Homère, la mort et les poux

Avec Marcel Proust et Raymond Chandler, Homère est l’un de mes auteurs favoris. Si on sait tout du petit Marcel et presque tout du grand Raymond, on n’en sait que très peu sur Homère.

On ne sait même pas s’il a vraiment existé. Certains auteurs savants prétendent qu’Homère était en fait plusieurs personnes. D’autres, encore plus savants, précisent qu’il est une création pure de poètes épiques qui se seraient forgés un ancêtre dont ils seraient les descendants, formant ainsi l’École des Homérides.

A supposer qu’il ait existé, était-il vraiment grec ? La question parait stupide, pourtant, selon des sources différentes et tout aussi savantes, il se pourrait bien qu’il soit né à Chypre, ou en Troade (Turquie), ou à Thèbes (Égypte), ou en Crète, ou en Grande Grèce (Italie du Sud). On ne sait pas vraiment et c’est louche.

De plus, cet apatride cosmopolite était-il vraiment aveugle ? Selon la légende, il l’était, mais rien n’est moins sûr, comme le dit Monsieur Pierre Judet de la Combe1 :

« Homère pour la plupart était aveugle, pour d’autres non : il décrit si bien les lieux, les combats, qu’il devait avoir ses deux yeux. Pour certains, il était aveugle de naissance. Pour d’autres, il avait

perdu la vue avant de composer l’Iliade et l’Odyssée, car la cécité signale la condition du poète voyant. Pour d’autres encore, il a été aveuglé par Hélène en personne, mécontente de se voir maltraitée dans l’Iliade, poème qu’il aurait donc composé alors qu’il voyait encore. « 

Né ou pas, Grec ou métèque, aveugle ou voyant, ce qui est certain c’est qu’il n’a pas publié grand-chose depuis longtemps. Il est donc permis de supposer qu’il est définitivement décédé, pratiquement défunt.

Mais comment est-il mort, le poète ? Là encore, rien n’est certain.

Si les historiens paraissent presque unanimes sur les circonstances, c’est sur les causes de cette mort que les avis divergent. Voici :

Dans le port d’Ios, petite île de la mer Égée, Homère fait le malin et se moque de trois jeunes pêcheurs en leur demandant de façon savante s’ils ont attrapé quelque chose. La forme de la question est cuistre et pompeuse, chacun le reconnait. Alors, les trois jeunes gens lui répondent sous une forme particulièrement en vogue à l’époque : l’énigme. Ils lui disent :

« Tout ce que nous avons pris, nous l’avons laissé ; tout ce que nous n’avons pas pris, nous l’emportons. »

Le vieil aveugle a beau se creuser la cervelle, fouiller dans sa barbe, se gratter la tête, il n’arrive pas à déchiffrer l’énigme et meurt peu après. Voilà pour les circonstances.

Pour ce qui est causes, les uns disent qu’il est mort de chagrin de n’avoir pu résoudre l’énigme, alors que les autres affirment qu’alors qu’Homère s’éloignait tout penaud et préoccupé par son échec, il a glissé dans une flaque d’eau, chuté lourdement et, trois jours plus tard, est mort de cette chute.

Sic transit gloria mundi.

Mais que voulaient donc dire les jeunes pêcheurs d’Ios ? Selon Hérodote d’Halicarnasse, Héraclite d’Éphèse et Pierre Judet de la Combe, les godelureaux venaient de s’épouiller mutuellement.

Vous pigez, maintenant ? Si vous n’avez toujours pas compris, n’allez quand même pas en faire une syncope. Posez plutôt la question au JdC dans votre prochain commentaire.

Note 1 : Homère, par Pierre Judet de la Combe – Gallimard – 2017

 

 

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