d’actualité dont on ne peut pas rire : un tsunami, une épidémie de choléra, une marée noire… On ne peut pas faire de blague sur un de ces phénomènes, du moins tant qu’il est en cours. Eh bien, pour moi maintenant, le QAnon fait partie de ces tabous : on ne plaisante pas avec le QAnon. Bien qu’il soit pour le moment cantonné aux USA, le QAnon, c’est grave, c’est contagieux et on ne connait pas encore de vaccin ni de remède.

QAnon, qu’es aquò ?

QAnon représente une personne ou un groupe de personnes

Q : est le plus haut degré d’accréditation de confidentialité Secret-Défense dans l’Administration américaine

Anon : est pour Anonymous

QAnon est donc le pseudonyme d’une personne (ou d’un groupe) particulièrement haut placée à la Maison Blanche, toute proche du Donald, et qui distille les secrets des Dieux sur les réseaux sociaux.

QAnon n’existe que depuis quelques mois mais, par une série de messages sibyllins, il a réussi à accréditer une nouvelle théorie du complot qui fait fureur et dont le nombre d’adeptes et de prosélytes croit de façon exponentielle.

On peut distinguer deux principales composantes dans la doctrine de QAnon : une composante ancienne, disons traditionnelle et une composante moderne, plus originale. Voyons cela :

La composante ancienne est à la base du bon vieux conspirationisme :
« …les élites sont pourries, les hommes politiques aussi, sans parler des grandes entreprises et de leurs patrons, des journaux et de leur journalistes, des notaires, des juges, des flics, des avocats, des médecins, des pharmaciens ou des garagistes (non, à la réflexion, les garagistes ne sont pas des pourris, ce sont simplement des voleurs) ; tous ces gens conspirent dans leurs cabinets noirs et complotent pour préserver leurs positions mal acquises, conserver leurs privilèges indus et exploiter sans vergogne le pauvre peuple qui n’en peut mais ; c’est pour cela que rien ne change, qu’on en prend toujours plein la gueule et que rien ne changera tant qu’on aura pas donné un bon coup de balai dans tout ça… »

A quelques variantes spatiales ou temporelles près, on connait la chanson, c’est un tube planétaire. La variante américaine est à peu près celle-ci :
« …la démocratie américaine est minée par un État profond (Deep state) que le Donald, candidat puis Président, n’a cessé de dénoncer. Trump lutte sans cesse contre cet État profond, constitué de la totalité des Libéraux, des Démocrates, des Clinton, d’Obama, de CNN, du Washington Post, du New York Times et de tous les médias ennemis du peuple et porteurs de Fake News, sans parler des démocraties occidentales, ennemies de l’industrie US. Chacun sait par exemple  que la Fondation Clinton fait du trafic d’enfants pour pédophiles, que le Sénateur John McCain est un traitre à sa patrie, que le milliardaire libéral et juif George Soros est un ancien Nazi, que la famille Rothschild est à la tête d’un réseau satanique mondial, que le dossier de l’interférence russe dans l’élection de 2016 a été monté par le MI16 britannique, que B.Obama et H.Clinton avaient mis au point un plan sur 16 années pour détruire l’Amérique et remodeler le monde en lançant la Troisième Guerre Mondiale Nucléaire, et que J.P. Morgan a fait sombrer le Titanic… »

La composante moderne de la doctrine vient apporter à cette rengaine une note d’originalité qui fait tout le charme de QAnon et son succès auprès du public américain. Ça pourrait faire sourire si ce n’était pas si grave :
« …Si le président Trump semble s’agiter, se contredire et faire l’andouille continuellement devant le monde entier, c’est pour cacher son jeu, car en fait, il est supérieurement intelligent et orchestre en secret l’effondrement du Grand Complot. Il le fait avec l’aide du Procureur Spécial Robert Mueller, dont l’enquête sur la collusion Trump/Russie, en réalité feinte par Trump, n’est qu’une couverture destinée à dissimuler la véritable investigation qu’il mène sur les turpitudes d’Hillary Clinton. La destruction complète de la Grande Conspiration est imminente et elle sera glorieuse. Ce que sera concrètement cette action reste encore mystérieux. Prendra-t-elle la forme d’un coup militaire ou d’une purge politique et administrative, QAnon ne le sait ou ne le dit pas encore… »

Ne riez pas ! Toutes ces dénonciations, toutes ces révélations sensationnelles et d’autres encore plus graves et plus farfelues existent et se propagent à la vitesse effrayante des réseaux sociaux. Aucune déclaration, contestation ou preuve contraire n’a d’effet sur leur recevabilité par une population qui ne se réfère plus qu’aux réseaux sociaux pour s’informer : « comme je ne fais plus confiance à aucun journal (tous pourris ou suspectés de l’être), je vais chercher mes informations moi-même ! »

Allez donc sur Google, tapez QAnon, tapez Soros, ou Titanic Morgan ou Rothschild satanic, ou Troisième Guerre Mondiale Obama… Vous verrez, c’est terrifiant ! Terrifiant de crédulité, de bêtise, de racisme, de haine.

Ne riez pas, ne riez plus et, surtout, ne croyez pas que nous, en France, soyons à l’abri de telles âneries. J’en entends, j’en lis tous les jours et vous aussi probablement, de moins graves, il est vrai, de moins stupides, mais seulement parce que la France n’est pas encore aussi communautarisée ni aussi divisée que les USA et que le pouvoir n’y est pas exercé par un extrémiste du populisme.

Je me suis souvent demandé quelles pouvaient être les motivations des évangélistes des théories conspirationnistes tels que les adeptes de QAnon.

Il y a tout d’abord les évangélistes non-croyants : ceux qui propagent sans y croire en ricanant ou en rigolant. Leur but est de créer le chaos, pour le plaisir du chaos en tant que tel ou en tant que préalable nécessaire à la table rase qui mènera à la révolution.

Mais le cas des croyants est bien plus intéressant. Si vous voulez devenir un jour un croyant QAnon, ou plus généralement un adepte-évangéliste des bouteillons conspirationnistes, il vous faudra, selon moi, une bonne dose d’insatisfaction, une dose généreuse d’ignorance et une légère dose de paranoïa. Il me semble inutile de préciser qu’il faudra vous débarrasser de tout esprit critique, car l’ignorance susmentionnée vous en aura privé d’office. Votre insatisfaction me parait indispensable : en effet, elle vous sera nécessaire pour que vous puissiez en rechercher la cause, et c’est là qu’interviendra votre légère paranoïa. Celle-ci vous conduira à trouver cette cause dans le monde extérieur, ce monde complexe et incompréhensible qui ne vous aura pas reconnu, d’où votre insatisfaction. Équipé de cette manière, vous serez prêt à devenir un QAnon ou assimilé à la première occasion. Elle ne tardera pas à se présenter avec la fréquentation non protégée de sujets contagieux, au bistrot, au bureau ou directement sur le Web. Et là, ce sera la révélation : avec la cohérence dont elle habillera pour vous le monde extérieur, la vision conspirationniste vous apportera la tranquillité de l’âme, la clarté de l’esprit et la haine au cœur.

 

ET DEMAIN, TOUT CE QUE VOUS SAVIEZ DÉJÀ SUR DIOGÈNE

 

10 réflexions au sujet de « ¿ TAVUSSA ? (47)  Le QAnon, qu’es aquò ? »

  1. Jim, tu vas nous braquer le Philippe s’il ne peut même plus se livrer tranquille à ses agapes d’Août…

  2. Ah oui! Je comprends la situation puisque, coïncidence, nous même sortions d’un raout entre voisins pour recevoir à dîner chez nous des amis anglais, et j’avais profité de ce cours répit social pour compléter mon intervention sur le Tavussa. Bon, tout va bien!
    PS: pourquoi dois-je maintenant reformuler chaque fois mon nom et adresse qui ne sont plus enregistrés?

  3. J’ai envoyé hier soir vers 18h30 une réplique @Philippe en complément de mon commentaire du matin. Mais, elle ne figure pas à sa place ce matin. Censure? Atteinte à la liberté de parole? Parti-pris unilatéral dans le combat Fox News vs CNN? “
    Rien de tout ça, mais simplement une urgence : apéritif dinatoire Champagne chez des voisins suivi d’un diner Côtes du Rhône sans avoir pu assurer une permanence pour le courrier des lecteurs. Sacré mois d’août!

  4. J’ai envoyé hier soir vers 18h30 une réplique @Philippe en complément de mon commentaire du matin. Mais, elle ne figure pas à sa place ce matin. Censure? Atteinte à la liberté de parole? Parti-pris unilatéral dans le combat Fox News vs CNN? Toujours est-il que je disais que mon expérience au cours d’un séjour à travers le Michigan et l’Ohio m’avait conduit à penser que dés la campagne électorale, le clan Trump, apparemment avant l’aide collusoire manifeste de la Russie, expérimentait déjà de façon écoeurante l’arme du complot (devenue plus tard, après l’élection de Trump, le QAnon) à l’encontre du clan Clinton (d’ébauche morale, délits d’initiés, protection de réseaux occultes y compris pédophiles, etc), le tout probablement orchestré par l’inéfable Steve Bannon, une arme qui a fait ses preuves au-delà de leur espérance, j’ajouterais même, un peu comme les nazis expérimentaient des armes nouvelles durant la guerre d’Espagne. On voit maintenant où le dévoiement peut conduire! J’ajouterais encore, et le merdier dans lequel s’est plongé l’Amérique.

  5. Tout à fait, Philippe, on hésite même à parler de « frustration » car le mot a une charge péjorative, mais en réalité la frustration arme aussi bien une énergie psychique positive.

  6. @Philippe, oui bien sûr, QAnon n’existait pas encore, j’allais dire officiellement, durant la campagne électorale puisque Trump n’est devenu président qu’en Nov 2017 élu par 37% d’américains, qu’ils soient racistes, évangélistes, red-necks, ou j’n’sais quoi encore, en tout cas frustrés je suis bien d’accord, prêts à croire n’importe quoi du moment que cela “lessive le marécage Washingtonien” (clean the swamp), mais la propagande conspirationiste, alliant les Clinton aux pires exactions financières, à de exécrables affaires de mœurs, à des protections scandaleuses de lobbies y compris de cercles pédophiles, tout ça orchestré par l’ineffable Steve Bannon je pense, et que j’ai pu entendre sur des radios locales du Michigan et de l’Ohio, n‘en croyant pas mes oreilles, était, me semble-t-il, les premiers exercices qui allaient persuader le clan Trump de l’efficacité de cette propagande qui sera reprise une fois Trump au pouvoir. Je crois que la fameuse proposition faite au clan de Trump par des intermediaires des Russes d’apporter de la saleté (“dirt”) sur Hilary Clinton est arrivée à point nommé.

  7. C’est un vieux truc de communication : qu’on parle en bien de quelque chose, qu’on en parle en mal, peu importe, l’essentiel c’est qu’on en parle.
    Le problème quand on fait un article pour dénoncer les agissements, les motivations, les responsables d’un truc comme QAnon, c’est qu’on est continuellement dans la crainte de contribuer à son développement.
    Peut-on imaginer qu’un lecteur du JdC, ignorant de QAnon jusqu’à ce jour, parte à sa découverte sur la toile et s’y empêtre ?
    Rassurez-moi.

  8. « Pour le reste, le maître mot de toute l’Histoire (avec un grand H, pour Histoire des hommes), c’est la frustration… »
    Frustration, c’est le mot que je cherchais et que je n’ai pas trouvé au moment d’écrire. Alors j’ai mis insatisfaction… Pas très joli, pas assez expressif, pas assez agressif, mais tant pis. Je n’avais que ça sous la main.

    « Je pense que le/les QAnon existaient déjà durant l’ete 2016, au plus fort de la campagne électorale,… »
    Les bouteillons, les fake news, les hoax contre H.C., … tout cela existait déjà, organisé en grande partie par les Russes. (C’est la composante ancienne du QAnonisme). Mais à cette époque, QAnon n’existait pas encore. Sa première apparition, à noter d’une pierre blanche dans l’histoire US, date du 28 octobre 2017, reprenant les bonnes vieilles histoires complotistes et y ajoutant ce que j’ai appelé la composante moderne selon laquelle le Donald travaille main dans la main avec Mueller pour provoquer le Grand Soir, the Day of Reckoning, où le Deep state s’effondrera en même temps que le Grand Complot.

  9. Les évangéliques (ou évangélistes) ne sont pas autre chose que des naïfs radicaux : j’y suis né.
    Pour le reste, le maître mot de toute l’Histoire (avec un grand H, pour Histoire des hommes), c’est la frustration : la frustration générée par « ce qui devrait-être-selon-moi, et qui n’est pas », dont le champ psychique est infini, et qui occupe tout l’univers mental de l’humain. Ce qui explique que l’homme soit un Dieu jamais parvenu au terme de Sa Création.

  10. Écœurant! Tout est dit. Je pense que le/les QAnon existaient déjà durant l’ete 2016, au plus fort de la campagne électorale, car j’ai moi-même été stupéfait sur place par les propagandes conspirationnistes pro-Trump entendues notamment sur les chaînes de radio locales OC, toutes propageant les mêmes litanies, forcément orchestrées, et reprises ensuite par les réseaux sociaux.
    Indeed, tout ça est écœurant. Moi, je regrette naïvement un temps que les moins de vingt-ans ne peuvent pas connaître, avant les GAFA et l’usage qui en découle, et surtout avant Trump, en réalité un simple révélateur du problème de fond des démocraties qui sont manipulables à souhait d’autant plus qu’elles anesthésient l’esprit critique des individus.

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