L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes (14)

SI VOUS N’AVEZ TOUJOURS PAS LU LES CHAPITRES PRECEDENTS, C’EST VRAIMENT DÉSESPÉRANT MAIS C’EST LE MOMENT DE CLIQUER DESSUS : 

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Résumé : Tout le monde, sauf la Reine-Maire, sait maintenant pourquoi la Rue de Rennes commence au numéro 41, mais tout le monde s’en fout, parce qu’il n’y a rien à tirer pour personne de cette information, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan personnel.  Pour personne, sauf pour le rédac-chef de Marianne qui a pondu là-dessus une petite chronique signée sous le pseudonyme d’un vieux grec. Mme Hidalgo ne va pas tarder à en prendre connaissance. Ça va faire du vilain.

14- Censure

Où l’on verra que, selon un ex-député socialiste frondeur, pour être élu, il ne faut pas négliger le petit personnel, même si cela demande parfois de gros efforts.

Quelques jours plus tard, le bon à tirer du prochain numéro de l’hebdomadaire municipal attendait l’imprimatur d’Hubert Lubherlu, quand Madame Hidalgo, tout sourire, entra dans le bureau de son Chef de Cabinet. Celui-ci n’eut que le temps de cliquer sur la touche « ESC » du clavier de son ordinateur pour faire disparaitre de son écran le Super Mario 63 qui bondissait en gloussant depuis le début de la matinée et faire apparaitre à la place un innocent tableur prévu à cet effet.

—Bonjour, mon petit Hubert. Pas trop débordé ? demanda-t-elle joyeusement.

Hubert ne décela aucune trace de sarcasme dans l’interrogation de sa patronne, mais cela ne le rassura qu’à moitié. Toute la Mairie savait qu’Hidalgo était imprévisible et le ton aimable de l’apostrophe ne présageait en rien de la suite de l’entretien.

—Euh … bon… bonjour Madame. Non, non, ça va, ça v…va bien, mer…merci.

Pendant le temps que prit la réponse, la Maire avait eu celui de traverser la pièce et de venir s’asseoir d’une seule fesse sur le coin du bureau de Lubherlu. Tout en dispersant d’un doigt distrait les papiers qui s’y trouvaient, elle continua d’un air enjoué :

—Et les enfants, la famille, tout ça…, ça va ?

Hubert n’avait pas d’enfants. Il était célibataire et orphelin. Sans attendre la réponse, Madame le Maire continua :

—Dites-moi, Hubert, ça fait combien de temps que nous n’avons pas déjeuné ensemble, tranquillement, pour discuter ? Plutôt longtemps, non ?

Comme en réalité, ils n’avaient jamais déjeuné ensemble en tête à tête, Hubert répondit en levant les yeux au ciel et en agitant sa main droite à hauteur de son visage :

—Oh, là, là…

Il se demandait ce qu’il pouvait bien se passer. Où voulait-elle en venir ?

L’avantage de la position de narrateur omniscient dans laquelle je suis, c’est que moi, je sais où elle veut en venir et que si je veux, je peux vous en faire part sans plus attendre. Voici : son mari, l’ex-député socialiste frondeur Jean-Marc Germain, avait eu des remontées du personnel de l’Hôtel de Ville. Celui-ci se plaignait souvent de la froideur et de l’autoritarisme de la Reine-Maire. La veille, après leur diner dans leurs appartements de fonction et après que leur maitre d’hôtel se soit retiré à l’office, il lui avait donc conseillé de se rapprocher de ses employés pour améliorer ses chances lors des prochaines élections.

—Moi, je fais ça depuis des années, lui assura-t-il. Je déjeune régulièrement avec des tas de gens qui m’emmerdent, des administratifs du parti, des maires de petites villes, des directeurs de coopératives, des patrons de PMU ou de PME, est-ce que je sais, moi ? Enfin, j’en passe et des plus chiants. Mais c’est efficace. Tu vois, je n’ai pas été réélu la dernière fois, bon, mais y avait une autre raison, mais j’ai quand même réussi à devenir cadre du Parti. Eh bien, c’est grâce à ces déjeuners, j’en suis sûr. Alors, penses-y. De temps en temps, va donc déjeuner avec deux ou trois connards du petit personnel.

En fait de connard, elle avait décidé de commencer par son Chef de Cabinet, et c’est pour ça qu’en déplaçant distraitement des papiers sur son bureau, elle se préparait mentalement à lancer son invitation.

C’est à cet instant que la maquette d’A Paris attira son attention.

—Tiens, c’est la Pravda de la semaine prochaine, dit-elle en plaisantant.

Hubert ignorait que la Patronne connaissait le surnom que tout le monde donnait à son hebdo.

— Il y a quelque chose d’intéressant, cette fois-ci ? Parce que d’habitude… hein, ha, ha ! .., poursuivit-elle.

—Ah, ben…ben si ! répondit-il tout content. Il y a un article d’Antana… d’Antana… Antanana… de Renaud Dély sur la rue de Rennes. C’est très int… C’est très intéressant et très po…positif sur votre …

La Maire changea de visage.

—Quoi ? Sur la rue de Rennes ! Je vous avais interdit de faire, de dire, de penser quoi que ce soit sur la rue de Rennes ! Vous êtes sourd ou idiot, mon vieux ? Non, je sais que vous n’êtes pas sourd. Bègue et sourd, ça serait vraiment pas supportable ! Par contre, bègue et idiot, ça se conçoit très bien.

—Mais, je … je vous assure qu’il est très bon cet art…cet article. Il vous plaira beauc… beauc… beaucoup. J’en… j’en… j’en suis sûr.

—Ah, écoutez ! Je ne supporte plus vos bafouillages. Vous ne bégayez pas quand vous téléphonez ? Eh bien, dorénavant, vous ne me parlerez plus qu’au téléphone… Non, je vous assure, c’est épuisant à la fin. Bon, faites le voir, ce papier… Dans les pas de l’Impératrice… Qu’est-ce que c’est que cette ânerie ?

Elle fit le tour du bureau.

—Poussez-vous, ordonna-t-elle en s’asseyant à la place d’Hubert.

Puis elle se tut un long moment.

A SUIVRE

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4 réflexions au sujet de « L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes (14) »

  1. Eh oui Jim! Deux ans de patience et Paris sera libéré de Cruella. C’est long! Je frémis à l’idée de ce que seraient les Jeux Olympiques à Paris en 2024 avec elle à la barre de la ville. Pourvu qu’elle n’ait pas entre temps (d’ici 2020) commis des dégâts irréparables.

  2. Anne Hidalgo, alias Cruella, peinte ici exactement comme je l’imaginait dans son palais une journée quelconque. Et Paris dans tout ça? Paris outragé! Paris brisé! Paris martyrisé! Et je prie pour qu’en 2020 on entende dire enfin “mais Paris libéré!”

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