Détournement – Critique aisée n°125

Critique aisée n° 125

Détournement
Installation de Stéphane Thidet à la Conciergerie (du 30/03 au 31/08/2018)

On a déjà vu ça dans certains westerns qui racontent l’histoire de chercheurs d’or dans le grand Ouest américain : des goulottes rudimentaires réalisées en planches mal équarries conduisent l’eau des montagnes jusqu’au travers du campement où des hommes hirsutes procèdent au lavage du minerai fabuleux. L’eau dévale, bondit, déborde, s’échappe par tous les joints, mais elle fait son office et finit par retourner au torrent.

Ici, le torrent, c’est la Seine, et le campement, c’est la salle des Gens d’Armes de la Conciergerie. L’eau est prélevée dans le fleuve et elle y retourne après avoir parcouru cette magnifique salle voutée.

Bien sûr, ici, pas de trappeurs hirsutes, mais de simples touristes frais et roses ; pas de goulottes rudimentaires, pas de fuite ni de débordement, mais des planches de coffrage, parfaitement jointoyées qui assurent à cet échantillon de Seine un lent parcours sans heurt. On aimerait y voir de petits canards en celluloïd roses et verts voguant au fil du courant que des enfants poursuivraient avec leur canne de bambou.

Je n’ai pas cherché à retenir pour vous les livrer les rationalisations artistiques justificatives de l’auteur, mais j’ai trouvé ça calme, doré, agréable, frais, propre et relaxant.
Une bonne occasion de revoir cette splendide Salle des Gens d’Armes.
Pour 9 €, quand même.
Mais pour ce prix, vous pouvez voir aussi le musée de la Prison de la Conciergerie et pour une poignée de dollars de plus, la Sainte Chapelle.

Quelques photos, peut-être ?

Pour entrer, la Seine passe d’abord par la fenêtre

Puis, elle traverse la cuisine


et c’est la chute dans la salle des Gens d’Armes

qu’elle traverse en titubant

pour retrouver son lit à l’autre bout de la salle, de l’autre coté du mur.

8 réflexions au sujet de « Détournement – Critique aisée n°125 »

  1. Les explications que les auteurs d’installations donnent à leur œuvre ne sont souvent pour moi que :
    – Soit des explications a posteriori, des rationalisations, d’une idée d’installation, bonne ou mauvaise, belle ou laide, comme cette allusion au rôle de prison de la Conciergerie.
    – Soit des explications a priori, une idée de départ, à partir de laquelle il va réaliser une installation qui, grâce à une symbolique, en général bien lourde pour qu’elle soit bien comprise, évoquera l’idée de départ. Exemple : le tas de bonbons en papillotes dans un coin de mur de n’importe quel MoMA que des enfants viennent picorer, symbolisant la disparition sans cesse renouvelée des malades du SIDA.
    – Soit enfin, un canular plus ou moins subtil comme « Le coucher de Soleil sur l’Adriatique » signé Boronali ou encore ce chef d’œuvre de cartel relevé chez Thaddaeus Ropac, expliquant un assemblage de présentoir réfrigéré, de tuyauteries diverses et d’autres choses que j’ai oubliées, mais que l’in peut voir ici => http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=5542

    « Comme un kamikaze dans une Maserati à 220 km/h file de gauche côté obscur. Comme Terminator, comme Schwarzenegger, on arrive à poil du futur. Car si même les fossoyeurs doivent payer le loyer, à 19 ans nos pensées étaient déjà âgées. Sexuelles comme un châssis de BMW démonté par les douaniers, érotique comme un frigo à viande : c’est dans la lycanthropie bling-bling que le caméléon est schizophrène, alors les morts gouvernent bien les vivants. Qui pourrait anticiper sur les conséquences hasardeuses de la rencontre à grande vitesse de Ballard et Benjamin s’ils n’existaient que pour alimenter le cyclotron d’Hollywood ? L’année du T-1000 comme date de naissance, et à ce titre nous sommes faits du même alliage de métal liquide. Les œuvres possèdent alors une tension dialectique –et comme un phrasé- qui les empêche de prendre la pose.« 

  2. Il faut prendre en pitié mon jugement à l’emporte-pièce : je n’avais pas imaginé le début d’une interprétation à ce dispositif, si ce n’est qu’il doit coûter une paye de maçon. Si l’idée vaut des millions, alors….. A moins que ce soient les millions qui fassent l’idée. Et dans ce cas, j’aurais bien vu une goulotte d’or serti d’émeraudes avec des saumons remontant le courant du Jourdain.
    Bref, je n’y entends rien. Je sors.

  3. Voici un début d’explication par l’artiste dans une interview au Parisien : “Je me suis inspiré de l’histoire de ce lieu. Notamment de l’inondation de 1910, symabolisée par ce trait sur une colonne qui signale la hauteur de l’eau… Mais la Conciergerie a aussi été une prison, un lieu imperméable à l’extérieur. Y faire entrer l’eau par effraction, c’est aussi de créer de la porosité, faire passer le dehors dans le dedans », explique-t-il. L’artiste revendique également, dans la conception de son œuvre, un clin d’œil à l’enfance, « comme ces petits ruisseaux que l’on s’amusait à détourner avec des cailloux. »
    Oh! P’taing !

  4. Je me doute bien que l’auteur pouvait justifier la rationalisation artistique de son œuvre qui malheureusement ne nous ai pas donnée au-dessus. Ce matin j’ai bien sûr regardé les photos (très bonnes par ailleurs) en m’interrogeant sur ce qu’était l’intention de ce détournement: celui l’eau venant de la Seine pour y retourner comme une métaphore mais laquelle, ou bien celui de la splendide Salle des Gens d’Armes. Détourner un objet ou un lieu à des fins artistiques n’est pas nouveau. Par exemple, l’Urinoir en porcelaine de Marcel Duchamp. Je m’interroge!

  5. Antolinos, Jim et Paddy, vous soulevez la question de l’INSTALLATION. Et d’abord, qu’est-ce qu’une installation en matière d’art plastique ?
    J’ai trouvé sur Internet cette définition :
    Installation : C’est une forme d’expression artistique assez récente. L’installation est généralement un agencement d’objets et d’éléments indépendants les uns des autres, mais constituant un tout. Proche de la sculpture ou de l’architecture, l’installation peut être in situ, c’est à dire construite en relation avec un espace architectural ou naturel. L’œuvre devra s’adapter à un lieu donné. L’installation va occuper un espace intérieur ou extérieur.
    L’installation sous-entend un dispositif de présentation.

    Moi qui depuis une dizaine d’années, faute d’avoir autre chose à faire, ai visité et visite encore pas mal de musées et expositions, urbi et orbi, j’en ai rencontré souvent. Je dois dire que ce « Détournement » est une des installations que je trouve les plus décentes, dans un ensemble d’autres qui cherchent en général à choquer le bourgeois des villes et le plouc des champs. J’en ai souvent parlé dans mon Journal, en particulier dans une série intitulée « Les Bidons de l’Art » et aussi une série de « Critiques aisées » :

    http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=9978
    http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=10696
    http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=5542
    http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=1508
    http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=452

    Cette dernière portait justement sur une exposition « triple tour » qui avait eu lieu dans cette même salle des Gens d’Armes.

    Je dois reconnaitre qu’il y a des installations qui ont titillé chez moi une fibre esthétique : le Pont Neuf enveloppé par Christo, le Monumenta d’Anish Kapoor au Grand Palais, un grand bassin dans lequel flottaient des bols plus ou moins remplis d’eau s’entrechoquant au hasard du courant (MoMA de San Francisco, j’ai oublié le nom de l’artiste), et quelques autres. La plupart des autres, je ne les ai ni aimées, ni comprises.

    Voilà. On ne peut pas tout jeter d’un même mouvement (artistique). Et puis les installations ont souvent une qualité : elles sont éphémères.

  6. Je suis un peu sceptique…
    A la fois de voir une salle magnifique traversée par une usine à gaz… à eau plutôt, une eau dont on cherche en vain la finalité si ce n’est de démontrer l’étanchéité du zinc, bref étant moi-même privé de tout sens artistique, je me demande quelle idée a pu traverser l’esprit de l’artiste sinon une pulsion n’importequouiste.
    Mais cela n’engage que moi et je reste ouvert à toute explication, puisqu’il faut qu’il y en ait une : toutefois étant bêtement attaché à un attribut de l’Art qui consiste en « rien de trop », toute cette parafernaille d’étais et de zinguerie me semble de trop dans cette salle précisément. Faire entrer l’eau par une fenêtre pour la conduire vers une porte me parait le comble de l’inutilité. Bref… je suis sceptique… Cela dit, la photo est belle, c’est peu être la finalité du n’importequouisme.

  7. Si encore l’artiste avait incorporé un moulin à eau dans le circuit, ou une turbine, pour récupérer de l’énergie électrique pour alimenter la pompe de relevage, je comprendrais. Non! Tout ça c’est encore de l’obscure mise en scène hidalgote pour faire de Paris un “amusement park”.

  8. J’ai vu ça aussi dans les campings *** au bord de la piscine et toujours de couleur bleu clair. C’est moins rustique qu’à la conciergerie. Le courant ne charie pas des pépites mais des amas gesticulants et braillards.

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